Auteur/autrice : Sylvain Genel

Les bons filons du bâtiment 

Après Tissel Nouveau Monde, c’est sur un ancien site logistique, propriété de La Poste Immo, qu’une nouvelle histoire s’écrit. Son nom : Tissel Carihem. À Roubaix, les friches ne sont jamais tout à fait endormies. Elles attendent la prochaine idée, la prochaine énergie, la prochaine communauté capable de leur redonner souffle et usage. Lancé en 2025, Tissel Carihem est un hub dédié à l’économie circulaire du bâtiment. Un lieu vaste et modulable, pensé pour faire collaborer les acteurs du réemploi, et pas que. Le site de 13 000 m², dont 4 000 m² de bâti, est un outil rare : une dizaine de quais de déchargement, une logistique poids-lourds opérationnelle, des racks de stockage et ce grand espace surnommé le « frigo », véritable réserve de matériaux. « Pour construire autrement, explique Anthony Ponthieux, directeur opérationnel de PResRV, il faut arrêter de considérer que tout commence par une commande de matériaux neufs. On regarde ce qu’on a, ce qu’on peut réemployer, et on compose. Comme en cuisine. » Le réemploi ne se limite plus à l’écologie : il devient structurel. La réglementation RE2020 intègre le calcul du poids carbone contenu dans les matériaux de construction. Dans ce cadre, le réemploi est quasi « zéro carbone ». La filière tend à changer : elle n’est plus marginale ou militante, mais tend à se structurer et à s’industrialiser, générant un emploi non délocalisable et conservant la valeur sur le territoire. Derrière cette aventure, il y a PResRV, entreprise locomotive de ce lieu, spécialisée dans la dépose, le reconditionnement et la valorisation de matériaux issus de la déconstruction. « Nous sommes des mineurs urbains », explique Anthony Ponthieux. « On vient extraire la ressource déjà présente dans la ville, pour la transformer et la remettre en circulation. Réemployer, c’est agir directement contre le carbone. » Le bâtiment représente un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre : le réemploi devient une arme climatique concrète. Dans les ateliers, les équipes reconditionnent sanitaires, chemins de câbles, panneaux solaires, bouches d’aération, poutres… Une ligne technique permet, par exemple, de remettre à neuf 8 WC en trente minutes. « Nous utilisons une recette de grand-mère, ni plus ni moins », plaisante Anthony Ponthieux. Le process combine acide citrique (du jus de citron) porté à 60 °C et ultrasons créant de micro-fractures, et facilitant le détartrage. Une machine industrielle permet de nettoyer une brique toutes les trois secondes, visant un rythme de 400 000 briques réemployées par an. De quoi alimenter les chantiers locaux de réhabilitation, notamment ceux menés par les bailleurs sociaux, aujourd’hui moteurs de la transition. Autour de PResRV, trois autres habitants participent aujourd’hui à l’identité collaborative du site : Toerana, collectif d’artisans travaillant sur des approches bioclimatiques ; Rewood, entreprise spécialisée dans la requalification du bois ; Çavaoù, qui développe une application d’aide au tri et des systèmes de détection pour éviter la pollution des bennes de chantier. Tous partagent une logique de mutualisation des espaces, des flux et des compétences, et surtout une conviction commune : certaines réponses aux défis environnementaux se trouvent localement, dans les réseaux d’acteurs et dans le geste concret. Tissel Carihem se veut aussi pédagogique. Le site souhaite accueillir prochainement un volet formation, avec une entreprise de chantiers d’insertion, pour initier aux nouveaux métiers de l’économie circulaire : dépose sélective, nettoyage industriel, valorisation matière… Déjà, le lieu reçoit learning expeditions, rencontres inter-filières et séminaires. Un showroom ouvert à toutes et tous valorise les matériaux, mais aussi les idées. Tissel Carihem n’est pas qu’un entrepôt : c’est un lieu d’expérimentation, d’inspiration, de transmission. Un endroit où l’on apprend à voir la ville comme une mine. « Maintenant que nous avons la recette d’un Tissel après Nouveau Monde et Carihem, explique Anthony Ponthieux, nous pouvons imaginer un Tissel 3, un Tissel 4, un Tissel 5… Chaque territoire a ses ressources, ses besoins, sa manière de faire filière. L’enjeu n’est pas seulement d’être exemplaire ici : c’est également de démontrer que le modèle est réplicable. » Tissel Carihem1 rue Marcel Arnaud, Roubaix

