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Bertrand Millet, les jeux de la rampe

Directeur/programmateur du Colisée depuis 2006, il a été nommé président de l’association « Cultures Urbaines Roubaix » qui est à l’initiative de la première édition du festival URBX en juin 2022. Être acteur ou spectateur, c’est une question de point de vue… OU de siège !. Rome OU Roubaix ? Michel Leeb nous a laissé une dédicace : « Le Colisée n’est pas à Rome mais à Roubaix et c’est tant mieux ! » Il a tout dit, pour moi le Colisée est à Roubaix, mon cœur est ici. Indoor OU outdoor ? Je suis dans les salles, ma vie est dedans. Mais, côté personnel, j’aime être dehors, pour pédaler et jardiner. Juventus, de Turin OU de Cambrai ? Ça reste un super souvenir le Juventus d’Arc-et-Senans (NDLR : festival de solistes de musique classique accueilli à la Saline royale qu’il a dirigée dans le Doubs, repris depuis 1998 par la ville de Cambrai) mais j’aime le foot, je vais même au stade de temps en temps. Scène OU ville ? C’est super agréable d’habiter la ville où je dirige le théâtre (NDLR : il était Roubaisien avant d’y travailler) et pouvoir y accueillir mes amis est un vrai plaisir, c’est rare de connaître le public aussi bien ! Je suis à la ville comme à la scène : je peux mêler les deux et donc garder une vie sociale épanouie. Verre OU vers ? Comme tout le monde, je me suis mis à la bière (rires). La convivialité fait partie du métier, du plaisir de la sortie. C’est d’ailleurs l’objectif du Restaurant du Colisée ! Solo OU collectif ? Collectif ! Je suis un animal sociable, un urbain au milieu des gens. Dans mon travail, je manage vingt personnes dans une bonne ambiance. L’atmosphère, le fonctionnement en harmonie, c’est essentiel, il faut être attentif aux autres. Ça fait partie du plaisir de travailler ensemble. Passé OU présent ? Présent, résolument ! Le Colisée, c’est un projet tous les ans, il faut se tenir au courant. Voire futur : on se projette dans l’avenir, on a déjà en vue la saison 2023-2024… Avec les productions, on fait un travail par anticipation. Astronomie OU musicologie ? En parlant de zénith (NDLR : il a dirigé l’établissement lillois de 2003 à 2006), j’ai connu une certaine frustration de ne pas pouvoir faire de choix artistique. J’ai besoin d’associer l’exigence artistique au fait de m’y retrouver dans la programmation. Je suis éclectique mais je reste mélomane. Acteur OU spectateur ? J’ai été comédien, amateur, pendant mes études. Mais, très vite, j’ai compris que ma place était aux côtés des artistes, dans l’ombre, dans l’organisation. C’est un métier passion où il faut savoir rester curieux. Et puis, je suis spectateur 240 fois par an quand même ! Exploration OU expression ? Au départ, mon domaine est plus le théâtre et le rapport aux comédiens, et même si la danse est une discipline que je connais bien, je poursuis une grande exploration dans les autres domaines avec le festival URBX. coliseeroubaix.com Crédit photo : Eric Flogny

