Catégorie : Regards

Amrane Bentoutah : Au bon endroit, au bon moment

Rencontre avec Amrane Bentoutah, photographe globe-trotteur et gérant de l’emblématique Café Jean, institution roubaisienne. Entre un café et des histoires qui invitent au voyage, nous découvrons un personnage qui, en trois secondes, nous plonge dans un univers où chaque image est un récit et chaque rencontre un chapitre. On ne va pas simplement parler de photographie mais d’une véritable exploration de l’humain. Le déclic du voyageur Tout commence à Roubaix dans les années 90, au club photo « L’Œil » où Amrane fait ses premiers pas dans l’univers de la photographie argentique. Il se forme ensuite à l’Institut Saint-Luc à Tournai, où il apprend les ficelles du métier. Mais à la sortie de l’école, Amrane ne se considère pas encore photographe. Il lui manque l’aventure. Angleterre : Un expresso et des rêves À Londres, Amrane jongle entre ses shifts de barman dans un théâtre et ses rêves d’évasion. Sa fascination pour le Mexique, nourrie par les écrits de Carlos Castaneda, l’entraîne vers l’inconnu. Lors de son premier voyage au Mexique, c’est le coup de foudre ! Guatemala – Mexique : Le passage périlleux En route pour le Mexique, Amrane s’arrête dans un village isolé du Guatemala, au cœur de la jungle. Ce village, point de passage pour les migrants du Salvador, du Honduras et du Guatemala cherchant à rejoindre les Etats-Unis, devient un microcosme des luttes et des espoirs de ceux qui y vivent ou y transitent. Amrane ne se contente pas de photographier : il s’implique, tisse des liens et partage le quotidien des villageois pendant plusieurs mois Cambodge : L’histoire d’une résilience Après l’Amérique latine, c’est au Cambodge qu’Amrane pose son appareil. Loin des paysages touristiques, il s’enfonce dans la décharge à ciel ouvert de Phnom Penh, où il immortalise le quotidien des chiffonniers. Ses photographies révèlent la dignité et l’humanité qui émergent malgré la brutalité de leur environnement. Il dénonce les injustices sociales tout en mettant en lumière la résilience et la force intérieure des travailleurs.  Un engagement photographique humaniste Les projets d’Amrane dépassent le cadre du simple reportage. Il documente les défis et les espoirs des personnes qu’il rencontre et invite le public à voir au-delà des clichés. Son exposition à la Condition Publique de Roubaix, lors de l’événement PILE AU RDV en mai 2024, marque les esprits. Ses images frappent, interpellent, et révèlent un équilibre entre éthique militante et esthétique. Amrane, admirateur du travail de Lee Miller, célèbre photojournaliste de guerre, ou de Sebastião Salgado, connu notamment pour ses portraits de mineurs brésiliens, aspire à s’inscrire dans cette lignée de photographes engagés. À travers son travail, il nous rappelle que de nombreuses histoires méritent d’être mises en lumière. Le retour sur ses terres Après des années à sillonner le globe, l’appareil chargé de rushs et de souvenirs, le quadragénaire ressent le besoin de revenir à ses racines roubaisiennes, avec l’envie de bâtir quelque chose de durable là où tout a commencé. Si vous êtes de passage, n’hésitez pas à lui rendre visite au Café Jean, une brasserie à son image : chaleureuse et authentique. @amrane.rbx

Sélection Arts urbains

f.capturePourquoi on aime le suivre : mélange Noir & Blanc / Couleurs, Street-Art mais pas que, Roubaix mais pas que. Des photos d’ambiance dans la ville, tout simplement. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par François B (@f.capture) Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par François B (@f.capture) picsbystef_ Pourquoi on aime le suivre : la marque de fabrique, des passants qui marchent devant les œuvres de Roubaix et d’ailleurs. Et puis le Noir & Blanc <3 Crédit photo : picsbystef_ Roubaixlovesyou Pourquoi on aime le suivre : comme une balade interactive dans tous les quartiers de la capitale du street-art, avec beaucoup de couleurs. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Rou Baix (@roubaixlovesyou) Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par Rou Baix (@roubaixlovesyou) lalternateur_Pourquoi on aime le suivre : pour suivre l’actualité du lieu, mettre des visages sur des noms d’artistes et découvrir les coulisses de la création d’une œuvre ou de la préparation d’un festival. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par LAlternateur (@lalternateur_) Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par LAlternateur (@lalternateur_)