De BAO à BI BAO, un enthousiasme décuplé

Née de l’initiative de Corentin Mazella, ébéniste, l’entreprise d’agencement BAO se fait connaître de bouche-à-oreille – d’où son nom tout trouvé. Rejoint par Mélissa Pellizzari, directrice artistique, le duo devient BI-BAO. Ensemble, ils lancent une première ligne d’objets de décoration en bois massif, rapidement identifiée sous leur nom éponyme. Le choix local En quête d’un lieu d’expression, ils s’installent dans une ancienne teinturerie à Roubaix. Cet espace post-industriel, partagé avec un collectif d’artistes, nourrit leur créativité et favorise les collaborations. De ces échanges, découle notamment une table en chêne massif et céramique, imaginée avec une artiste roubaisienne. De bouche-à-oreille Le réseau se tisse. La ligne de meubles conçue avec Gary Berche de l’agence KNGB, met en valeur les produits du Groupe Casamance (à Paris, Londres et bientôt aux Pays-Bas). À la bonne échelle Le bois est coupé, poncé, rainuré, teinté et assemblé consciencieusement dans leur atelier à taille humaine. Il en ressort, en petites séries, les étagères Nina et Ava, la planche à découper Lise, le plateau à bijoux Iris et d’autres créations comme Luna, Loïs ou Milo… à découvrir sur leur boutique en ligne. Un engagement naturel Fidèles à leurs valeurs, Corentin et Mélissa privilégient le bois issu de forêts du Nord labellisées PEFC et les emballages en carton et papier recyclés. Une démarche écoresponsable innée, fondée sur des matériaux régionaux et durablement renouvelés. De la 2D à la 3D Ils associent leur savoir-faire ; Mélissa dessine, Corentin façonne. Pour les particuliers, ils écoutent les besoins et proposent des meubles créés à leurs justes mesures : bars, bibliothèques, étagères, cuisines… Côté professionnel, ils réalisent l’agencement de boutiques et restaurants ; depuis les plans jusqu’à l’élaboration de tables, banquettes, comptoirs (Le Shii Foo Mii à Saint-André, Le Yataï à Lille et bientôt Le Saigon Café). Leur signature : des détails soignés, un ADN global de l’espace. Une autre dimension Nouveaux plans, l’atelier s’agrandit et s’installe sur 230 m² : de quoi stocker le bois, installer le nouvel espace nécessaire à l’activité de Corentin, le bureau de Mélissa et préparer les objets de petite décoration pour les commandes ! Cloisonner / décloisonner Comme des pièces en bois qui s’imbriquent les unes aux autres, Corentin et Mélissa souhaitent renouveler l’effervescence du collectif. Ils proposeront prochainement de partager cet espace avec des artistes qui voudront organiser ponctuellement des ateliers créatifs. @bi_bao.fr bi-bao.fr49 rue de croix, Roubaix