La Visitation… un couvent dans le vent

Le Couvent de la Visitation, dans le quartier de l’Hommelet, attendait une nouvelle vie depuis plus de 10 ans. Après le succès de la guiguette estivale et de l’exposition collaborative d’art urbain et contemporain, le Couvent s’est mis en hibernation… réveil prévu, après quelques mois de travaux vers juin 2022. Le lieu deviendra à partir de l’été 2022 un lieu de vie avec une halle gourmande, des rendez-vous festifs, une brasserie, et accueillera des commerces (tatoueurs, fripiers et boutiques éphémères)… Un lieu alternatif, « habité », que l’on est impatient de revoir bouillonner. Le Couvent se situe à Roubaix, près du canal au 128 boulevard de Strasbourg. Facebook Le Couvent – Roubaix Dame Castagne Les lieux comme les personnes sont très souvent chargés d’histoires. Celles du Couvent de la Visitation et de sa directrice artistique, Julie Antoine, n’étaient pas forcément vouées à se croiser, mais le hasard (ou tout autre choses, chacun jugera…) en a décidé autrement. Rencontre avec celle qui veut redonner une âme à ce bâtiment longtemps abandonnée… Issue d’une famille ouvrière, d’origine gitane, enfant turbulent, Julie a connu les « année galères« . Mais ses parents lui ont aussi permis de vivre très tôt ce qu’elle appelle « la Grande vie« , en accédant aux arts, à la culture, au sport… Depuis le sud de la France où elle est née, en passant pas Bruxelles, Genève, Verviers… Julie s’est joué des frontières : géographiques et sociales, économiques et culturelles. La voici posée à Roubaix : « ma ville idéale, mélange de Berlin, Liège et Marseille. » Maman célibataire très jeune (elle a désormais 4 enfants), cette ancienne boxeuse, ayant flirté parfois à l’adolescence avec la délinquance, a gagné son surnom de « Dame Castagne« . Elle se bat aujourd’hui pour ses projets roubaisiens : mélanger les populations, créer des passerelles entre les habitants du quartier aux origines multiples mais en partageant la même fierté roubaisienne. J’aime les bizarres, les tordus, les écorchés… Elle est aussi à la tête d’un studio créatif baptisé « VULGARITE NOBLE ». Mais qu’est-ce que la noblesse, selon elle ? Sans hésitation : « L’intégrité« . Et la vulgarité ? Éclat de rire : « MOI ! Mais attention : vulgaire vient du latin « vulgus », qui signifie « peuple »… cela n’a rien de péjoratif ! Et puis j’assume : j’aime les bizarres, les tordus, les écorchés…«  En sortant du Couvent elle nous montre la maison actuelle des Sœurs de la Visitation : « Elles habitent en face… je les adore ! Elles sont entièrement dévouées aux pauvres et aux malades. au sein de l’Eglise, ce sont des rebelles, indépendantes… ». Julie Antoine qui prend la relève de ces sœurs au Couvent : heureux hasard ?  

Contributeurs Alternatif #6

Une illustratrice, un photographe-street artiste, des libraires, qui sont les talents qui nous font l’honneur de participer à ce numéro #6 d’Alternatif ? Marie-Odile et Louis Breynaert La librairie « Autour des mots », c’est eux. Depuis le 12 mars 2009, ce couple de libraires propose une sélection très pointue de « livres et curiosités ». Ils se définissent comme des passeurs passionnés. Engagés même. Ils voient leur librairie comme un véritable commerce de proximité et estiment avoir un rôle social. Le confinement a rappelé à beaucoup l’importance d’acheter des livres dans une librairie avec tout le conseil qu’on peut attendre de professionnels du livre. Marie-Odile et Louis sont heureux car leur commerce va plutôt bien et ils y mettent toute leur énergie. A eux deux, ils lisent environ cinq livres par semaine, pour le plus grand bonheur de leur clients toujours avides de conseils avisés. Pour Alternatif, ils nous proposent une sélection spéciale street art. autourdesmots.fr Kelu Abstract Artiste urbain, Kelu Abstract s’exprime avec force sur papier collé dans la rue et sur toiles et panneaux de bois, à coup de peinture acrylique, au pinceau et à la bombe, comme Jef Aérosol dont il est l’assistant-complice-compère. Son lieu d’expression privilégié : la rue, où il touche les passants dont les regards croisent ceux de ces portraits. Sa technique rapide de peinture lui permet de rebondir sur l’actualité. Un artiste en phase avec le monde, dont la démarche engagée (mais non politisée) a éclaté à l’occasion du projet « Sentinelles ». Initié par la Condition Publique en 2020, celui-ci a mis en lumière les héroïnes et héros du quotidien, qui ont continué de travailler malgré la crise et le confinement. Kelu est aussi photographe. Il lui arrive de figer Jef Aérosol, notamment au fish-eye. A apprécier, comme par le trou d’une serrure. keluabstract.com Lucie Massart Artiste protéiforme formée aux Beaux-Arts de Tournai, l’illustratrice et sérigraphe Lucie Massart croque tous azimuts, imprimant son univers poétique sur des supports aussi différents que des collants (via sa marque De Bas en Oh) ou des vitrines de commerçants.On aime son trait enlevé et coloré qui enchante nos vies et la ville, en touchant notre cœur d’enfant. Installée aux Ateliers Jouret depuis 2017, elle multiplie les collaborations… Pour Alternatif, Lucie a accepté avec enthousiasme de dessiner le romancier Djamel Chérigui dans son épicerie roubaisienne. Télescopage de deux âmes sensibles. luciemassart.art

