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Cavrois : de la villa au bureau, les deux faces d’une même histoire

Vous connaissez la cultissime villa Cavrois à Croix ? Sans doute moins l’usine textile que l’industriel Paul Cavrois a fait prospérer à Roubaix dans les années 30, rue Montgolfier. Le lien entre les deux ? L’histoire peu banale d’une chambre d’hôtes. Une histoire de liens« C’était tellement évident ! En achetant l’aile qui cohabite avec l’usine Cavrois-Mahieu devenue le Non-Lieu, collectif artistique roubaisien, on a tout de suite pensé qu’en créant une chambre d’hôtes, on pourrait en même temps raconter un pan de l’histoire textile à Roubaix », expliquent de concert les deux Roubaisiens Pierre Carbon, architecte, et Hugo Laruelle, artiste plasticien. Faire le lien entre le lieu d’habitation de l’industriel Paul Cavrois à Croix et son usine de production à Roubaix est une excellente idée. D’autant que le choix d’une bourgeoisie industrielle qui a éloigné ses résidences des usines est une réalité à l’époque. Dans la commune de Croix où fleurissent d’imposantes demeures bourgeoises, la silhouette moderne de la villa Cavrois conçue par Robert Mallet-Stevens tranche radicalement. Une histoire de détailsAujourd’hui, depuis l’ancien bureau dans l’usine du chef d’entreprise, on peut observer la cour bercée par les activités d’artistes en résidence.La chambre est judicieusement inspirée du design de la villa Cavrois. Mais pas que… elle mêle audacieusement des vestiges du passé de l’usine, caissons de bureau habilement détournés en tête de lit, couleurs sombres, rideaux lourds, salle de bains en marbre blanc… Le voyage dans le temps est garanti, appuyé par de nombreux détails qui viennent enrichir l’histoire : échantillons de tissus, livres d’époque, table de métrage… Tout cela sans compter sur la curiosité enthousiaste des deux propriétaires, qui connaissent le sujet roubaisien sous toutes ses coutures. Le petit-déjeuner servi sur une table à roulettes d’époque est accompagné d’une feuille de chou « Bureau Cavrois Quotidien » qui relate l’histoire de « la ville aux 1 000 cheminées » vue par ces deux passionnés. Une histoire d’avenir« On souhaite faire vivre au maximum cette chambre d’hôtes. L’idée est qu’un maximum de personnes y passe une nuit et se plonge dans l’histoire de Roubaix. On rentre dans la logique de donner une seconde vie aux usines, avec des propositions alternatives qui font le lien entre passé, présent et avenir. Accueillir des personnes qui ont visité la Villa Cavrois est un objectif. Mais on espère aussi attirer les gens alentours, les équipes de tournage de cinéma, les photographes… Tout ce qui fera parler du lieu et de la ville nous réjouit. » Instagram airbnb.com/h/bureaucavrois