(Bar) Live Is Life*

Lieu intergénérationnel, de rencontres et de mixité, le Bar Live est un espace unique à Roubaix, proposant une programmation variée et des événements abordables pour tous. Lyna Ziani, présidente de ce bar associatif logé dans la cour de l’association Autour des Rythmes Actuels (ARA), nous accueille pour parler de musique, de partage et de multiculturalité. Lyna fréquente cet endroit depuis qu’elle a 16 ans, à l’époque où elle fait ses premières armes en tant que rappeuse. Très vite, elle s’investit comme bénévole et en 2023, Messaoud Ferkioui, fondateur du Bar dans les années 90, lui lègue la présidence de l’association. L’histoire du Bar commence donc d’abord par ceux qui le font exister. C’est une histoire de solidarité et de partage, grâce à l’engagement des membres de l’association et des adhérents eux-mêmes. Certains habitués de longue date ont même choisi de devenir bénévoles. Pour Lyna, le Bar, c’est le lieu où l’on crée des liens : « on a envie de boire un coup avec quelqu’un donc rencontrer, sociabiliser, échanger ». Mais le Bar Live, c’est surtout un lieu à l’image de la ville : « on se réunit tous et avec quelques idées, on arrive à créer quelque chose de bien ». Roubaix, c’est une ville qui a une identité forte, où les gens ont des choses à dire, des codes, une mentalité et un langage qui leur sont propres. Dans cet espace qui leur est destiné, les publics se rassemblent pour se faire découvrir leurs cultures. « Quand on ne se connaît pas, on ne s’aime pas, et quand on apprend à se connaître on comprend mieux – ça c’est culturel.  À Roubaix, on a la chance de pouvoir se rencontrer entre cultures. » Ce qui rend cette structure unique, au-delà de son multiculturalisme, c’est l’esprit du hip-hop à l’ancienne. « À l’époque, les gens étaient indépendants : ils gagnaient leur propre argent pour se produire eux-mêmes et créer leur propre économie. Il y avait aussi ce phénomène où plus c’était local, plus ça devenait universel. » Avec une adhésion annuelle de 2 euros, et beaucoup d’événements à prix libre, dont les recettes bénéficient directement aux artistes, le Bar Live affirme sa volonté d’être ouvert à tous, peu importe le genre, l’âge ou les goûts musicaux. Une inclusivité qui se ressent notamment par la programmation éclectique proposée, que ce soit de la pop, de la soul, du reggae, du rap ou encore de l’électro. Enfin, la partie live est inhérente au lieu. Chaque jeudi, la jam session accueille des artistes en tout genre sur scène. Les ambitions de Lyna pour l’avenir vont dans ce sens : « c’est une scène et un studio, surtout pour les groupes, tu peux enregistrer tous les instruments ». Par la suite, elle aimerait pouvoir retranscrire les concerts en streaming, pour qu’ils soient encore plus accessibles, et créer un autre espace studio pour recevoir plus d’artistes et de résidents. > Le Bar Live301 avenue des Nations Unies, Roubaixwww.live-asso.fr

Paris Fleurs : un cœur qui bat depuis plus de 120 ans

Au 11 avenue Jean Lebas se dresse un bel immeuble aux lignes modernes et au décor classique. Érigé vers 1900, il abrite au rez-de-chaussée un commerce du même âge. Mais l’enseigne, Paris Fleurs aujourd’hui, est beaucoup plus qu’un magasin. C’est l’histoire d’une passion au parfum de filiation. L’avenue Jean-Baptiste Lebas s’appelait encore avenue de la Gare, artère réputée pour ses magasins chics et ses hauts bâtiments, sièges de grandes sociétés, quand en 1904 un certain Achille Cornélis y installe, au numéro 11, une activité de vente de fleurs naturelles. Une épicerie avait précédemment occupé les lieux. Dès lors, des familles de fleuristes vont s’y succéder et l’histoire égrainer leurs noms, de Gontram à partir de 1909 à Laurence Lepercq aujourd’hui. Le magasin, familial depuis 1956 et transmis par sa mère en 2001, est indissociable de Laurence et ce qu’elle chérit le plus dans son métier ; « j’aime l’ambiance et ses fleurs à foison », dont la palette de couleurs attire le regard dès l’extérieur. Il suffit ensuite de franchir la porte pour s’en convaincre : la passion, héritière d’une longue tradition, s’épanouit ici sur 80 m2 d’une abondante, et devenue rare, variété de fleurs coupées, complétée de plantes, bouquets et compositions variées. Le conseil et l’accompagnement font le reste pour satisfaire une clientèle dont le flot ne se tarit pas. C’est sans doute la raison pour laquelle Paris Fleurs compte parmi les plus anciens magasins… roubaisiens, comme son nom ne le dit pas ! « Le propriétaire, avant mes parents, était parisien. Il avait appelé le magasin Paris-Roubaix Fleurs. Cette référence trop importante à la course cycliste ne plaisait pas à ma mère. Elle l’a rebaptisé Paris Fleurs. » La fleur, toujours tendance ? Classée parmi les produits de luxe ou « dont on peut se passer », nuance Laurence Lepercq, la fleur a pourtant toujours la côte. Si les achats sont souvent affaire de saisons et de tonalités associées, ils n’échappent pas à la mode. « La tendance, aujourd’hui, ce sont les bouquets très voluptueux, déstructurés. Avant, au contraire, c’étaient les bouquets ronds, bien ordonnés, des fleurs par 3 ou en nombre impair…». Les réseaux sociaux jouent eux aussi leur rôle. « Souvent, les jeunes qui entrent dans ma boutique ont vu un bouquet sur Instagram. Ils veulent le même. » Enfin, si le caoutchouc fait son grand retour parmi les favoris, dans le top des classiques, Laurence cite « en 1 » la rose rouge, puis, indifféremment, la pivoine, l’hortensia, l’orchidée et le lys. De Queen Elizabeth à Gérard Darmon Quelques personnalités de passage à Roubaix ont franchi le seuil de Paris Fleurs. Laurence Lepercq se souvient, enfant, de Raymond Devos, de Michel Fugain et son Big Bazar, et, beaucoup plus tard, de Gérard Darmon. « Il logeait à l’hôtel en face et y avait oublié ses lunettes de soleil. Pour remercier le personnel de lui avoir mises de côté, il est venu en personne m’acheter un bouquet de fleurs ! » Figurant du petit écran pour la série « HPI » et du grand, avec « Roubaix, une lumière », le film d’Arnaud Desplechin, Paris Fleurs peut aussi se targuer d’avoir composé l’énorme bouquet de roses offert par la mairie à la reine Elizabeth, lors de sa venue à Roubaix en 1957. Un lieu chargé d’histoire Dans les années 40, la petite histoire rejoint la grande. Alors propriétaire du magasin depuis 1926 et engagée dans la résistance avec son mari Marius, Marie Berrodier transforme la cave de l’immeuble en cachette pour les aviateurs anglais. Malheureusement, le couple est arrêté par les Allemands en 1943 et mourra en déportation. Une plaque sur la façade de l’immeuble rend hommage à leur héroïsme. > Paris Fleurs 11 avenue Jean Lebas, RoubaixFacebook : Paris Fleurs Roubaix  

