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Roubaix, star du petit et du grand écran

Avec 70 jours de tournage du le 1er janvier au 30 novembre 2021, Roubaix ne se fait pas de cinéma ! Elle affiche ses ambitions et valorise ses nombreux atouts. La 3e ville de la région Hauts-de-France n’est plus une jeune première dans le domaine du 7e art et du petit écran. Terre de tournage – et accessoirement celle d’Arnaud Desplechin où il a fait ses premiers pas et maintenant ses grands de cinéaste -, Roubaix a d’ailleurs rejoint en avril le réseau Film friendly. Ce label conforte son statut et va de pair avec l’arrivée en mairie d’une personne presqu’exclusivement dédiée à cette mission. Alice Majka est chargée d’accueil des tournages. « Pour accueillir des tournages à Roubaix, il est important de trouver des décors au plus près des volontés des réalisateurs, tant sur les biens privés que publics », explique-t-elle. Son travail, c’est cela, qui va de l’accueil des équipes de repérage de décors aux demandes de dernière minute pendant le tournage. Un décor à ciel ouvert Dans l’ancienne ville industrielle textile, on pourrait croire les friches parmi les attraits principaux de Roubaix. Ce serait oublier la nécessité de garantir toutes les conditions de sécurité. À une heure de la capitale et au cœur d’une métropole facilitatrice, les producteurs viennent prioritairement y trouver une seconde région parisienne, moins chère et moins saturée : le quartier des Trois Ponts pour incarner la banlieue, l’hôtel de ville, une mairie d’arrondissement, le cimetière, celui du Père-Lachaise ou encore L’Impératrice Eugénie, parfaite pour figurer une brasserie parisienne. Décor à ciel ouvert, Roubaix compte de nombreuses pépites : les maisons bourgeoises, le magnifique parc paysager Barbieux, les quartiers ouvriers et des lieux particulièrement adaptés. C’est le cas de La Condition Publique. C’est aussi celui de l’ancienne Banque de France. « Un hall au mobilier typique des années 1900, un escalier en marbre et de quoi reconstituer à l’étage un appartement parisien », décrit Alice. En quête de décors pour son long-métrage « Frère & Sœur », Arnaud Desplechin était en repérage à Roubaix en avril. L’équipe a suivi. Elle est venue tourner en novembre dans les quartiers centre et de l’Epeule. Une belle opportunité pour la ville d’accueillir les deux acteurs principaux du film : Marion Cotillard et Melvil Poupaud. Pictanovo, fonds de soutien à la création Plus de tournages, c’est aussi plus de retombées économiques pour les territoires et un rayonnement plus large.Pictanovo accompagne la création audiovisuelle et cinématographique en Hauts-de-France grâce aux mises en relation avec plus de 280 comédiens, un catalogue de plus de 800 compétences de techniciens du son et de l’image, plus de 230 prestataires (lumière, machinerie, matériel son et vidéo, postproduction et trucage numérique), une base de 2 000 décors prêts à tourner, un écosystème de l’animation et pas moins de 8 fonds distincts de financement (cinéma / TV, court métrage, documentaire, etc.) www.pictanovo.com