Mister Voul : excentrique égocentré

Aussi difficile à joindre qu’il est facile à repérer dans les rues, notamment de Roubaix, Mister Voul, dont la face iconique et flegmatique hante la ville, s’est plié (en quatre) au jeu du portrait chinois. Rendez-vous dans son nouvel atelier à la Condition Publique. Si vous étiez… Un pays Le Maroc, où j’ai vécu entre 5 et 8 ans, à Casablanca et Marrakech. Le métier de mon père nous a fait beaucoup bouger. D’une manière générale j’ai beaucoup déménagé. Roubaix est ma 27e étape. Une région Mon Berry. Je suis né à Argenton-sur-Creuse… ou la Réunio, où j’ai passé ma petite enfance. Une ville Roubaix ! La première ville où je me suis senti bien instantanément. J’y habite depuis 3 ans. Un métier Photographe de la Marine nationale… le premier que j’ai exercé, à Brest. Un prénom Gilles, le mien, que j’ai coupé en deux, comme mon nom Voulouzan. On appelait ma famille « les Voul ». Gil Voul, c’est pas mal, ça sonne. Une expression Celle de mon pochoir de Mister Voul, issue d’un shooting de grimaces : dubitatif, voire désabusé, dans l’air du temps. Un chiffre Le 22… il me suit partout ! Je suis né le 22 octobre, ma fille et sa mère aussi. On le retrouve aussi en additionnant tous les chiffres de la date de naissance de mon fils ! Une date Le 14 février 20… 22 (!), date de mon installation dans le Labo 127 à la Condition Publique, mon atelier que je partage avec Resco. Un accessoire Le chapeau, haut de forme ou melon, pour le côté burlesque. Un symbole, un motif Une ancre, que je vais me faire tatouer prochainement. Je reste très attaché à mes années dans la Marine. Un personnage historique ou imaginaire Mister Voul pardi ! Je l’ai créé pour la communication de mon collectif de photographes à Paris. Un personnage un peu « Méliès », « passe-muraille », que je déclinais en photo, vidéo, stop-motion… Un lieu, un spot La Condition Publique, un lieu plein d’énergie où l’on expose l’art où on le fabrique aussi, avec des ateliers bois, métal, un fab-lab… C’est très inspirant ! Y être marque un vrai tournant pour moi. Un support, une technique J’ai été appelé il y a 6 ans par les libraires d’Autour des Mots pour un collage sur leur rideau. Ensuite ça m’a paru naturel de peindre, à l’aide d’un pochoir, sur les murs ou des supports de récupération. Aujourd’hui je renoue avec la photo, à travers le cyanotype. Un groupe d’artistes, un collectif Le collectif RémyCo, dont j’ai été l’un des fondateurs, installé dans un atelier rue Rémi Cogghe à Roubaix. Une belle aventure. Un artiste Pierre&Gilles, pour le côté retouche sur photo. Une source d’inspiration. Un courant musical, un groupe Je suis en train de découvrir la scène musicale hip-hop roubaisienne : ZKR, Dalibido… C’est super riche ! Un projet, un rêve Raconter des histoires avec une touche d’humour. Et puis m’attaquer au mural, en grand, très grand ! C’est pour ça que je passe mon permis nacelle. Instagram Crédit photo : Sébastien Candelier

{nikonografik}, ni vu ni connu

Ça faisait longtemps qu’on avait repéré dans Roubaix ses masques aux signes géométriques ascendant Afrique collés à même la brique. Et ça nous avait tout de suite plu. Alors quand on a décidé de lui offrir la dernière de couverture de ce numéro d’Alternatif, on est allés à sa rencontre dans son atelier, à l’Alternateur. Vite fait, bien fait. Il s’appelle Boulogne et est originaire de Cambrai. Il est aussi discret que ses œuvres sont remarquables. L’homme n’est pas à une contradiction près. Et alors ? Dans son atelier roubaisien, Nicolas Boulogne, alias {nikonographik}, ou encore {n}… est bien. Même si l’artiste, qui fut un temps installé à RémyCo, se verrait bien étaler les œuvres en cours sur les murs immenses d’un plateau d’usine. Histoire de vérifier, en vrai, en géant et confortablement, la cohérence de sa nouvelle série. De l’ampleur ! Voilà ce vers quoi Nicolas tend. « Même si j’explore en ce moment plusieurs pistes, aujourd’hui j’ai envie que ça splashe, que ça coule, que ça dégouline ! » De ce point de vue, la der de couverture d’Alternatif est représentative de son travail actuel. United Strates of Posca Devant ses grands formats, les sous-titrages en VO fusent. « Je travaille les strates. J’aime l’idée de raconter une histoire par couches successives qui s’additionnent, se sédimentent, comme les cernes d’un arbre. » Côté couleurs, l’artiste adore utiliser le rose et « une palette qui en jette », adoucie parfois, pour un résultat plus subtil. L’ancien élève du lycée Baggio, graphiste de profession, maîtrise les calques de Photoshop, jouant avec aisance sur les transparences et les opacités. « Ce travail composite est un fil rouge… une espèce de logique dans mon travail. » Le pro de l’art numérique, nourri à la peinture, (« Quand j’étais enfant, mon père peignait dans le salon. A table, j’avais un pinceau à la place de la fourchette ou du couteau. ») a ressenti l’urgence d‘un retour à la matière. En 2020, il se lance un défi fou : un dessin par jour durant un an, soit 365 dessins. Sur des vieux plans A4 en calque, récupérés chez Matériaux Authentiques à Tourcoing, au Posca et en couleurs, des visages transparaissent, se suivent et dressent, jour après jour, le portrait d’une famille imaginaire insolite et sympathique. Au milieu de la série, des clins d’œil assumés et amusants, à Mister Voul, Frida Kahlo, Roy Lichtenstein, Yayoi Kusama, Picasso ou encore Dali. Une galerie de « freaks », chic et graphique. Le 25 décembre 2021, Nicolas poste sur son Instagram le dessin numéro 365. Challenge réussi ! Crédit photo : Sébastien Candelier In love with {n} En avril 2021, la rénovation de l’église Saint-Joseph, seul monument historique classé de Roubaix lui offre l’occasion de répondre à une commande exceptionnelle. Il réalise, avec la complicité d’amis artistes, une fresque de 50 mètres de long, juste en face de l’édifice niché au cœur de l’Alma. Un travail tout en motifs et en symboles, à la gloire des peintures qui ornent l’intérieur du bâtiment. Une première pour lui, qui aime aussi multiplier les collaborations, avec Resco, Mister Voul, Adré Uno, etc. « Je suis toujours curieux de faire avec les autres, heureux de sortir de ma zone de confort. » Dernière expérimentation, avec Adre, une fresque peinte au rouleau et à la perche sur un mur de l’ancien bowling de Roubaix. Nicolas donne de plus en plus de place à la peinture, privilégiant l’artistique au graphisme. On retrouve ses œuvres collées à Roubaix, Bruxelles, Montpellier, Lille, Hardelot ou… Boulogne, et même Naples ! Régulièrement, il anime des ateliers dans des écoles, en France et en Belgique, notamment avec des autistes, dont il envierait presque le talent pur et spontané. Sans être brut, son travail à lui a quelque chose de tribal, inspiré des motifs de tissus ethniques africains. En noir et blanc, on pourrait penser à « des coloriages pour ceux qui ne peuvent pas s’en payer », comme l’a joliment dit un enfant. On imagine aussi quels beaux vitraux ils feraient. instagram.com/nikonografik59 artaetas.com/users/nikonografik