Bienvenue au club

Un peu de légèreté en ces temps de morosité, cela ne peut pas faire de mal ! Avec ses affiches aux punchlines audacieuses et un peu malpolies, Chouquette Club s’installe dans vos intérieurs. Derrière Chouquette Club, Fanny Buchta, ancienne styliste déco, qui a travaillé également dans la communication et le marketing digital. Elle a même été DJ, d’où la référence au Club dans la création de sa marque. « Pour l’aspect communautaire aussi, le fait d’appartenir à un club ça plait aux gens. Et Chouquette, c’est mignon, non ? » Au départ, tout a commencé avec des phrases notées à la volée dans son téléphone qu’elle a testées sur ses amis. Une sorte de défouloir et d’exutoire. Ils sont sceptiques au début mais elle leur envoie ses premiers essais et devant leurs réactions enthousiastes, elle se lance. Chouquette Club est ainsi né en juillet 2024 et répand la bonne humeur partout où elle passe. C’est bientôt Noël, pensez à garnir le sapin ! Inspirations et réactions « J’adore le street-art, les couleurs et particulièrement le fluo. » Ajoutons à cela une typographie droite et simple et cela donne des phrases qui font rapidement mouche. Les préférées de sa clientèle ? « Va te faire cuire le cul », « Danser jusqu’au bout de la vie » et « La vie est une fête ». Les fêtards apprécieront aussi « Il est où l’after ? » Ce qui plait ? « C’est comme un pied de nez qu’on peut afficher devant tout le monde, me disent les clients ». Sa clientèle est d’ailleurs très large, entre 15 et 50 ans. « Je me nourris de tout : une expo, une conversation prise au vol, un week-end à Berlin, ma ville de cœur. » « Le rose est une couleur que j’ai toujours aimée. Je l’exploite à fond à travers mes créations et ça marche ! »  « J’ai une cinquantaine de références dans mon catalogue. Je teste, j’adapte, j’ajuste. Il faut toujours se renouveler » Après les punchlines, les mantras Après les phrases courtes, Fanny a développé des mantras. Des petits textes qui font du bien au moral. Chouqette Clubwww.chouquetteclub.fr