Saype : tout ne tient qu’à un fil

Saype est l’un des gros noms à avoir foulé le sol (et le toit !) de la Condition Publique de Roubaix à l’occasion de l’exposition « Urbain.es » au printemps 2022. C’est peu de17 dire que Saype a la bougeotte. Nous l’avons rencontré entre deux allers-retours du toit de la Condition Publique à l’autre bout de la ville dans un lieu plus connu pour son paysage que pour ses fresques : le Parc Barbieux. Alternatif : Bonjour Saype, pouvez-vous vous présenter ? Saype : Je m’appelle Saype, j’ai 33 ans et je suis artiste. J’ai plus ou moins inventé un procédé de peinture éco-responsable qui me permet de peindre directement au sol, généralement sur des surfaces naturelles, comme de l’herbe par exemple ici sur le toit de la Condition Publique. Je peins de gigantesques fresques relativement réalistes sur des énormes échelles. Mon credo, c’est d’impacter la société, sans impacter la nature. Parlez-nous de ce projet avec la Condition Publique… Magda Danysz, la curatrice de l’exposition « Urbain.es » m’a invité à venir réaliser un projet à Roubaix. Comme je peins sur des surfaces naturelles, c’était ma première fois sur un toit, mais le toit de la Condition Publique est végétalisé ! C’est un projet de dingue pour un lieu de dingue : on y rencontre d’autres artistes, il y a une émulsion culturelle très intéressante. J’ai donc créé un projet autour des thèmes de la saison culturelle : « Urbain.es » et de l’engagement artistique : comment l’art peut parler du « tissu social ». J’aime particulièrement cette métaphore, car la Condition Publique est une ancienne fabrique de tissus. Vous avez aussi visité la Manufacture de Roubaix ? L’idée c’était de rencontrer les Roubaisiens qui ont travaillé dans le tissu. Bêtement, on pensait que c’était un métier de femmes, alors qu’on a rencontré uniquement des hommes ! Puis on a visité cette ancienne usine aujourd’hui transformée en musée, on a vu les anciens tisserands qui réparaient les machines. Ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont fait : c’est passionnant. L’usine à l’époque, c’était un peu l’endroit où les gens se retrouvaient. C’est quoi cette fresque géante sur le toit de la Condition Publique ?  Ce sont deux mains qui se tiennent par un fil. L’idée c’est de parler du lien social autour du tissu, comme un clin d’œil à l’histoire de Roubaix et de la Condition Publique. Les mains représentent aussi le travail. Paris, Miami, Le Cap et aujourd’hui Roubaix. C’est quoi votre lien avec cette ville ? J’ai kiffé ! J’ai rencontré des habitants et entendu des histoires de dingue ! J’ai adoré ce contact et tout ce bouillonnement culturel. J’ai une très bonne image de la ville et je reviendrai ! Pendant son séjour dans la 3e ville des Hauts-de-France, Saype a aussi réalisé une fresque géante éphémère à même la pelouse du poumon vert de Roubaix : le Parc Barbieux. L’idée : créer un événement sur deux lieux différents et connecter deux quartiers aux horizons différents et opposés géographiquement. On peut voir l’œuvre du Parc Barbieux comme le miroir de celle à la Condition Publique. Le gros avantage du parc : il est assez pentu. Les visiteurs peuvent donc « voir » la fresque depuis le sol et pas uniquement grâce à un drone. Dernier point non négligeable pour nos amis les geeks : il y a sur place un QR Code pour prolonger l’expérience en VR (« réalité virtuelle »). Crédit photo : © Valentin Flauraud pour Saype Crédit photo à la une : Anaïs Gadeau – Ville de Roubaix