Roubaix, où l’art colore la nuit

A partir du 17 septembre 2022, Roubaix déploie son Parcours lumière, une série de dispositifs lumière et vidéo qui accompagnent, le soir, les cheminements piétonniers dans le centre-ville et contribuent à sa mise en valeur. C’est le premier événement amené à s’installer dans le paysage nocturne roubaisien avec pour objectifs de redynamiser le cœur de ville, de renforcer l’attractivité touristique et de valoriser le patrimoine. Roubaix, où l’art colore la ville, met de nouvelles tonalités lumineuses dans ses palettes. Sur les trottoirs, un fil de brique bleu invite le visiteur à découvrir les éléments dominants du patrimoine. Ceux qui, pour le suivre, avaient l’habitude de marcher le nez par terre qont invités à cheminer les yeux en l’air : trois jours par semaine, le jeudi, le vendredi et le samedi, dès la nuit tombée et jusqu’à minuit trente, un parcours lumière propose de voir d’un nouvel œil le patrimoine roubaisien. Les idées fusent, la lumière jaillit Le long d’une trajectoire reliant la gare à l’hôtel de ville, le musée La Piscine et l’Ensait profitent de cette mise en lumière : un mapping monumental de Camille Gross sur le premier et, sur la façade de la seconde, une rétroprojection de diapositives de verre. Là où les idées fusent, le jour, autour des futurs ingénieurs textiles et des chercheurs, la nuit l’ambiance se fera contemplative grâce à cette œuvre immersive de Lumières de verre. Œuvre : Luminariste – Crédit photo : Anaïs Gadeau – Ville de Roubaix Chemin faisant, autre lieu, la Grand’Place, autres propositions, autant graphiques que sonores. L’histoire industrielle de Roubaix s’écrit sur la façade de l’hôtel de ville avec le monumental mapping du peintre vidéaste Xavier de Richemont, Urba Ixo, et, celle de sa voisine Saint-Martin, sur l’église, du même auteur toujours. Diapositives de verre encore, mais cette fois à l’arrière de l’hôtel de ville ; projections fixes, ludiques (la nuit, les chouettes* sont de sortie !)… les lumières vont puiser dans une palette multiforme pour redessiner la ville jusque sur ses fresques, celle de Jimmy C notamment, et colorer la nuit. Également sur les façades de la Maison verte et de l’ancienne Banque de France et dans les vitrines des commerçants.* Chouette de Bertrand Gadenne Un mapping sur le graff de Camille Claudel de Jimmy C, tous les soirs à partir d'aujourd'hui pour fêter les 20 ans du @MuseeLaPiscine 😍 #Roubaix #MaPiscinea20ans pic.twitter.com/8td5N2HUuN — Ville de Roubaix (@roubaix) October 15, 2021