Roubaix, des lumières

Roubaix est une Ville d’Art et d’Histoire : ses briques, ses cheminées, ses usines, sa Piscine, ses monuments hérités de ses glorieuses heures textiles. Mais l’histoire ne s’arrête pas là et l’Art n’est pas figé dans le passé. Chaque année, à la saison où les journées se font plus courtes, plusieurs monuments s’illuminent à la tombée de la nuit. Suivez-nous dans ce parcours Lumières… Sur la façade de l’École Nationale Supérieure des Arts et Industries du Textile (ENSAIT), une oeuvre en relief évoque les plantes bio-sourcées utilisées dans le textile… De la Plante au Tissu, du collectif Lumières de verre Sur la façade des Archives nationales du monde du travail (ANMT), 1000 visages incarnent celles et ceux qui ont bâti la ville aux mille cheminées… Trames, de Bruno Ribeiro L’Hôtel de ville devient l’écrin d’un poème visuel et sonore autour de l’imaginaire textile… Sur le fil et le point, de Yann Nguema Rue du Général Sarrail, M. Chat cligne de l’oeil aux passants avant de plonger dans le Grand Bassin… M. Chat à Roubaix, de Thomas Vuille, alias Monsieur Chat & le studio Holyma Salle Watremez, le réel se fragmente et l’espace physique se dissout… Blooming Mind, de Jésus Baptista L’architecture de l’église Saint- Martin est revisitée par des étudiants roubaisiens… Reflet, des étudiants des écoles ARTFX, 1 Piktura, ESAAT, Rencontres Audiovisuelles Au musée La Piscine, l’Art déco déploie son imaginaire fantastique… Aux Sources de l’Art déco, de Camille Gross et Olivier Magerman

Élévation

15 photographies, 15 Lieux, 15 histoires de Roubaix, La ville de Roubaix a connu un passé incroyable, elle est l’archétype du développement de la ville industrielle du 19ème siècle.  En moins de 100 ans, la ville s’est développée de manière fulgurante passant de 8 000 habitants en 1800 à plus de 110 000 habitants en 1890. L’exposition internationale du nord de la France de 1911 marque l’apogée de la puissance économique roubaisienne.  110 plus tard, il nous reste les souvenirs de cette grandeur au travers d’un patrimoine toujours existant, que ce soit des bâtiments industriels, des équipements culturels, sportifs ou religieux, des habitations luxueuses ou humbles, des espaces naturels, jusqu’aux chapelles du cimetière… Ce patrimoine historique incroyable est complété par des édifices de grande qualité architecturale construits tout au long du 20ème et début 21ème siècle. Le portfolio dont vous me laisser carte blanche va me permettre de raconter en image ce passé incroyable au travers de 15 photographies témoignant chacune d’une partie de l’histoire de Roubaix. Crédit photo : Laurent Dequick, Les bureaux de la Teinturerie Scrépel, 10 rue de la Tuilerie Crédit photo : Laurent Dequick Crédit photo : Laurent Dequick, Palais de justice Crédit photo : Laurent Dequick, Maison au style Art déco, 1 avenue Roger Salengro Crédit photo : Laurent Dequick, 23 Bd Du général Leclercq Crédit photo : Laurent Dequick, La Maison Verte, 28 rue du Maréchal Foch Crédit photo : Laurent Dequick Musée de la Piscine Crédit photo : Laurent Dequick, Liberty box Crédit photo : Laurent Dequick, 4 rue du maréchal Foch Crédit photo : Laurent Dequick, la corde Crédit photo : Laurent Dequick, Immeuble de rapport, 4 boulevard du Général de Gaulle Crédit photo : Laurent Dequick, Centre médical Barbieux Crédit photo : Laurent Dequick, 74 rue du grand chemin Crédit photo : Laurent Dequick, 250 rue de Lille   Lever les yeux et prendre le temps de regarder.Un mois à déambuler dans les rues de Roubaix,Beaucoup de bâtiments remarquables photographiés,qu’ils soient industriels, culturels, institutionnels, religieux, commerciaux ou d’habitation. 15 morceaux choisis d’architecture pour nous raconter 15 histoires.Vision frontale systématique des bâtiments, tel un dessin d’architecteque l’on peut contempler et détailler dans toute sa hauteur.À la limite de l’illustration, les élévations (quasi) sorties de leur contexterévèlent leurs plus beaux atouts. Par-delà la délicatesse et le soin portés à leur réalisation,ces clichés sont les témoins de l’Histoire de Roubaix.Ils nous en livrent ici chacun quelques souvenirs.

Et si on réparait ensemble ?