Corentin

Le Roubaix de Corentin

Roubaix, Corentin Cagnard connaît par coeur. Les rues, les bâtiments, les allées n’ont aucun secret pour lui. Etre greeter roubaisien etait pour lui une évidence. Il nous propose une sélection de 10 lieux incontournable de la ville. #1 Le Non-lieu crédit photo : A.LOUBRY – Ville de Roubaix Contrairement à son nom, le Non-lieu se situe bien quelque part. Au 117 de la rue Montgolfier. Un endroit à visiter pour son originalité, sa mise en scène, et son savoureux mélange d’ambiance industrielle et d’art contemporain. « C’est un lieu incontournable, où des trucs improbables se passent, détaille Corentin. Un concert dans une ancienne cuve, un banquet de cheminées, des témoignages d’anciens ouvriers, un théâtre objet, des expositions de sculptures en métal… Tout est fait pour maintenir le souvenir industriel à travers l’art ». non-lieu.fr #2 Le Jardin de Traverse crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix C’est un coin de verdure où chante une rivière… Caché au milieu de l’Epeule, cet ensemble de potagers collectifs est géré par une association afin d’en faire un lieu de partage : plantations, marchés, trocs de graines, soirées cinéma, pique-nique… « C’est vraiment la nature en ville, sourit Corentin. L’esprit est très convivial, tout le monde s’entraide, on a l’impression d’être dans une grande famille. » jardindetraverse.fr #3 Le Colisée crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix L’Olympia du Nord, comme il est appelé, est un théâtre des années 20 en plein milieu d’un quartier ouvrier. Avec ses fauteuils molletonnés, son grand rideau bleu, ses lustres impressionnants et ses quelque 2000 places, l’endroit est « idéal pour une première expérience de découverte du théâtre, affirme Corentin. La programmation est très complète : des concerts, des pièces, des spectacles, de la culture urbaine, du cirque… Il y en a pour tous les goûts ! » coliseeroubaix.com #4 La Maison Verte crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix Posée et perdue au milieu de Roubaix, cette bâtisse couleur émeraude abrite au rez-de-chaussée un atelier d’artistes. « Mais si vous devez vous y rendre, c’est avant tout pour Hugo, son propriétaire, » soutient Corentin. « Passionné de la ville et de ses œuvres, il fait vivre le lieu, lui donne une âme. C’est une personne captivante qui pourra vous parler des heures de toutes ces choses alternatives qu’il expose. »  Facebook Hugo Laruelle #5 Le Mercado Negro crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix Niché à l’étage d’une ancienne usine textile, ce bar très prisé sert des spécialités portugaises depuis plus de trois ans. « A l’image d’un repaire clandestin, on retrouve un esprit brocante avec du mobilier très éclectique, décrit Corentin. Un gros canapé, une voiture de collection, de vieux postes de télé… En plus les cocktails sont à tomber par terre ! » Facebook Mercado Negro #6 Les Aubaines C’est une véritable « aubaine » pour les économes ! Associé à La Redoute, cet immense dépôt-vente regroupe de nombreux meubles invendus mis en vente à des prix dérisoires. « On a complètement l’impression de rentrer dans un vieux catalogue La Redoute, révèle Corentin. Les gens viennent de loin pour profiter de ces promotions. C’est un lieu incontournable pour se créer son trousseau de premier meuble ! » #7 L’Usine crédit photo : A.LOUBRY – Ville de Roubaix Encore une autre bonne adresse pour profiter d’un shopping peu cher ! L’Usine est un centre commercial assez inattendu, le premier en France qui a proposé des prix d’usine sur des centaines de marques. « Roubaix a longtemps été le principal pourvoyeur de fringue et de textile pour toute la France, analyse Corentin. Aujourd’hui cet endroit est à l’image de la ville : le souvenir des années industrielles textiles grâce à ces briques rouge et la modernité avec ces 60 boutiques qui proposent de tout. » usineroubaix.fr #8 Le Canal crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix Un canal à Roubaix ? Et oui, au milieu de toute cette agitation urbaine, un cours d’eau sillonne la ville pour offrir une expérience bucolique hors du temps. « C’est très agréable de se balader par ici, que ce soit en vélo ou à pieds, poétise Corentin. D’ailleurs il ne faut pas oublier que c’est par ici qu’étaient transportées les matières premières pendant la période industrielle. En longeant le canal, on peut comprendre toute l’Histoire de la ville. » #9 Les Ateliers Jouret crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix Ces ateliers, ce sont d’abord des repères pour les artistes, mais aussi des lieux d’échanges et de partages. Un studio de danse contemporaine, une cafétéria associative, un espace pour les artistes accessibles aux publics, un lieu d’exposition temporaire… « Il faut s’imaginer qu’avant ce lieu était complètement délabré, élude Corentin. Aujourd’hui, même si les structures brut on été gardées, il revit à travers tous ces ateliers et le public qui fait le déplacement lors de grands évènements. » ateliersjouret.fr #10 Les Clarisses crédit photo : S.CANDELIER Cet ancien couvent date de 1876 a été imaginé par le baron de Béthune. « Cet endroit, c’est un peu le zéro déchet avant l’heure, raconte Corentin. Les sœurs clarisses avaient l’habitude de vendre les morceaux d’hosties qui restaient des découpes. Et puis c’était un lieu fermé au public, alors qu’aujourd’hui il est possible de le visiter. Grâce à Roubaix, il s’ouvre à tous. Il se passe quelque chose dans ce lieu, il y a une âme. » saisonszero.fr

Fresque XU Atelier RemyCo

RemyCo : les coulisses d’un graff à 14 mains !