RESCO le chant du signe

Elle a emprunté son nom d’artiste à sa maman d’origine italienne, parce qu’elle n’a pas envie que les noms des femmes s’effacent aux profit de ceux des hommes. Et parce que ça sonne. Océane Marescotti nous fait l’honneur de la 4e de couverture. Une page dont on est fier, comme on pourrait l’être de notre dernier tattoo. On avait hâte de rencontrer l’artiste qui impose sa trame depuis quelques mois à Roubaix (La Bobine, Le Couvent de la Visitation…) et ailleurs. Une trame automatique hyper graphique, comme une écriture qui vient de plus loin, de plus haut. Une calligraphie reconnaissable entre mille et un motif tribal (ou des hiéroglyphes extra-terrestres ?). La touche Resco quoi.Le rendez-vous est pris rue de l’hôtel de ville, dans l’immeuble que les artistes de RémyCo ont investi en octobre 2021, baptisé L’Alternateur. Une brunette à la dégaine adolescente nous ouvre. Welcome ! Direction le 2e étage, où Resco alias Océane partage un atelier lumineux avec Ouroboros alias Camille. Fille, mère, femme… artiste Née sur un bateau, Nantes, Perpignan, Aix-en-Provence et des études en communication et identité visuelle qui l’amènent à devenir directrice artistique. Des parents engagés pour le bien-être des personnes âgées dépendantes. Un prénom à se faire, une place à trouver. Aujourd’hui, à 35 ans, la maman de Noah, 14 ans et de Camille, 4 ans, s’éclate à coup d’encre noire et (un peu) de couleurs. Facile de faire son trou de souris dans cet univers masculin ? « Oui, affirme sans hésitation Océane. Nous sommes peu représentées, mais être femme n’a jamais été un problème en ce qui me concerne. J’ai la chance de travailler dans un environnement sympa avec des collègues ultra bienveillants. » Resco veille à ne pas se poser en porte-étendard de la cause féminine, même si c’est une cause qui la touche de plus en plus. « Quand j’anime des cours de spray avec des petites filles, je suis fière de leur prouver que c’est possible. » © Anaïs Gadeau Resco des villes, Resco des champs Eduquer le regard des plus jeunes, partout, dans les villes mais aussi à la campagne, c’est son combat. « J’habite un village aux portes de la communauté urbaine. Il y a comme une frontière… En ville, tous les gamins sont hyper stimulés, alors qu’à la campagne, l’œil est peu éduqué au graphisme. » L’artiste s’anime, militante. « Aujourd’hui, je travaille dans l’énergie de la ville, mais je veux créer une association pour promouvoir les arts visuels en milieu rural et lutter contre cette inégalité flagrante. Les arts urbains fascinent les enfants. Une bombe ça engage tout le corps, ça permet de parler à plein de sens. L’art ouvre les portes de l’imaginaire. » Et de nous raconter, vidéo à l’appui, le témoignage reçu de la directrice de la crèche rurale près d’un tunnel qu’elle a transformé en passage magique : « Désormais la traversée du petit pont se fait en courant et en criant. » Touchée. D’autres projets ?  » J’ai beaucoup d’idées ! Je me laisse guider par les rencontres. Fan de motifs, le textile m’intéresse évidemment. Si je suis venue à Roubaix c’est pour les arts urbains et le textile. Ce qui m’intéresse c’est d’expérimenter. » Un tee-shirt avec Lucie Massart, un rapprochement avec la Fondation pour l’art urbain Desperados, Alternatif… « C’est le genre de chemin que je veux suivre. » Page Facebook RESCO

Fresque XU Atelier RemyCo

RemyCo : les coulisses d’un graff à 14 mains !