Votre grille-pain a trop chauffé ? Votre machine à laver n’essore plus ? Votre bouilloire s’est essoufflée ? Souvent le premier réflexe est de racheter un appareil à l’identique lorsqu’il tombe en panne, alors qu’il est peut-être réparable. Face à la surconsommation, les ateliers solidaires pour réparer les appareils défectueux et leur donner une seconde vie trouvent leur public. C’est bon pour la planète et le porte-monnaie. Les astuces des Repair Cafés L’association ASTUCE organise à Roubaix des Repair Cafés, des ateliers conviviaux à travers lesquels des passionnés de bricolage partagent leur savoir-faire auprès des Roubaisiens pour réparer leurs objets du quotidien usagés. Mais au fait, qui vient dans ces ateliers ? « Un peu tout le monde, mais surtout des personnes de la tranche d’âge 35-75 ans », explique Isabelle Bras, coordinatrice de l’association ASTUCE. « On distingue les personnes très économes qui viennent ici par nécessité, d’autres qui sont économes par éthique et veulent éviter le gaspillage, d’autres encore qui viennent pour des raisons économiques car elles souhaitent réparer des appareils qui valent cher et dont elles ne peuvent se passer », poursuit-elle. La plupart des objets repartent « réparés » pour une nouvelle vie, et souvent en moins d’une demi-heure, grâce à la ténacité de la dizaine de bénévoles. Polyvalents ou spécialisés, ils sont passionnés et ont tous à cœur d’accompagner la personne pour lui expliquer l’intervention. Des demandes insolites permettent aussi des échanges enrichissants : « Un monsieur d’un certain âge est venu pour réparer un magnétophone à cassettes datant de plus de 50 ans ! » Après six heures passées à le décortiquer, une panne en cachant une autre, l’équipe a finalement dû renoncer. Mais cela reste un bon souvenir de partage pour ce monsieur dont le magnétophone avait surtout une valeur sentimentale. Consommer autrement, éviter le gaspillage et se retrouver autour d’un café, voilà déjà trois bonnes raisons de fréquenter les Repair Cafés. Vous en trouverez sûrement d’autres en poussant la porte de l’un d’entre eux ! « Un peu tout le monde vient aux Repair Cafés ! » Isabelle Bras Astuce Roubaix Contacts ASTUCE24 place de La Liberté, Roubaix

Et si on cultivait ensemble ?

À Roubaix, la solidarité pousse dans les jardins. Familiaux ou partagés, sur d’anciennes friches ou dans des interstices urbains, ces espaces sont bien plus que des potagers : ce sont des lieux de rencontre, de transmission et de convivialité. Avec près de 340 parcelles réparties sur 9 hectares, mises à disposition des Roubaisiens gratuitement par la Ville et gérées par une dizaine d’associations, chacun peut y trouver son coin de nature. Ces parcelles reposent toutes sur le même principe : travailler la terre ensemble, partager savoirs et astuces et prendre soin du sol. La Maison du Jardin, un pilier du réseau roubaisien La Maison du Jardin existe depuis plus de vingt-cinq ans et gère, aujourd’hui, un quart des parcelles roubaisiennes, ce qui correspond à 80 parcelles sur huit sites. Christian Lamendin, son président, est arrivé il y a six ans après une longue parenthèse dans la forêt guyanaise. « J’ai toujours aimé jardiner. Quand la présidence s’est libérée, je me suis dit : à la retraite, j’ai du temps, de l’énergie et l’envie de partager. » Depuis plusieurs mois, barrières et clôtures disparaissent des jardins familiaux, semis et fleurs se partagent, les allées s’animent. « On plante des œillets d’Inde, des capucines, de la sauge… Les pollinisateurs adorent, et c’est beau ! », sourit Christian, qui se souvient avoir régalé les visiteurs de la fête de la soupe avec ses beignets de sauge. Chaque site dispose ou disposera d’un référent bénévole, pour favoriser l’entraide et guider les jardiniers. Frédérique Trompette, unique salariée de l’association, coordonne les ateliers d’éducation populaire et la gestion du compost collectif. Sarah et Lauren prolongent cette philosophie au Jardin de Rome. Arrivées à Roubaix il y a quatre ans, elles sont devenues référentes après un an de pratique et s’investissent même au sein du Conseil d’administration de l’association. Dès leur première année, elles récoltent près de 50 kg de tomates anciennes. Leur objectif : un jardin nourricier et accessible, cultivé selon les principes de la permaculture. Paillage, compost, rotations de culture… chaque geste protège le sol et favorise la biodiversité. « On imite la forêt, l’écosystème le plus riche », expliquent-elles, inspirées par la ferme du Bec-Hellouin située en Normandie. Pour elles, la permaculture dépasse la technique : c’est un mode de vie, un partage de savoirs et un lien social. Les surplus de récoltes se redistribuent, on échange graines, conseils et recettes. « C’est aussi une façon de reprendre le pouvoir sur l’alimentation et de la rendre saine et accessible à tous », ajoutent-elles. « Certains viennent ici pour rompre l’isolement, d’autres pour faire un peu d’exercice ou simplement respirer », confie Christian, qui passe en moyenne deux heures par jour au jardin. Pour trois fois rien – cotisation annuelle de 20 euros – chacun trouve ici une richesse humaine inestimable. Pour beaucoup, le jardinage est devenu une thérapie douce : travailler la terre et voir pousser ce qu’on a semé… « On vient de la terre », rappelle Christian. « On imite la forêt, l’écosystème le plus riche. » Sarah et Lauren, jardinières au Jardin de Rome @maisondujardin.composteroubaix Maison du jardin