Fanny Bouyagui, un point c’est tout

Cheville ouvrière d’ArtPointM depuis le début des années 1990, Fanny Bouyagui traverse les disciplines artistiques avec aisance et ne se laisse pas enfermer dans une case. Du défilé de mode au spectacle multimédias, en passant par le Vjing, la céramique ou la direction artistique d’événements d’envergure comme le NAME, festival de musique électronique ou encore la Braderie de l’Art dont c’est la 30e édition cette année, elle abreuve de sa créativité le paysage culturel de la métropole lilloise et bien plus loin encore. Pour Alternatif, Fanny Bouyagui se prête au jeu du portrait chinois et nous livre un aperçu de sa personnalité plurielle et hors normes. Si vous étiez…  Un platTous les plats du chef Simone Zanoni, chef italien extraordinaire que j’ai suivi en vidéo quasiment tous les jours pendant le premier confinement. Une couleurNOIR – Noir, c’est noir. Une matièreLA PEAU – ça veut dire plein de choses : toucher, contact, odeur, câlin, tattoo… Un lieuLE BERGHAIN A BERLIN – un club techno mythique, un espace de liberté. Les plus grands artistes s’y produisent. Le club a été reconnu « lieu culturel » par les autorités allemandes. On attend la même chose pour les clubs en France. Un tatouageUN TATOUAGE RATÉ – J’adore les tatouages ratés parce que c’est drôle et émouvant… Un vêtementAVEC UN BEAU SAC ET DES BELLES CHAUSSURES TU ES STYLÉ – du coup, le reste importe peu. Un animalL’ÉLÉPHANT – parce qu’il est en voie d’extinction et qu’il faut le protéger. Parce qu’il est Ganesh, dieu de la sagesse, de l’éducation et de l’intelligence. Une danseAU REX CLUB SUR DE L’ÉLECTRO – c’est le temple techno à Paris, immanquable. Une boissonVIN ROUGE, aujourd’hui ce serait les vins natures ou en biodynamie. Une saisonL’AUTOMNE – parce que j’aime les intersaisons. Un jour de la semaineDIMANCHE MATIN EN AFTER – no comment. Une œuvre d’artLES INSTALLATIONS DE BOLTANSKI – un artiste majeur malheureusement disparu depuis peu. Un événement cultuelLE NAME, évidemment. Un souvenir d’enfanceLes rendez-vous des copains africains de mon père le dimanche à la maison. Un pur bonheur. Une chanson sous la doucheJE CHANTE PAS SOUS LA DOUCHE – en vrai je préfère les bains. Je sais, c’est pas écolo. labraderiedelart.com artpointm.com