Automne 2020 : 7 graffeurs des Ateliers RemyCo (collectif d’artistes de Roubaix) sont missionnés par l’Association Melissa (48 rue de Wasquehal à Roubaix) pour repeindre complétement son local à l’occasion du Festival Expériences Urbaines #XU2020…Rencontre avec trois d’entre eux. Trois des sept artistes du projet : Max Giaquinto, Xsprayseaz et Nikonografik La génèse du projet Au départ : une demande de l’association roubaisienne « Melissa », qui veut ajouter gaieté et diversité sur les murs de son local situé dans un quartier à l’orée de grosses transformations à venir (projet de rénovation urbaine).Sur le papier, ça ne démarre pas du bon pied : 7 artistes aux styles très différents collaborent pour la première fois en pleine pandémie mondiale sous une météo « aléatoire »… Et pourtant le miracle a lieu ! La cause : le talent des artistes bien sûr, et le fait de travailler pour une association.Vous vous demandez pourquoi l’association s’appelle « Melissa » ? Mackellerie Epicerie Locale d‘Initiative Solidaire et Soutien aux Activités. En bref, une association caritative implantée depuis 2003 très respectée dans les quartiers Mackellerie et Epeule. D’ailleurs, un des artistes de RemyCo (Nicolas Boulogne) a un lien avec ce lieu qui accueillait un ancien centre social dans lequel son père a travaillé. Les 7 « fantastiques » de RemyCo qui participent à la fresque Dans la famille RemyCo, je demande… Michaël Deroubaix (xsprayseaz) Max Giaquinto Nicolas Boulogne (Nikonografik) Monsieur Koeur Nicolas Valynseele Dib Bazz RESCO (Océane Marescotti) Qui fait quoi ? Xsprayseaz inaugure le mur et réalise le fond : un dégradé de couleurs successif (qui a parlé des 7 couleurs de l’arc-en-ciel ?). Ensuite, chaque artiste vient réaliser un personnage issu de son propre univers. Et à la fin, RESCO vient « lier » chaque personnage entre eux. Finalement, la diversité de l’œuvre représente assez bien les adhérents de l’association, les gens du quartier, et même Roubaix dans son ensemble. La suite… Le travail était suivi de près : la gérante de l’épicerie toujours aux petits soins pour nos graffeurs, et certains habitants se déplaçaient en famille pour les regarder embellir leur quartier. A tel point que certains enfants ramenaient leurs dessins pour les montrer aux artistes ! Ces mêmes enfants ont carrément fini au local des Ateliers RemyCo pour participer à des ateliers de graffs. De quoi éveiller des vocations ? Derniers instants avant déménagement ! Cette rencontre avec 3 graffeurs a eu lieu au sein d’Ateliers RemyCo inhabituellement calmes et vides ! Y aurait-il du déménagement dans l’air ? A l’heure du bouclage de ce numéro (c’est-à-dire une semaine après la date prévue !), le futur lieu d’accueil des ateliers est encore secret…Ce que l’on sait à l’heure actuelle : il s’agit d’un bâtiment du centre-ville sur trois étages, dont les deux derniers seraient exclusivement dédiés au street-art. Au rez-de-chaussée : un projet d’espace d’exposition permanente potentiellement ouvert au public.L’inauguration est prévue pour la prochaine Nuit des Arts de décembre (événement biannuel organisé dans les lieux culturels de Roubaix). Après avoir rédigé un article juste avant l’ouverture (Alternatif #4), puis celui-ci juste pendant le déménagement, pas de doute : on sera présents pour vous raconter la suite des aventures de RemyCo dans Alternatif #6 !

Maison verte

La « Maison verte »

