Auteur/autrice : Sylvain Genel

 Garder un regard d’enfant 

Elle était destinée à ça depuis toujours, elle le savait, c’est ça qu’elle voulait faire. Alors, après un parcours en arts appliqués – et un passage à Saint-Luc de Tournai – puis une formation en motion design aux Gobelins, elle s’est lancée ! Elle dit aimer explorer, mais pas forcément loin, même si c’est en Australie qu’elle a « trouvé » son mari… Pleine de contradictions ? Un équilibre plutôt. Son credo : laisser la chance à la surprise. C’est important à ses yeux. Vous allez comprendre à travers ce portrait. Si vous étiez… Une oeuvre littéraire ou un poème ? L’ALBATROS DE BAUDELAIRE C’est une métaphore, l’Albatros qui est doué avec ses ailes mais pas avec ses pattes. En gros, ça ne sert à rien de rentrer dans un moule qui ne nous convient pas. Une citation ? « LA PLUS GRANDE STABILITÉ C’EST L’INSTABILITÉ » Dixit Jean Tinguely, l’un des deux artistes [NDLR : avec sa conjointe Niki de Saint Phalle] de la Fontaine Stravinsky à Paris. Sur ces machines infernales, le mouvement perpétuel empêche la chute. Il faut toujours rester en mouvement. Une force naturelle ? LA TORNADE J’ai tendance à faire dix choses en même temps. Mon mari va être vachement d’accord, il m’appelle V10 ! Non, je ne suis pas une brise d’été tranquille (rires). Un lieu ? LA PLAGE DE SIOUVILLE Dans la Manche, au cap de la Hague, à côté des îles anglo-normandes. Il y a plein de lieux que j’aime, en règle générale des lieux face à la mer. Mais celui-là je l’aime tout particulièrement : beau avec ses roches noires, calme comme agité. Il a un côté apaisant pour moi. Un songe ? LE RENARD J’en rêvais souvent, gamine, du renard qui vient manger les poules… C’est presque devenu une créature mythique pour moi ! Le Renard, c’est une façon de parler de quelqu’un en Normandie. Ca me ramène à ma grand-mère et à mon imaginaire d’enfant qui était peuplé d’animaux. Un animal ? UNE HERMINE C’est tout mignon, tout rigolo, mais carnivore ! Ça représente une certaine dualité – comme ma peinture – et l’équilibre : c’est ça la nature, beau et sauvage à la fois ! Un végétal ? UN MARRONNIER C’était l’arbre préféré de ma grand-mère, Manette. Elle disait que ses fleurs ont la forme de bougies, c’est joli, plein d’imagination… Un courant artistique ? L’IMPRESSIONNISME J’ai grandi pas loin de son berceau, de Giverny, du jardin de Claude Monet. Avec ses fleurs partout, ses nénuphars, ses ponts japonais… et beaucoup de peintres locaux de mon enfance. Eugène Boudin aussi ! C’est une vraie influence sur l’utilisation de la couleur pour moi : c’est dessiner la lumière ! Une couleur ? LE BLEU, NON, TURQUOISE ! Entre le bleu et le vert, un entre-deux qui évoque le rêve, la douceur, mais aussi le mystère. Une forme ? LES « BARBAPAPA » Parce qu’ils peuvent être tout ! Et, encore une fois, je n’ai pas envie de choisir… Une oeuvre ? UN FILM : ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND Le bleu des cheveux de Kate Winslet peut-être… Sinon, c’est terrible de se dire qu’on doit oublier pour ne pas ou plus souffrir ! Moi, j’ai peur d’oublier… Ne plus souffrir, c’est accepter, tout simplement. Un message ? LE PROCESSUS EST PLUS IMPORTANT QUE LE RÉSULTAT C’est plus un principe, toujours en lien avec l’acceptation. Parce que c’est là qu’on apprend, qu’on remplit son sac à dos. Une personne ou un personnage célèbre ? POPEYE Ça me faisait marrer, petite. Et ça se rapproche de la tornade (sourire). Il a un côté un peu dur et ronchon, et ça me va plutôt bien (clin d’oeil). Un moment dans la journée ? LE MATIN ! Je suis à fond pour le matin ! Le matin, on peut tout commencer, tout peut arriver, tout est possible ! D’ailleurs, j’aime vivre au rythme des saisons qui amènent chaque fois du changement, au rythme du jour… Et forcément, j’aime moins les fins de journée (petite moue enfantine). Marie Gosselinmariegosselin.com