Automne 2020 : 7 graffeurs des Ateliers RemyCo (collectif d’artistes de Roubaix) sont missionnés par l’Association Melissa (48 rue de Wasquehal à Roubaix) pour repeindre complétement son local à l’occasion du Festival Expériences Urbaines #XU2020…Rencontre avec trois d’entre eux. Trois des sept artistes du projet : Max Giaquinto, Xsprayseaz et Nikonografik La génèse du projet Au départ : une demande de l’association roubaisienne « Melissa », qui veut ajouter gaieté et diversité sur les murs de son local situé dans un quartier à l’orée de grosses transformations à venir (projet de rénovation urbaine).Sur le papier, ça ne démarre pas du bon pied : 7 artistes aux styles très différents collaborent pour la première fois en pleine pandémie mondiale sous une météo « aléatoire »… Et pourtant le miracle a lieu ! La cause : le talent des artistes bien sûr, et le fait de travailler pour une association.Vous vous demandez pourquoi l’association s’appelle « Melissa » ? Mackellerie Epicerie Locale d‘Initiative Solidaire et Soutien aux Activités. En bref, une association caritative implantée depuis 2003 très respectée dans les quartiers Mackellerie et Epeule. D’ailleurs, un des artistes de RemyCo (Nicolas Boulogne) a un lien avec ce lieu qui accueillait un ancien centre social dans lequel son père a travaillé. Les 7 « fantastiques » de RemyCo qui participent à la fresque Dans la famille RemyCo, je demande… Michaël Deroubaix (xsprayseaz) Max Giaquinto Nicolas Boulogne (Nikonografik) Monsieur Koeur Nicolas Valynseele Dib Bazz RESCO (Océane Marescotti) Qui fait quoi ? Xsprayseaz inaugure le mur et réalise le fond : un dégradé de couleurs successif (qui a parlé des 7 couleurs de l’arc-en-ciel ?). Ensuite, chaque artiste vient réaliser un personnage issu de son propre univers. Et à la fin, RESCO vient « lier » chaque personnage entre eux. Finalement, la diversité de l’œuvre représente assez bien les adhérents de l’association, les gens du quartier, et même Roubaix dans son ensemble. La suite… Le travail était suivi de près : la gérante de l’épicerie toujours aux petits soins pour nos graffeurs, et certains habitants se déplaçaient en famille pour les regarder embellir leur quartier. A tel point que certains enfants ramenaient leurs dessins pour les montrer aux artistes ! Ces mêmes enfants ont carrément fini au local des Ateliers RemyCo pour participer à des ateliers de graffs. De quoi éveiller des vocations ? Derniers instants avant déménagement ! Cette rencontre avec 3 graffeurs a eu lieu au sein d’Ateliers RemyCo inhabituellement calmes et vides ! Y aurait-il du déménagement dans l’air ? A l’heure du bouclage de ce numéro (c’est-à-dire une semaine après la date prévue !), le futur lieu d’accueil des ateliers est encore secret…Ce que l’on sait à l’heure actuelle : il s’agit d’un bâtiment du centre-ville sur trois étages, dont les deux derniers seraient exclusivement dédiés au street-art. Au rez-de-chaussée : un projet d’espace d’exposition permanente potentiellement ouvert au public.L’inauguration est prévue pour la prochaine Nuit des Arts de décembre (événement biannuel organisé dans les lieux culturels de Roubaix). Après avoir rédigé un article juste avant l’ouverture (Alternatif #4), puis celui-ci juste pendant le déménagement, pas de doute : on sera présents pour vous raconter la suite des aventures de RemyCo dans Alternatif #6 !