C’est une façade connue d’un grand nombre de roubaisiens, magnifique et repérable grâce à son habillage de carrelage en terre cuite vernissé vert émeraude. Depuis avril 2017, Hugo Laruelle a installé son atelier/galerie au 28 rue Foch, à côté du square Camille Claudel. Les deux baies clairement ouvertes vers l’intérieur attisent la curiosité des passants et invitent très simplement à rentrer. Visite d’un lieu culte guidée par un artiste sous le charme. Une trouvaille comme une rencontre Il cherchait un lieu neutre et clair pour ne pas être influencé par un quelconque décor. Et puis, il passe devant cette façade verte datant de 1893 qui le subjugue. Le local est à louer. La visite ne fait qu’accentuer le coup de foudre quand l’ouverture de la double porte en bois intérieure coulissante fait pénétrer une lumière du jour magique. Hugo s’y projette très vite, au point d’y organiser en septembre 2017, une ouverture grand public pour les Journées du Patrimoine. Il y propose une exposition « Spécimen » en lien avec la maison elle-même. Un travail de peinture qui s’inspire des motifs de la façade, des oiseaux et des fleurs du papier-peint des parties communes de l’immeuble. Cette première exposition est l’occasion d’un travail de fond sur l’origine de la maison conçue par l’architecte Auguste-Georges Dubois-Desrousseaux. La façade en céramique est signée de l’industriel Emile Muller, référence au XIXème du mouvement des Arts Décoratifs. Elle est aujourd’hui inscrite à l’inventaire supplémentaire du patrimoine. Un lieu chargé d’histoire très inspirant Hugo Laruelle, artiste peintre et photographe, propose un travail axé sur le corps, l’intimité, sur la façon d’habiller la nudité. Ses corps sont souvent enveloppés de motifs, de tissus, de papier-peint, de tatouages. Il photographie des modèles non professionnels, joue avec la lumière naturelle de son atelier, choisit des supports métallisés pour ses tirages et aboutit des œuvres surprenantes de douceur et d’intimité. Un perfectionniste qui pour sa dernière exposition proposée pour la Nuit des Arts en décembre 2018, avait scénographié la Maison verte façon boudoir. Chaque détail invitait à stimuler la curiosité, à devenir voyeur d’un travail sur l’intimité du couple. Couple exploré sous toutes ses typologies, avec la recherche d’une certaine forme de vulnérabilité et d’une grande beauté. L’artiste précise : « Cette maison est une grande source d’émotion. Elle m’inspire et propose un décor en phase avec mon travail. Il y émane une atmosphère très particulière propice à la création». Un lien magique entre la Maison verte, le square Camille Claudel et le Musée La Piscine Une découverte toute récente rend Hugo particulièrement enthousiaste. Le céramiste Emile Muller, créateur de la façade verte, a développé en parallèle de son entreprise industrielle, des céramiques artistiques, notamment pour la sculptrice Camille Claudel… Dont la fresque géante jusqu’appose la Maison verte depuis fin septembre 2018. Et dont le musée La Piscine expose les terres cuites vernissées. Hugo conclut : « Les liens ne demandent qu’à se tisser. L’histoire montre une logique qui va bien au-delà de ce que l’on aurait pu imaginer. Il y a une forme de magie qui nous emmène dans une autre époque et qui scelle l’originalité de l’histoire de Roubaix ». www.hugolaruelle.fr Hugo Laruelle artiste peintre Hugo Laruelle

Urbi & Arty

La rénovation urbaine comme moteur de la création. C’est le point de départ du travail que mène le collectif d’artistes Groupe A sur le site de l’Union, à cheval sur Tourcoing, Roubaix et Wattrelos. Depuis plusieurs années, à l’Union, les artistes se succèdent en résidence. Cette résidence, mise en place par l’aménageur urbain, SEM ville renouvelée, et le collectif d’artistes Groupe A est un temps d’immersion donné à un artiste sur un territoire pour faire naître de la création artistique. « A l’Union, on se retrouve face à un terrain de jeu immense, explique Pascal Marquilly, artiste, membre de Groupe A . Nos créations viennent accompagner l’aménagement en cours mais aussi le questionner. » Ainsi, l’espace en transition vient se confronter au regard d’un artiste et donne naissance à des œuvres d’art. Par exemple, l’artiste Detlef Runge a une peinture monumentale, 45 morceaux de ciel, posée sur la Ruche d’entreprises de l’Union, Matthieu Hausser a enterré une œuvre dans le sol, etc.. Fin 2018, deux nouveaux artistes, Grégory Grincourt et François Lewyllie, sont venus interroger le territoire chacun à leur manière, avec leur propre sensibilité et leur univers singulier. L’art pour conjuguer le passé au futur Le terrain de jeu de Grégory Grincourt : un territoire à cheval sur Roubaix et Wattrelos, celui de La Lainière. L’artiste a commencé par arpenter les rues de ce grand territoire en friche (pas moins de 33 hectares). Sur les bâtiments délabrés, ils croisent de nombreux graffitis, témoins d’un espace laissé à l’abandon. Il choisit alors de les ré- exploiter. Il les photographie, les décompose sur ordinateur puis en tire des motifs textiles, supports à la création de tapis.  « Je voulais que de ces ruines et de leurs graffitis naissent quelque chose de positif », souligne l’artiste. Grégory Grincourt ne s’arrête pas là et s’inspire de l’histoire brassicole du territoire pour créer un dispositif artistique, sorte de mini-brasserie, où les recettes des bières sont inspirées par les différentes nationalités qui travaillaient à la Lainière. « Avec ces deux projets, pourtant bien différents, je  créer une passerelle entre ancienne et nouvelle génération », conclut-il La méthode du discours Habitué aux performances artistiques décalées, François Lewyllie ne deçoit pas en confrontant son regard  au projet du Quadrilatère des piscines à Tourcoing. « J’ai eu envie « d’inaugurer » toutes ces choses qui vont disparaître et qui vont donner naissance à autre chose, des tas de gravats, de sable, des tuyaux d’écoulement des eaux… » Le but de l’artiste : faire réfléchir sur ce qu’est un discours. « Ce n’est pas seulement une approche moqueuse. Ca permet aussi d’interroger ce qu’est un discours, de regarder la forme, le langage visuel, décrypter les codes… » Avant ses inaugurations fictives, il se documente alors, lit des discours et en regarde nombre d’autres. Il y remarque une similitude déroutante dans les gestes et les postures, « comme si c’était inné », souligne-t-il,  et les croque au crayon.  Au moment de la performance artistique de ces « inaugurations », il reproduit ces mêmes codes gestuels avec un comparse, les prend en photo, puis retranscrit le discours prononcé. C’est aussi, pour lui, une manière de laisser une trace tangible de toutes ces choses amenées à se transformer et à rejoindre l’invisible. www.groupeacoop.org