Djamel Cherigui, ses nuits sont plus belles que ses jours

Illustration : Lucie Massart On a déjà tout dit sur Djamel Cherigui, l’épicier qui vit un conte de fée après la publication de son premier roman. Vraiment ? Et si on s’intéressait à ses journées, et ses nuits, bien remplies et bien structurées. Vingt-quatre heures dans la vie d’un jeune homme qui ne se dit pas encore écrivain, mais qui travaille sur son deuxième roman. Djamel Cherigui a gardé les pieds dans son épicerie. Il est resté le même, avec le même sourire flegmatique et ce petit côté nonchalant. Le succès qu’il connaît depuis la sortie en mars de son premier roman « La Sainte touche » ne l’a pas transformé. « J’ai connu ça tard, à 35 ans. » précise-t-il. Son emploi du temps et le rythme de ses journées sont quasi immuables. vers 13/14h « Je me lève. Je me prépare rapidement pour rejoindre mon épicerie Le parvis au Nouveau Roubaix. » Avec toujours cette question : quel livre va-t-il emporter dans son sac ? Il lit trois ou quatre livres en même temps. En ce moment, il relit « Au plaisir de Dieu » de Jean d’Ormesson, pour son prochain roman. Il n’en dira pas plus, juste qu’il reste dans le même univers et qu’il espère le sortir en janvier 2023. Entre deux clients, Djamel plonge le nez dans ses livres. La lecture, un plaisir qu’il qualifie d’addiction. « J’ai besoin de ma dose quotidienne. » A 18h, il baisse le rideau de l’épicerie – « J’ai gardé les horaires Covid et je verrai si je repousse la fermeture à 23h comme avant » – et rejoint des amis chez le pâtissier roubaisien Patrick Hermand. A 19h10, c’est précis, Djamel entame sa séance de sport quotidienne. « Et ensuite je sors dîner. Je n’ai pas de frigo ni de four chez moi, je n’aime pas particulièrement cuisiner. » Ses endroits de prédilection : le Métropolitain du côté de la gare de Roubaix ou à la brasserie André à Lille. La nuit, c’est le meilleur moment de la journée. Je lis jusque 6h environ. De retour chez lui vers 23h, « c’est le début de la soirée » s’amuse-t-il. « Hors de question de regarder un film, ma seule façon de m’évader c’est la lecture« . Il commence par un ouvrage complexe, « Charles Péguy par exemple » ou de la philosophie, au hasard Nietzsche. Et là, il est le plus heureux des hommes, dans le silence de la nuit. A trois heures du matin, changement d’ambiance. Djamel poursuit sa lecture par un roman plus léger : Charles Bukowski, Nicolas Rey, Emmanuel Carrère ou Chris Kraus font partie de ses auteurs favoris. « C’est le meilleur moment de la journée. Je lis jusque 6h environ. » Et il finit par s’endormir comme un bébé. Et le lendemain vers 13h il se réveille et recommence. La master class de Djamel Cherigui L’angoisse de la page blanche ? « Je peux buter au début. En tout cas, l’exercice d’écriture est super laborieux chez moi » annonce d’emblée le jeune écrivain. D’ailleurs il ne se qualifie pas ainsi. « Je suis épicier, moi. Je suis un épicier qui écrit si vous préférez. Je pense qu’on est écrivain à partir du moment où on reçoit le prix Goncourt. » Une méthode ? « Pas vraiment mais j’écris beaucoup de choses sur des post-its étalés un peu partout chez moi. Des phrases, des idées, des fulgurances, des choses que j’entends. » L’importance de la première phrase ? « Evidemment que c’est important. Je n’ai jamais changé la première phrase du roman mais j’ai mis deux semaines à la construire. » Un écueil à éviter ? « Ah oui ! Surtout ne pas utiliser les adjectifs en trop grand nombre ! » Et de citer Boileau : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément« . Le style Cherigui ? « C’est une question de rythme. J’ai su me corriger pour trouver mon style. Un style direct mais recherché. »Il concède facilement qu’il est « assez pitoyable en orthographe« . « La lecture ça étoffe le vocabulaire, mais ça n’améliore pas l’orthographe« , selon lui. La notoriété soudaine ? « Je suis assez mal à l’aise avec le succès et la notoriété. Je suis juste content quand on me dit que je procure du plaisir aux gens. » conclut-il, modeste et posé. Toujours souriant en tout cas, et déjà entrain de penser au deuxième roman.« On me donne l’occasion de faire mieux et je saisis ma chance. »