Portrait d'Arnaud Deplechin

Arnaud Desplechin, Les lumières de sa ville

Rendez-vous est pris entre deux scènes de tournage dans les salons du Grand Hôtel Mercure à Roubaix. Le cinéaste fantasque venu filmer son 12e long-métrage à Roubaix, sa ville natale, apprécie ce moment d’échange. Une respiration tout en chuchotements qui le dégage quelques instants des rouages millimétrés et rythmés de la réalisation. Rencontre avec un homme singulier, ouvert aux fantômes et empli d’une belle lumière. Roubaix, partir pour mieux revenir En plus de 30 ans de carrière, Arnaud Desplechin, amoureux du cinéma d’auteur, a été nommé 56 fois dans des festivals et a obtenu plusieurs prix dont le prix Louis-Delluc en 2004 pour Rois et Reine et l’Etoile d’Or du réalisateur pour Un conte de Noël en 2009 ! Cinq de ses longs métrages ont été tournés à Roubaix, ville où le cinéaste a vécu et étudié jusque l’âge de 17 ans. Ville à laquelle il est toujours très attaché pour l’identité meurtrie qu’elle lui inspire : « Jeune homme, j’ai eu besoin de fuir cette ville, de m’arracher à mes racines. J’ai intégré l’école de cinéma l’IDHEC à Paris et dès mon premier moyen métrage, La vie des morts, j’ai souhaité revenir tourner ici comme pour livrer quelque chose qui vienne de mon passé, de ma vie, de moi. Je reste fasciné par cette ville, par les signes d’un passé industriel très prospère alors qu’aujourd’hui, la réalité n’est plus la même. Il y a comme un devoir, une fierté à résister et à revenir. » Un point de vue intellectuel humain Le long métrage tourné s’intitule Roubaix, une lumière. Il relate un fait divers inspiré par un vrai meurtre commis par deux jeunes femmes, interprétées par les actrices françaises Léa Seydoux et Sara Forestier. Le commissaire Daoud incarné par Roschdy Zem mène l’enquête, sillonne la ville qui l’a vu grandir. Voitures brûlées, altercations… Le film met en scène un monde en crise et se charge d’une mission : rendre leur humanité aux coupables. Au réalisateur de préciser : « Vous faites comment avec la misère ? Je n’ai pas de propos sociologiques ni même politiques. Mes deux héroïnes viennent d’un milieu socialement très dur, elles ont un destin tragique. Et pourtant une lumière scintille en elles. Quelque chose de l’ordre de l’amour qui transcende le poids de la réalité. Des soubresauts magnifiques. » Un cérébral fidèle et romanesque Inspiré par les réalisateurs de la Nouvelle Vague, et surtout par François Truffaut dont il connaît au moins dix films par cœur, Arnaud Desplechin est un cinéaste souvent jugé pour son intellectualisme, pour ses personnages complexes, souvent opaques. Cinéaste fidèle à ses acteurs, Arnaud Desplechin lance et met en lumière Mathieu Amalric dans La Sentinelle en 1992. Lui et son acteur fétiche font partie de ces couples fusionnels au cinéma : depuis 1992, ils ont tourné sept films ensemble. Il en reste une constante et une longue histoire qui se nourrit au fil des années, faisant évoluer les personnages de Paul Dedalus et d’Ismaël Vuillard (incarnés par Amalric) de film en film. Ces héros récurrents contribuent à créer l’ampleur romanesque du cinéaste. La discussion aurait pu continuer encore… Trop rapidement, l’entrevue se termine. Le tournage doit reprendre. Les équipes sont en place devant la patinoire face à l’hôtel de ville. Au moment de l’au revoir, le visage d’Arnaud Desplechin rayonne. La rencontre appuyée sur l’évocation de nombreux souvenirs liés à Roubaix semble avoir galvanisé le cinéaste. Son Roubaix est très attachant et toujours bien vivant. Portrait chinois : Un souvenir d’enfance Je faisais partie d’un club d’escrime et chaque 14 juillet, nous défilions avec nos fleurets dans les rues de Roubaix. La mairie nous donnait 1 franc pour cette représentation. J’en garde un souvenir émerveillé. Un souvenir de cinéaste Catherine Deneuve, au moment du tournage d’Un conte de Noël en 2008. Le Grand Hôtel n’avait pas été refait. Catherine avait investi le premier étage. C’était dingue de la voir descendre le grand escalier le matin. Une espèce d’insolence d’avoir Catherine à Roubaix qu’elle a par ailleurs beaucoup aimé. Une personnalité Germaine Lantoine-Neveux ! Les portraits de cette peintre roubaisienne sont exposés au musée La Piscine. C’est ma grand-tante qui me l’a fait découvrir et apprécier, notamment pour ses séries de portraits qui prenaient pour modèles des ouvrières comme des bourgeoises. Un lieu Le Parc Barbieux ! Nous y étions en tournage hier soir. Mon rêve est de parvenir à y faire un plan cinématographique du tram vu du parc. Je n’y suis toujours pas parvenu !       Un film pour… Avoir la pêche Leto du réalisateur russe Kirill Serebrennikov. Un film enthousiaste autour de la musique rock qui donne une énergie d’enfer. Regarder la société Je vais au cinéma pour échapper à la société. Je préfère regarder le monde. Il n’en reste pas moins que La règle du jeu de Jean Renoir m’a mis à genoux quand je l’ai vu la première fois. Rêver Phantom Thread avec Daniel Day-Lewis. L’histoire d’un couturier dans les années 50 qui rencontre une muse. La nature de leur relation est tellement mystérieuse que l’on pense que c’est un songe. Dans les #coulisses du nouveau film de Desplechin à #Roubaix : il en faut du monde et du matériel pour le tournage ! pic.twitter.com/S3MiOIWqRM — Ville de Roubaix (@roubaix) 26 août 2016 Arnaud Desplechin et Roschdy Zem tournent à la patinoire pour les besoins d’une scène du film « #Roubaix, une lumière » 🎥 Nos plus belles photos sur https://t.co/z6PuGGNCkz pic.twitter.com/uvcLrvdRyM — Ville de Roubaix (@roubaix) 15 décembre 2018       Filmographie express 1991 Prix Jean-Vigo pour son premier moyen métrage La Vie des morts 1992 Réalisation du premier long-métrage La Sentinelle 1996 Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) 2000 Esther Kahn 2003 Léo en jouant « Dans la compagnie des hommes » 2004 prix Louis-Delluc pour Rois et Reines 2007 L’Aimée 2008 Un conte de Noël 2013 La Forêt 2013 Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines) 2014 Trois souvenirs de ma jeunesse 2016 César du meilleur réalisateur pour Trois souvenirs de ma jeunesse 2017 Les Fantômes d’Ismaël 2019…
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