Danser comme on respire

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Ses mains effleurent l’air, agiles. Ses mots sont passionnés, virevoltants.  Sylvain Groud, le nouveau directeur du Centre chorégraphique National de Roubaix respire la danse par tous les pores. Une heure avec lui,  c’est une heure au coeur du mouvement, de la grâce, de la légèreté et de beaucoup de lumière…

La danse est arrivée à lui un peu par hasard. Mais, comme une révélation. « Je viens plutôt de la gym au départ. J’ai grandi dans le 93, à Aulnay-sous-Bois. Et je n’avais pas vraiment accès à la culture. Juste parce que c’était comme ça, ça ne se faisait pas… Et puis à l’occasion d’une sortie scolaire, je suis allé voir un spectacle de ballet. Et là, j’ai eu le choc de la première fois. A partir de ce moment-là, je me suis mis à danser, sans m’arrêter, jusqu’à l’épuisement. C’était un véritable bonheur ».

Puis tout s’enchaîne pour Sylvain Groud, comme si c’était normal, naturel. Simplement parce qu’il ne pouvait pas en être autrement.  Le Conservatoire de danse de  Paris, le ballet d’Angelin Preljocaj, le premier prix du concours international de danse… « Tout ça, c’est grâce à la singularité de mon projet qui s’inscrit dans un contexte émotionnel fort. J’en arrive là parce que je n’ai de cesse de prouver que je donne accès à la danse à tous ces mômes que j’étais. »

Se nourrir de la rencontre

Démocratiser la danse en se nourrissant de l’autre. Là sont les racines du travail artistique de Sylvain Groud.  La rencontre est son moteur, qu’il s’agisse d’artistes (vidéastes, comédiens, auteurs, plasticiens…) ou de personnes lambdas croisées lors d’ateliers dans des prisons, des maisons de retraite, des MJC, des hôpitaux… « L’autre me permet de me ré-enchanter. Je crois beaucoup à cette rencontre de l’altérité qui permet de se rénover, de nettoyer sa propre vision, comme si on appuyait sur un bouton « reset ». »  Peu importe la personne donc, le chorégraphe puise dans son vécu, dans sa manière de bouger, de parler pour créer son propre mouvement.

Ce « protocole » de la rencontre lui permet par exemple de donner naissance à des impromptus, pendant lesquels il crée des chorégraphies uniques et singulières au coeur d’un lieu du quotidien (une gare, une place, un hôpital…). « Dans ces moments-là, je suis comme un danseur-homéopathe qui distille sa danse dans une zone de turbulence. Les gens se retournent et se demandent : « Mais pourquoi il fait ça ? ». C’est un don, un acte gratuit ou se met à l’œuvre la poésie du quotidien, dans un endroit où il n’y a aucun code. Je vais vers un public qui a la liberté totale de ne pas rester. Mais je suis sûr que dans le fond, personne ne reste intact à ce genre de moment. Ca vient forcément graver quelque chose d’irrationnel chez l’autre et c’est cette force du mouvement qui me fascine. »

C’est par un même processus qu’il réussit à créer des spectacles participatifs*. « On se rencontre, on échange, on se raconte et on voit ce que ça produit. Une fois qu’on se reconnaît mutuellement, on peut aller vers la danse et partager un langage commun. »

Un langage à transmettre

En tant que directeur du Centre chorégraphique national de Roubaix, c’est ce langage que Sylvain Groud  veut transmettre dans tout Roubaix et alentours : « Dans 4 ans, je voudrais que vous puissiez aller faire un tour dans Roubaix et que tout le monde sache ce qu’est le CCN. Je voudrais que notre présence devienne normal, qu’elle soit prégnance, qu’on ait réussi à insinuer notre langage partout, comme un virus qui se serait propagé. Parce que je suis comme ça, j’ai cette maladie, il faut que je danse ! »

*Par exemple, Let’s move, commande de la Philharmonie de Paris dans laquelle Sylvain Groud a mis en scène 60 danseurs amateurs rendant hommage à l’univers des comédies musicales. Plus récemment, la grande parade d’ouverture d’Eldorado (Lille 3000).

 © Sébastien Jarry

Et vous, vous écoutez quoi ?

On voulait essayer de connaître un peu plus Sylvain Groud en le questionnant sur ses goûts musicaux. Ses réponses, nous laisse une nouvelle fois entrevoir un homme ouvert aux autres et au monde

Une musique pour vous endormir ?
Une berceuse pygmée,
pour ses polyphonies et le son des calebasses

Une musique qui vous met en joie ?
La techno

Une musique qui vous rend triste ?
Barbara

Une chanson pour chanter sous la douche ?
Un air d’opéra interprété par Philippe Jaroussky ou Nathalie Dessay

Une musique pour danser ?
N’importe quel univers sonore

Une musique qui ressemble à votre danse ?
Je ne peux pas répondre à ça. Ma danse est une réaction en chaîne qui se nourrit potentiellement de tout.

Une musique qui ressemble à Roubaix ?
Pour l’instant c’est une musique sans paroles. Plutôt de la musique concrète et bruitiste. Quelque chose qui s’ancre fort dans la réalité.

© Sébastien Jarry
© Sébastien Jarry