Benjamin Kluk

Benjamin Kluk, jusque dans la peau

Street-artiste et tatoueur : Benjamin Kluk a deux visages… Et bien plus encore. C’est grâce à ses collages de dessins de têtes célèbres en Noir & Blanc qu’il s’est révélé. Exclu : notre rédacteur l’a interviewé au détour d’un tatouage sur le bras. Le genre de rencontre qui laisse des traces ! Street-artiste la nuit… C’est en 2018 qu’apparaissent les premiers collages de Jacques Brel un peu partout dans la Métropole lilloise. Sortis de nulle part, on s’interroge sur l’auteur de ces dessins de Kimbo Slice, Pablo Picasso, Jean-Michel Basquiat, Bruce Lee… Du Noir & Blanc, des traits épais, pas de signature : le style est reconnaissable instantanément. Grâce à Instagram (aka le bouche-à-oreille version 21e siècle), le nom de l’artiste se fait connaître : Benjamin Kluk ! Je graffe depuis que j’ai 14 ans. L’envie de peindre sur les murs m’est venue car je voulais laisser une trace. Avec l’âge, j’ai mis en retrait le côté « sauvage » du graff, pour me consacrer au collage. Il emménage à Roubaix, du côté de la Condition Publique, en même temps que l’exposition « Street Generation(s) » qui regroupe les street-artistes du monde entier. Dans le coin, il y a deux écoles de Street-Art : Lille et Roubaix… Tous mes potes sont à Roubaix et ils sont tous artistes ! Il se dégage ici une énergie qui pousse à la créativité. C’est le déclic ! Benjamin Kluk se met au collage, parcourt l’Europe (Budapest, Amsterdam, Lisbonne, Bruxelles…) et expose quelques-unes de ses œuvres sur internet. Grâce à Instagram, je suis connecté avec des gens du monde entier ! Je reçois sans cesse des messages et je suis tagué sur les publications des gens qui reconnaissent mon travail. Tatoueur le jour ! En parallèle de son activité de street-artiste, Benjamin Kluk est aussi tatoueur. Encore plus rare dans le milieu : il signe de son vrai nom. Là encore, Instagram joue un rôle déterminant. Je reçois des demandes de partout ! Je tatoue mes dessins de visages, mais j’accepte aussi les commandes (texte, réalisme, couleur…). J’ai fait des études d’art, et des peintres comme Matisse m’inspirent beaucoup. Il squatte le Camarade Tattoo Club à Roubaix avec ses potes Dom, Shadow et Myrtille. Le salon ressemble à un moulin : la porte est toujours ouverte, ça rentre, ça sort, ça boit du café, ça mange des pâtisseries, ça se vanne, ça s’appelle « gros », ça rigole… Une ambiance conviviale où tous les tatoueurs s’entraident. Et quand c’est le moment de tatouer, fini de rigoler. Je me considère comme un artisan plutôt que comme un artiste. Je ne sais pas combien de tatouages j’ai réalisés, mais je me souviens de chacun d’entre eux car c’est une expérience intime. Après tout, le tatoueur inflige de la douleur au tatoué ! Notre rédacteur aussi gardera un souvenir indélébile de ces moments chez le Camarade Tattoo Club (précisons que ce n’était pas une première). Des tranches de rires, des moments de serrage de dents (dans le milieu on parle d’une « peau de poulet ») et des longues discussions autour de l’art : arts de la rue, cinéma (le saviez-vous ? Benjamin Kluk a un tatouage de « Shining » sur la cuisse !) et musique (Des Doors aux Deftones en passant par… Dalida !). Et ces discussions continuent encore aujourd’hui sur Instagram… Merci Benjamin ! @benjamin_kluk Retrouve-le sur Instagram à l’adresse @benjamin_kluk et envoie-lui un petit message de la part d’Alternatif… Histoire de polluer encore plus sa messagerie !