RESCO le chant du signe

Elle a emprunté son nom d’artiste à sa maman d’origine italienne, parce qu’elle n’a pas envie que les noms des femmes s’effacent aux profit de ceux des hommes. Et parce que ça sonne. Océane Marescotti nous fait l’honneur de la 4e de couverture. Une page dont on est fier, comme on pourrait l’être de notre dernier tattoo. On avait hâte de rencontrer l’artiste qui impose sa trame depuis quelques mois à Roubaix (La Bobine, Le Couvent de la Visitation…) et ailleurs. Une trame automatique hyper graphique, comme une écriture qui vient de plus loin, de plus haut. Une calligraphie reconnaissable entre mille et un motif tribal (ou des hiéroglyphes extra-terrestres ?). La touche Resco quoi.Le rendez-vous est pris rue de l’hôtel de ville, dans l’immeuble que les artistes de RémyCo ont investi en octobre 2021, baptisé L’Alternateur. Une brunette à la dégaine adolescente nous ouvre. Welcome ! Direction le 2e étage, où Resco alias Océane partage un atelier lumineux avec Ouroboros alias Camille. Fille, mère, femme… artiste Née sur un bateau, Nantes, Perpignan, Aix-en-Provence et des études en communication et identité visuelle qui l’amènent à devenir directrice artistique. Des parents engagés pour le bien-être des personnes âgées dépendantes. Un prénom à se faire, une place à trouver. Aujourd’hui, à 35 ans, la maman de Noah, 14 ans et de Camille, 4 ans, s’éclate à coup d’encre noire et (un peu) de couleurs. Facile de faire son trou de souris dans cet univers masculin ? « Oui, affirme sans hésitation Océane. Nous sommes peu représentées, mais être femme n’a jamais été un problème en ce qui me concerne. J’ai la chance de travailler dans un environnement sympa avec des collègues ultra bienveillants. » Resco veille à ne pas se poser en porte-étendard de la cause féminine, même si c’est une cause qui la touche de plus en plus. « Quand j’anime des cours de spray avec des petites filles, je suis fière de leur prouver que c’est possible. » © Anaïs Gadeau Resco des villes, Resco des champs Eduquer le regard des plus jeunes, partout, dans les villes mais aussi à la campagne, c’est son combat. « J’habite un village aux portes de la communauté urbaine. Il y a comme une frontière… En ville, tous les gamins sont hyper stimulés, alors qu’à la campagne, l’œil est peu éduqué au graphisme. » L’artiste s’anime, militante. « Aujourd’hui, je travaille dans l’énergie de la ville, mais je veux créer une association pour promouvoir les arts visuels en milieu rural et lutter contre cette inégalité flagrante. Les arts urbains fascinent les enfants. Une bombe ça engage tout le corps, ça permet de parler à plein de sens. L’art ouvre les portes de l’imaginaire. » Et de nous raconter, vidéo à l’appui, le témoignage reçu de la directrice de la crèche rurale près d’un tunnel qu’elle a transformé en passage magique : « Désormais la traversée du petit pont se fait en courant et en criant. » Touchée. D’autres projets ?  » J’ai beaucoup d’idées ! Je me laisse guider par les rencontres. Fan de motifs, le textile m’intéresse évidemment. Si je suis venue à Roubaix c’est pour les arts urbains et le textile. Ce qui m’intéresse c’est d’expérimenter. » Un tee-shirt avec Lucie Massart, un rapprochement avec la Fondation pour l’art urbain Desperados, Alternatif… « C’est le genre de chemin que je veux suivre. » Page Facebook RESCO

Gentle Factory

La Gentle Factory, so fresh & so frenchy*

Quand Christèle Merter a imaginé la Gentle Factory, il s’agissait de concevoir des vêtements de manière écoresponsable et 100 % made in France. Aujourd’hui, cette ingénieure textile de formation, formée à l’Ensait, vise le 100 % made in Roubaix. La marque a vu le jour en 2013, à Roubaix, du côté d’Happychic qui regroupe notamment les marques Brice et Jules. Christèle Merter, à l’origine du projet, souhaite penser le vêtement différemment. Feu vert de la part de sa direction.La jeune femme ne ménage pas sa peine, et quand courant 2018, le groupe pour lequel elle travaille, souhaite recentrer ses activités sur fond de crise économique, c’est tout naturellement que cette dernière reprend les rênes de la Gentle Factory. Désormais présidente, elle vole de ses propres ailes avec son équipe – une dizaine de personnes – qui l’a suivie dans la tempête. Début 2019, l’enseigne installe ses bureaux du côté de l’ancienne filature Cavrois-Mahieu. C’est là maintenant que les collections sont imaginées, toujours en adéquation avec les engagements de la marque, inscrite plus que jamais dans le made in France.Les séries de vêtements masculins et féminins se déclinent autour d’un fil conducteur qui n’est pas sans rappeler la démarche Zéro Déchet de Roubaix. Après le thème « Lanceurs d’alerte » qui a porté la dernière saison, Christèle Merter et toutes ses petites mains travaillent déjà sur la prochaine, « Bio-diversité ». lagentlefactory.com