Et si on mangeait bien ensemble ? 

À Roubaix, la solidarité s’invite aussi dans les assiettes. De nouvelles formes d’entraide émergent autour de l’alimentation, révélant un tissu local solidaire. Les épiceries sociales permettent aux habitants les plus modestes d’accéder à des produits essentiels à bas prix, tout en offrant un accompagnement bienveillant. À leurs côtés, les épiceries participatives réinventent la consommation quotidienne : on y privilégie les circuits courts, les produits locaux et de saison, et chacun contribue à la vie du lieu par une adhésion symbolique ou quelques heures de bénévolat. El’Cagette, une histoire collective et nourricière Symbole de cette dynamique, El’Cagette incarne, depuis 2016, une autre idée du commerce : celle d’un magasin participatif, ancré dans les valeurs de justice sociale et de partage. Créée à l’initiative d’Anne Macou-Lescieux et d’habitants du quartier du Pile, l’aventure a commencé… dans un couloir. Quelques voisins réunis autour d’une envie simple : reprendre la main sur ce qu’ils mangent. « On voulait être acteurs de notre santé, raconte Anne. À Roubaix, les questions d’alimentation reviennent toujours, juste après celles du logement et de l’emploi. » Peu à peu, le groupement d’achat s’est transformé en véritable épicerie citoyenne, ouverte à tous, où 650 adhérents, les « consomm’acteurs », participent à la vie du lieu, chacun selon ses moyens et ses envies. Derrière les cagettes de légumes bio et les bocaux en vrac, c’est toute une économie solidaire qui s’organise. El’Cagette fonctionne grâce à l’engagement des bénévoles et à une petite équipe de 5 salariés, avec l’objectif de garantir à la fois des prix accessibles pour les consommateurs et une rémunération juste pour les producteurs. En 2023, El’Cagette, contrainte de déménager, achète ses nouveaux locaux grâce à une impressionnante mobilisation collective via des prêts de particuliers. Elle emménage rue Descartes, dans une ancienne école. Un symbole fort pour un lieu qui est devenu au fil du temps, un espace d’apprentissage et de transmission : ateliers de cuisine avec « La Marmite », ateliers vélo, ateliers coutures… Ici, tout se tisse autour du faire-ensemble. Toujours en mouvement, El’Cagette pousse désormais la réflexion plus loin. Aux côtés d’une trentaine de partenaires (centres sociaux, CCAS, associations caritatives, producteurs…), elle participe activement à la création d’une sécurité sociale de l’alimentation. L’idée ? Expérimenter un modèle inspiré de la Sécurité sociale classique : cotiser selon ses moyens, bénéficier selon ses besoins, pour permettre à chacun d’accéder à une alimentation choisie et digne. « L’aide alimentaire reste nécessaire, mais elle ne suffit pas. La dignité, c’est de pouvoir choisir ce qu’on mange. », explique Samuel Leuchter-Genin de l’association. « La dignité, c’est de pouvoir choisir ce qu’on mange. » Samuel Leuchter-Genin @elcagette El’Cagette El’Cagette78 rue Descartes, Roubaix