Faites entrer l’accusé

Il a commis la dernière de couverture de cet Alternatif. Extrait d’un interrogatoire musclé, au cours duquel le peintre Jigé nous dit la vérité, rien que la vérité. Vous êtes connu sous le pseudonyme de Jigé. Veuillez s’il vous plaît décliner votre véritable identité. Mon nom est Julien Gaquere, né il y a 33 ans à Dunkerque, d’une mère comptable et d’un père vendeur de fruits et légumes. J’ai une sœur et un frère. Où étiez-vous le 4 décembre 2017 ? A la concession Volkswagen de Lambersart où je vendais des voitures depuis bien trop longtemps. C’était le lendemain de la Braderie de l’Art, où mes œuvres rencontraient un certain succès. Je me revois dans le bureau de mon chef, en train de remettre ma démission. Ma décision était mûre depuis longtemps. Je ne voulais plus de patron, mais un maximum de liberté pour être plus en accord avec qui j’étais. On vous a vu comploter en 2019 avec Camille Plard et Jean-Charles Huvelle. Ça ressemble à une bande organisée. Qui sont vos complices ? Dites-nous tout. Oui je plaide coupable. En 2019, Camille Plard de By Lelicam [Alternatif #4] et moi avons conçu une collection textile Zéro Déchet. J’ai dessiné les motifs, Camille a cousu les articles : un étui à sandwich et un sac à tarte pour éviter l’alu, un totebag pour éviter le plastique… Cette série limitée était en vente sur Etsy notamment. Et c’est Jean-Charles Huvelle de Tissus Papi [Alternatif #1] qui nous a permis de faire imprimer le tissu. Quand et où avez-vous agi pour la dernière fois ? Etait-ce prémédité ? Si vous parlez de Solid’Art qui s’est tenu à Lille, j’avoue, mais je n’étais pas seul sur le coup. En trois jours, mes complices et moi avons vendu pour 250 000 €, dont 125 000 € ont été reversés au Secours Populaire. Mais mon dernier coup de maître, c’est une fresque installée sur le fronton du Colisée pour un an, un cœur géant qui vient aussi habiller les programmes de la saison. Photos : Anaïs Gadeau Ceci est un lot de Poscas. Il s’agirait de l’arme utilisée lors des faits. Reconnaissez-vous ces feutres comme les vôtres ? Ok vous m’avez piégé. Ce sont bien les feutres Poscas que j’utilise pour mes petits formats. Pour les plus grands j’utilise de la peinture acrylique. Je commence aussi à travailler les collages, la sculpture… Je ne m’interdis rien, d’autant que je suis sur un énorme projet d’expo-installation, qui devrait créer l’événement. Ça se passera à Roubaix… évidemment. Fin 2021 si tout va bien. Quelles sont vos réelles intentions ? Votre mobile ? J’ai besoin de cracher les 10 ans de ma vie où j’ai pratiqué le commerce. Je veux dénoncer la surconsommation, déclencher une prise de conscience. La passion nous fait parfois commettre l’irréparable. Vous aimez Roubaix et avez disjoncté… Avouez ! Mon premier job était vendeur à L’Usine. En avril 2018, j’ai intégré les Ateliers Jouret, que j’ai quittés depuis. Tout me ramène à Roubaix. Les artistes y sont chouchoutés, mais surtout ils sont libres. Votre verdict ? Jigé… coupable ou no-coupable ? Crédit photo : A.GADEAU – Ville de Roubaix Facebook Jigé

Maison verte

La « Maison verte »

C’est une façade connue d’un grand nombre de roubaisiens, magnifique et repérable grâce à son habillage de carrelage en terre cuite vernissé vert émeraude. Depuis avril 2017, Hugo Laruelle a installé son atelier/galerie au 28 rue Foch, à côté du square Camille Claudel. Les deux baies clairement ouvertes vers l’intérieur attisent la curiosité des passants et invitent très simplement à rentrer. Visite d’un lieu culte guidée par un artiste sous le charme. Une trouvaille comme une rencontre Il cherchait un lieu neutre et clair pour ne pas être influencé par un quelconque décor. Et puis, il passe devant cette façade verte datant de 1893 qui le subjugue. Le local est à louer. La visite ne fait qu’accentuer le coup de foudre quand l’ouverture de la double porte en bois intérieure coulissante fait pénétrer une lumière du jour magique. Hugo s’y projette très vite, au point d’y organiser en septembre 2017, une ouverture grand public pour les Journées du Patrimoine. Il y propose une exposition « Spécimen » en lien avec la maison elle-même. Un travail de peinture qui s’inspire des motifs de la façade, des oiseaux et des fleurs du papier-peint des parties communes de l’immeuble. Cette première exposition est l’occasion d’un travail de fond sur l’origine de la maison conçue par l’architecte Auguste-Georges Dubois-Desrousseaux. La façade en céramique est signée de l’industriel Emile Muller, référence au XIXème du mouvement des Arts Décoratifs. Elle est aujourd’hui inscrite à l’inventaire supplémentaire du patrimoine. Un lieu chargé d’histoire très inspirant Hugo Laruelle, artiste peintre et photographe, propose un travail axé sur le corps, l’intimité, sur la façon d’habiller la nudité. Ses corps sont souvent enveloppés de motifs, de tissus, de papier-peint, de tatouages. Il photographie des modèles non professionnels, joue avec la lumière naturelle de son atelier, choisit des supports métallisés pour ses tirages et aboutit des œuvres surprenantes de douceur et d’intimité. Un perfectionniste qui pour sa dernière exposition proposée pour la Nuit des Arts en décembre 2018, avait scénographié la Maison verte façon boudoir. Chaque détail invitait à stimuler la curiosité, à devenir voyeur d’un travail sur l’intimité du couple. Couple exploré sous toutes ses typologies, avec la recherche d’une certaine forme de vulnérabilité et d’une grande beauté. L’artiste précise : « Cette maison est une grande source d’émotion. Elle m’inspire et propose un décor en phase avec mon travail. Il y émane une atmosphère très particulière propice à la création». Un lien magique entre la Maison verte, le square Camille Claudel et le Musée La Piscine Une découverte toute récente rend Hugo particulièrement enthousiaste. Le céramiste Emile Muller, créateur de la façade verte, a développé en parallèle de son entreprise industrielle, des céramiques artistiques, notamment pour la sculptrice Camille Claudel… Dont la fresque géante jusqu’appose la Maison verte depuis fin septembre 2018. Et dont le musée La Piscine expose les terres cuites vernissées. Hugo conclut : « Les liens ne demandent qu’à se tisser. L’histoire montre une logique qui va bien au-delà de ce que l’on aurait pu imaginer. Il y a une forme de magie qui nous emmène dans une autre époque et qui scelle l’originalité de l’histoire de Roubaix ». www.hugolaruelle.fr Hugo Laruelle artiste peintre Hugo Laruelle