Elisa Uberti, L’art en douce

Rencontre sous la verrière des Ateliers Jouret avec la jolie brindille Elisa Uberti. La petite fée du grès s’est pliée avec espièglerie au jeu du portrait chinois. Morceaux choisis. Si vous étiez une forme ? Je ne serais pas une forme géométrique bien définie, mais plutôt une forme organique, avec des courbes féminines et réconfortantes, à l’image de mes céramiques. Un nombre ? Le 22. C’est la date de naissance de ma fille, la mienne, celle de son père… et celui qui ressort quand on additionne tous les chiffres de la date de naissance de mon fils. Mon atelier est aussi le n°22. (NDLR : l’entrevue a lieu un… 22) Un paysage ? L’océan Atlantique pour le côté sauvage, un paysage de forêt ou de montagne. Bref la nature, de préférence avec de vastes horizons. Un tatouage ? Le prochain. Peut-être un nouveau tatouage de Lia November, que j’aime beaucoup. Un personnage avec un léopard et des fleurs, ce n’est pas encore bien défini. Ou un tatouage en rapport avec mon travail, mais je ne pas encore quoi.  Une émotion ? Une émotion positive, l’enthousiasme, l’envie de faire ! Une couleur ? Les couleurs neutres et plutôt naturelles comme les beiges, les nudes, les ivoires ou les noirs ? J’utilisais déjà beaucoup ces teintes quand j’étais styliste. Un vêtement ? Un pantalon d’homme à pinces, porté par une femme. J’aime bien les ambiguïtés. Ou alors un vêtement de travail, un tablier ou une biaude***. En tout cas un vêtement ayant vécu, pas un vêtement neuf.  Un lieu à Roubaix ? Les Ateliers Jouret, où je travaille entourée d’une belle famille d’artistes et d’artisans. Le quartier de l’Epeule où j’habite et le Non-Lieu, un endroit atypique qui a gardé son âme d’ancienne usine textile. Une matière ? Si je m’en réfère à mon travail, je serais le grès, une terre argileuse que je cuis à basse ou haute température selon l’effet désiré. Je l’aime pour son aspect brut, très primitif. D’une façon générale, j’aime les matériaux qui me rapprochent de la nature, comme le bois et l’osier. Un outil ? Mes mains. Je me dis souvent que si je ne les avais plus ce serait une catastrophe. Même si j’utilise une estèque* pour finaliser mes œuvres, ce qui m’intéresse le plus dans la technique du colombin**, c’est que je n’ai besoin de rien d’autre… que de mes mains. Un animal ? Un petit oiseau, pour la liberté de voler et celle de regarder le monde de loin avec de la hauteur.   Un créateur ? Xavier Corberó, sculpteur catalan, connu pour ses arches monumentales, ou les architectes Jean-Louis Chanéac et Antti Lovag connus pour leurs habitats bulles. Tous des créateurs utopistes, avec des idées folles et des rêves d’enfants.  Une période de l’histoire ? Les années 70, pour le côté « on va refaire le monde », utopiste, hippie.  Un parfum ? Un parfum à porter, ce serait plutôt un parfum mixte. Sinon les odeurs du printemps, l’odeur des fleurs ou de l’herbe fraîchement coupée.  Une fleur ? Une pivoine, une renoncule ou un freesia… du moment que la fleur est blanche.  *Outil de bois ou de métal dont le potier de terre se sert pour terminer ses ébauches. **Boudin de pâte molle servant à façonner des céramiques sans utiliser le tour. ***Blouse de paysan. Facebook Elisa Uberti ateliersjouret.fr