Artiste street-art Roobey

Roobey, l’homme derrière les stickers

Une poubelle, un panneau, une barrière de chantier… Quand les premiers stickers estampillés Roobey ont inondé Roubaix, notre journaliste a cru que Shepard Fairey avait débarqué dans la ville aux 1000 cheminées ! C’est début 2018 que le jeu de piste Roobey a démarré. Plusieurs fois, on a essayé de le contacter, on a même demandé des infos à ses amis street-artistes (oui, on commence à avoir un sacré carnet d’adresses de graffeurs chez Alternatif !). Finalement, c’est par hasard que nous notre journaliste est tombé sur lui au détour d’une… Balade en poussette dans les rues de Roubaix ! Le rendez-vous est pris : ça tombe bien, celui qu’on nomme Roobey vient de s’installer aux Ateliers Jouret (déjà abordés dans un précédent Alternatif) avec des collègues artistes : « Roubaix a ce côté underground qui colle bien aux milieux urbains (hip-hop, skate, graff…). Depuis 25 ans, il y a une sacrée histoire du street-art dans la ville. Les stickers, c’est une manière de dire « il est passé par ici ». » Sur son compte Instagram, il cherche à mettre en avant des lieux insolites, d’abord à Roubaix, puis en Belgique, aux Pays-Bas, en Bulgarie, en Grèce… En 2018, il a imprimé un millier de stickers, 400 ont déjà été collés (parfois redécollés entre temps) ! Roubaix a ce côté underground qui colle bien aux milieux urbains (hip-hop, skate, graff…).  Le titre d’une démarche artistique Roobey, ce n’est pas uniquement des stickers collés un peu partout, nous sommes face à un vieux briscard actif depuis 15 ans. C’est lui qui coordonne Des Friches et des Lettres, collectif de graffeurs de Roubaix et Toulouse. D’ailleurs Roobey n’est même pas son nom, mais le titre de cette démarche. Maintenant que Roobey s’est posé aux Ateliers Jouret, il a d’autres projets : création de T-shirts (les premiers se sont vendus comme des petits pains) et d’affiches avec des personnalités de Roubaix avec son collègue Benjamin Kluk. Des Friches Et Des Lettres : kezako ? On doit à DFDL quelques-unes des plus belles fresques de Roubaix, réalisées chaque année pour le Festival Expériences Urbaines, #XU. Dans la ville, impossible de passer à côté de ces tableaux majestueux, réalisés à plusieurs (jusqu’à 13 artistes !), sur plusieurs jours et sous les yeux des riverains : « Ça fait de la couleur, de la vie dans le quartier, merci ! »