Sport Business

Sport Business Club ou comment réseauter en short

Tout est parti d’un constat. Celui de Vianney Lepoutre, entrepreneur depuis 8 ans : pour être performant, il faut prendre soin de soi, faire attention à sa santé et à son corps. Si Vianney a fait de ces règles siennes, il a aussi décidé d’en faire profiter les cadres dirigeants en créant Sport Business Club en mai 2017. Le principe est simple : le Sport Business Club permet aux dirigeants et cadres de s’entrainer sur tous les paramètres de la performance tout en développant leur réseau professionnel. « C’est faire du networking (ou réseauter) en tenue de sport » s’amuse Vianney. Le jeune entrepreneur s’est aménagé du temps dans son planning pour faire du sport tous les jours et même une sieste d’un quart d’heure, « et ma boîte ne s’est jamais portée aussi bien ». L’idée, à travers Sport Businness Club, c’est donc d’amener les cadres dirigeants inscrits dans le programme à intégrer le sport dans leur « routine ». « Aujourd’hui, les dirigeants ont tous des objectifs qui nécessitent d’être bien préparés » poursuit-il. Le sport pour développer les aptitudes managériales et mentales et pour rendre un dirigeant performant dans sa vie professionnelle et personnelle. « Il y a donc le sport mais aussi tous ses corolaires pour se sentir bien : le sommeil et la nutrition ». Concrètement, chaque mois, les stagiaires inscrits (par groupe de 15 à 20) se retrouvent au Stab pour une séance de trois heures. Au programme, une heure et demie de pratique sportive (préparation physique, vélo, paddle, trail, course à pied, natation, …) suvie d’un déjeuner en tenue de sport qui permet à chacun d’échanger sur ses pratiques et de faire grandir son réseau. Ensuite, les stagiaires reprennent le chemin du bureau, gonflés à bloc pour réaliser leurs objectifs et bien décidés à laisser plus de place au sport dans leur emploi du temps bien rempli. Des experts référents et compétents Vianney Lepoutre a le don de savoir bien s’entourer. A ses côtés, pour conseiller ses stagiaires dans des domaines précis, il a fait appel à des pointures. Philippe Leclair, expert en préparation physique et mentale. « C’est lui qui intervient dans la définition du programme sportif ». Rémi Hurdiel, docteur en Sciences du Sport à l’Université du Littoral Côte d’Opale et spécialiste du sommeil, notamment pour les marins qui préparent des courses comme le Vendée Globe. « Repérer les signaux de fatigue et intégrer des routines avec des postures de respiration font partie de ce qu’on enseigne aux stagiaires ». Marc Le Quenven, naturopathe. « La nutrition, c’est la base de notre énergie, on apprend à bien manger tout en se faisant plaisir ». Sport Business Club, ce sont eux qui en parlent le mieux Ils sont une quinzaine pour la séance de rentrée de Sport Business Club. Tee-shirt bleu marine à l’effigie du groupe, les stagiaires grignotent des amandes pendant le briefing de Vianney avant la séance « dérouillage » concoctée par Martin Lainé. Jérôme, gérant de l’agence Temporis : « L’été a été compliqué en termes de préparation physique ! Convaincu de l’expérience de l’année dernière, je signe de nouveau, pour retrouver la forme et profiter du réseau de chacun ». Camille, conseil en assurance : « Cela m’a beaucoup aidée à réorganiser mon planning pour laisser de la place au sport ». Guillaume, directeur commercial Brasserie Castelain : « C’est une bonne méthode pour faire du sport autrement, avec un sens du défi qui me plaît. C’est aussi faire du réseau autrement, en baskets et en short ». Sport Business Club