Faites entrer l’accusé

Il a commis la dernière de couverture de cet Alternatif. Extrait d’un interrogatoire musclé, au cours duquel le peintre Jigé nous dit la vérité, rien que la vérité. Vous êtes connu sous le pseudonyme de Jigé. Veuillez s’il vous plaît décliner votre véritable identité. Mon nom est Julien Gaquere, né il y a 33 ans à Dunkerque, d’une mère comptable et d’un père vendeur de fruits et légumes. J’ai une sœur et un frère. Où étiez-vous le 4 décembre 2017 ? A la concession Volkswagen de Lambersart où je vendais des voitures depuis bien trop longtemps. C’était le lendemain de la Braderie de l’Art, où mes œuvres rencontraient un certain succès. Je me revois dans le bureau de mon chef, en train de remettre ma démission. Ma décision était mûre depuis longtemps. Je ne voulais plus de patron, mais un maximum de liberté pour être plus en accord avec qui j’étais. On vous a vu comploter en 2019 avec Camille Plard et Jean-Charles Huvelle. Ça ressemble à une bande organisée. Qui sont vos complices ? Dites-nous tout. Oui je plaide coupable. En 2019, Camille Plard de By Lelicam [Alternatif #4] et moi avons conçu une collection textile Zéro Déchet. J’ai dessiné les motifs, Camille a cousu les articles : un étui à sandwich et un sac à tarte pour éviter l’alu, un totebag pour éviter le plastique… Cette série limitée était en vente sur Etsy notamment. Et c’est Jean-Charles Huvelle de Tissus Papi [Alternatif #1] qui nous a permis de faire imprimer le tissu. Quand et où avez-vous agi pour la dernière fois ? Etait-ce prémédité ? Si vous parlez de Solid’Art qui s’est tenu à Lille, j’avoue, mais je n’étais pas seul sur le coup. En trois jours, mes complices et moi avons vendu pour 250 000 €, dont 125 000 € ont été reversés au Secours Populaire. Mais mon dernier coup de maître, c’est une fresque installée sur le fronton du Colisée pour un an, un cœur géant qui vient aussi habiller les programmes de la saison. Photos : Anaïs Gadeau Ceci est un lot de Poscas. Il s’agirait de l’arme utilisée lors des faits. Reconnaissez-vous ces feutres comme les vôtres ? Ok vous m’avez piégé. Ce sont bien les feutres Poscas que j’utilise pour mes petits formats. Pour les plus grands j’utilise de la peinture acrylique. Je commence aussi à travailler les collages, la sculpture… Je ne m’interdis rien, d’autant que je suis sur un énorme projet d’expo-installation, qui devrait créer l’événement. Ça se passera à Roubaix… évidemment. Fin 2021 si tout va bien. Quelles sont vos réelles intentions ? Votre mobile ? J’ai besoin de cracher les 10 ans de ma vie où j’ai pratiqué le commerce. Je veux dénoncer la surconsommation, déclencher une prise de conscience. La passion nous fait parfois commettre l’irréparable. Vous aimez Roubaix et avez disjoncté… Avouez ! Mon premier job était vendeur à L’Usine. En avril 2018, j’ai intégré les Ateliers Jouret, que j’ai quittés depuis. Tout me ramène à Roubaix. Les artistes y sont chouchoutés, mais surtout ils sont libres. Votre verdict ? Jigé… coupable ou no-coupable ? Crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix Facebook Jigé