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Construire la ville de demain avec la technologie du numérique mais à partir des besoins des habitants : c’est l’ambition de L.I.V.E, Laboratoire pour Imaginer la Ville En mieux. Issu d’une démarche inédite associant 3 communes, Roubaix, Tourcoing, Marcq-en-Barœul et leurs habitants, ce laboratoire d’innovations urbaines a déjà développé une application pour les loisirs en famille. Il travaille actuellement sur deux autres projets : le commerce de proximité en 3.0 et le stationnement intelligent. POURQUOI L.I.V.E ? Applications, Internet, réseaux sociaux : le numérique a très largement investi notre vie quotidienne. Smartphones et tablettes à hauteur permanente de mains, nous sommes devenus des citoyens « mobiles ». Une réalité à laquelle les collectivités ne pouvaient échapper : à charge pour elles de développer des services innovants pour les habitants et d’intégrer dans leur réflexion les notions de durabilité et de ville connectée intelligente (ou Smart City). Mais plutôt qu’apporter des solutions toutes faites sans que jamais n’aient été interrogés les besoins des usagers, L.I.V.E, au contraire, propose une approche dite « inclusive », c’est-à-dire associant les utilisateurs d’un service à son développement. C’est la raison pour laquelle il s’est choisi comme parrain Carlos Moreno (notre photo). Cet expert international de la Smart City revendique une approche de la ville intelligente partant de l’homme et de ses besoins et non de la technologie. UN LABORATOIRE D’INNOVATIONS, POUR QUOI FAIRE ? L.I.V.E n’est pas une usine de production de services numériques, mais un laboratoire de recherche et de développement. Il a vocation à prototyper des services digitaux nouveaux puis à les tester en grandeur nature. Dans ce laboratoire d’un genre nouveau travaillent ensemble des développeurs, des designers, les collectivités concernées et, bien sûr, les utilisateurs. C’est ce qu’on appelle le codesign. L.I.V.E entend aussi lutter contre la fracture numérique en permettant aux publics les plus éloignés du numérique de participer à la construction de services connectés et, au-delà, à la conception d’une ville plus agile. Il est ainsi ouvert à tous les habitants de Roubaix, Tourcoing et Marcq-en-Barœul, quel que soit leur niveau d’appropriation des outils numériques. POUR QUELS USAGES ? L.I.V.E a déjà développé une application : Vos loisirs en live. Elle répertorie et géolocalise les activités et sorties réalisables en famille à Roubaix, Tourcoing et Marcq-en-Barœul et les moyens de transport pour s’y rendre. « Ces informations existaient mais elles étaient dispersées. Nous les avons regroupées au sein d’une application simple, accessible et pensée prioritairement autour de l’usage que chaque habitant pourra en faire, c’est-à-dire en quoi elle lui sera utile », témoignent les 70 coconcepteurs de l’application. D’ici à fin 2019, neuf autres projets vont être développés : géolocalisation des espaces de coworking, pilotage de la collectivité en open data, favorisation de la nature en ville, géolocalisation des pistes cyclables et des lieux accessibles aux personnes à mobilité réduite, usage du numérique à l’école, conception de mobilier urbain connecté, création d’un service recensant les activités de loisirs pour les enfants et les ados et permettant une mise en relation avec les parents, le commerce de proximité en 3.0 et le stationnement intelligent. C’est sur ces deux derniers sujets que L.I.V.E planche actuellement. Au moins deux motifs de fierté Quelques mois après son lancement, le 7 juin 2018, L.I.V.E a remporté le Label « Territoires innovants » dans la catégorie « Construire les villes de demain ». L.I.V.E a également été retenu dans le cadre de l’appel à projets lancé par la fondation FREE : « L’intelligence collective au service du développement numérique des territoires ». Pour tous les acteurs de L.I.V.E, une belle reconnaissance. À l’heure où notre monde se transforme en profondeur sous l’effet de grandes mutations technologiques, économiques, sociétales, environnementales et politiques, les espaces urbains cristallisent tous les enjeux de notre développement futur. Pourtant, la ville de demain, comme celle d’hier, doit être un lieu de rencontres, d’échanges, de vie, une ville pour les femmes et les hommes qui l’habitent et la rendent vivante. » Carlos Moreno, expert international de la Smart City, parrain de L.I.V.E