Sylvain Groud

Danser comme on respire

Ses mains effleurent l’air, agiles. Ses mots sont passionnés, virevoltants.  Sylvain Groud, le nouveau directeur du Centre chorégraphique National de Roubaix respire la danse par tous les pores. Une heure avec lui,  c’est une heure au coeur du mouvement, de la grâce, de la légèreté et de beaucoup de lumière… La danse est arrivée à lui un peu par hasard. Mais, comme une révélation. « Je viens plutôt de la gym au départ. J’ai grandi dans le 93, à Aulnay-sous-Bois. Et je n’avais pas vraiment accès à la culture. Juste parce que c’était comme ça, ça ne se faisait pas… Et puis à l’occasion d’une sortie scolaire, je suis allé voir un spectacle de ballet. Et là, j’ai eu le choc de la première fois. A partir de ce moment-là, je me suis mis à danser, sans m’arrêter, jusqu’à l’épuisement. C’était un véritable bonheur ». Puis tout s’enchaîne pour Sylvain Groud, comme si c’était normal, naturel. Simplement parce qu’il ne pouvait pas en être autrement.  Le Conservatoire de danse de  Paris, le ballet d’Angelin Preljocaj, le premier prix du concours international de danse… « Tout ça, c’est grâce à la singularité de mon projet qui s’inscrit dans un contexte émotionnel fort. J’en arrive là parce que je n’ai de cesse de prouver que je donne accès à la danse à tous ces mômes que j’étais. » Se nourrir de la rencontre Démocratiser la danse en se nourrissant de l’autre. Là sont les racines du travail artistique de Sylvain Groud.  La rencontre est son moteur, qu’il s’agisse d’artistes (vidéastes, comédiens, auteurs, plasticiens…) ou de personnes lambdas croisées lors d’ateliers dans des prisons, des maisons de retraite, des MJC, des hôpitaux… « L’autre me permet de me ré-enchanter. Je crois beaucoup à cette rencontre de l’altérité qui permet de se rénover, de nettoyer sa propre vision, comme si on appuyait sur un bouton « reset ». »  Peu importe la personne donc, le chorégraphe puise dans son vécu, dans sa manière de bouger, de parler pour créer son propre mouvement. Ce « protocole » de la rencontre lui permet par exemple de donner naissance à des impromptus, pendant lesquels il crée des chorégraphies uniques et singulières au coeur d’un lieu du quotidien (une gare, une place, un hôpital…). « Dans ces moments-là, je suis comme un danseur-homéopathe qui distille sa danse dans une zone de turbulence. Les gens se retournent et se demandent : « Mais pourquoi il fait ça ? ». C’est un don, un acte gratuit ou se met à l’œuvre la poésie du quotidien, dans un endroit où il n’y a aucun code. Je vais vers un public qui a la liberté totale de ne pas rester. Mais je suis sûr que dans le fond, personne ne reste intact à ce genre de moment. Ca vient forcément graver quelque chose d’irrationnel chez l’autre et c’est cette force du mouvement qui me fascine. » C’est par un même processus qu’il réussit à créer des spectacles participatifs*. « On se rencontre, on échange, on se raconte et on voit ce que ça produit. Une fois qu’on se reconnaît mutuellement, on peut aller vers la danse et partager un langage commun. » Un langage à transmettre En tant que directeur du Centre chorégraphique national de Roubaix, c’est ce langage que Sylvain Groud  veut transmettre dans tout Roubaix et alentours : « Dans 4 ans, je voudrais que vous puissiez aller faire un tour dans Roubaix et que tout le monde sache ce qu’est le CCN. Je voudrais que notre présence devienne normal, qu’elle soit prégnance, qu’on ait réussi à insinuer notre langage partout, comme un virus qui se serait propagé. Parce que je suis comme ça, j’ai cette maladie, il faut que je danse ! » *Par exemple, Let’s move, commande de la Philharmonie de Paris dans laquelle Sylvain Groud a mis en scène 60 danseurs amateurs rendant hommage à l’univers des comédies musicales. Plus récemment, la grande parade d’ouverture d’Eldorado (Lille 3000).  © Sébastien Jarry Et vous, vous écoutez quoi ? On voulait essayer de connaître un peu plus Sylvain Groud en le questionnant sur ses goûts musicaux. Ses réponses, nous laisse une nouvelle fois entrevoir un homme ouvert aux autres et au monde Une musique pour vous endormir ?Une berceuse pygmée, pour ses polyphonies et le son des calebasses Une musique qui vous met en joie ?La techno Une musique qui vous rend triste ?Barbara Une chanson pour chanter sous la douche ?Un air d’opéra interprété par Philippe Jaroussky ou Nathalie Dessay Une musique pour danser ?N’importe quel univers sonore Une musique qui ressemble à votre danse ?Je ne peux pas répondre à ça. Ma danse est une réaction en chaîne qui se nourrit potentiellement de tout. Une musique qui ressemble à Roubaix ?Pour l’instant c’est une musique sans paroles. Plutôt de la musique concrète et bruitiste. Quelque chose qui s’ancre fort dans la réalité. © Sébastien Jarry © Sébastien Jarry www.balletdunord.fr