La Redoute au musée La Piscine

À partir du 7 mars 2026, une exposition de 700 m2 sera consacrée à l’entreprise nordiste, fleuron de l’industrie textile depuis maintenant près de 189 ans. L’occasion de comprendre à quel point La Redoute a toujours maintenu un temps d’avance sur les envies et besoins des familles. Plus qu’une histoire de mode et de design, c’est un rendez-vous avec des émotions liées à des souvenirs de vie. L’histoire de La Redoute donne raison à sa créativité Comment raconter l’histoire de La Redoute d’un point de vue muséal ? Les trois commissaires de l’exposition, Karine Lacquemant, conservatrice en charge de la programmation et des collections d’arts appliqués au musée La Piscine, Sandrine Tinturier, responsable des archives de la Fondation Azzedine Alaïa et Sylvette Lepers, directrice Partenariats Créateurs & Image La Redoute ont largement exploré cette question. L’idée d’un laboratoire technologique, esthétique et sociétal a tissé le lien fondateur de l’exposition. « La Redoute, un temps d’avance » promet une expérience où l’innovation créative, les produits surprenants et l’émotion seront au rendez-vous. Démonstration par les faits Le célèbre catalogue La Redoute de 1 000 pages envoyé dans de nombreux foyers français jusqu’en 2015, déclenche aujourd’hui encore une avalanche de souvenirs. Et pour cause ! Pouvoir se projeter dans la mode à distance et se faire livrer à domicile a démocratisé le style à des prix accessibles pour tous. Dans les années 60/70, les célébrités yéyé comme Sylvie Vartan, Mireille Mathieu, Sheila, France Gall préfigurent nos « influenceuses » actuelles. Là encore, La Redoute innove et pressent que l’incarnation de ses collections, par ces babydoll, renforcera sa légitimité d’actrice incontournable de la mode. En 1969, la première collaboration avec la jeune créatrice Emmanuelle Khanh fait naître une collection capsule de prêt-à-porter et initie le concept des « collaborations créateurs ». La Redoute invente un concept inédit qu’elle développera en s’appuyant sur des grands noms de la couture française comme Yves Saint Laurent, Sonia Rykiel, Paco Rabanne, Karl Lagerfeld et sur le talent de jeunes designers émergents aux noms d’Isabel Marant, Vanessa Bruno, Joseph, Jacquemus, Philippe Starck, Jean-Michel Villemotte, Terence Conran, Tom Dixon… Illustration en images La mode et le design sont des sujets que les images, photos, vidéos, publicités rendent très vivants. Jane Birkin et Lou Doillon, Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Chiara Mastroianni, Vanessa Paradis, Laetitia  Casta, Kristin Scott Thomas… ont été sublimées par le regard talentueux de photographes de renom comme Kate Barry, Dominique Issermann, Marcel Hartmann, Gilles-Marie Zimmermann. Les publicités télé tournées avec les mannequins en vogue des années 90, Linda Evangelista et Inès de La Fressange, s’inscriront dans ce même courant audacieux et innovant. 189 ans d’une histoire à la française De la filature de laine au catalogue mythique, La Redoute est aujourd’hui un leader du e-commerce en Mode et Décoration Maison. Depuis 1837, l’entreprise roubaisienne, fondée par la famille Pollet, a su se réinventer pour accompagner les femmes et leurs proches dans leur quotidien, leurs moments de vie et leurs changements de mode de vie. Dénicheur de talents À partir du 7 mars 2026, une exposition de 700 m2 sera consacrée à l’entreprise nordiste, fleuron de l’industrie textile depuis maintenant près de 189 ans. L’occasion de comprendre à quel point La Redoute a toujours maintenu un temps d’avance sur les envies et besoins des familles. Plus qu’une histoire de mode et de design, c’est un rendez-vous avec des émotions liées à des souvenirs de vie. Dénicheur de talents Sylvette Lepers, directrice Partenariats Créateurs & Image à La Redoute, exerce cette mission depuis 2010. Elle en a réorienté la trame en se penchant sur la mise en lumière de tout jeune créateur sortant d’école ou de formation. En lien avec la Fédération française du prêt-à-porter et de la haute couture, en participant aux comités de sélection de jeunes talents organisés par le ministère de la Culture, en assistant aux défilés, aux jury des écoles, elle provoque les rencontres. « Je suis autant sensible à l’univers du créateur qu’à sa personnalité, du moment qu’il explore un territoire pas encore proposé à La Redoute. » Un même modus operandi Le trio qui œuvre est toujours composé du créateur, de Marie-Pierre, la modéliste historique La Redoute et de Sylvette Lepers. La collaboration est engagée dans le respect et la transparence. La directrice artistique expose au designer ce qu’elle trouve intéressant dans son univers et qu’elle souhaiterait voir développer dans la mini-collection, tout en précisant que les créations doivent respecter la gamme de prix annoncée. La collaboration est très suivie et accompagnée des conseils experts de Marie-Pierre. Elle s’étend jusqu’au choix des matières, boutons, fermeture éclair – et se conclut avec le shooting du vestiaire. Comme le souligne Sylvette, « une image se construit très lentement mais peut se déconstruire très vite. » Vigie des archives Au service de La Redoute depuis 1980, Sylvette Lepers y a développé une carrière évolutive qui frôle aujourd’hui les 46 années. Autant dire que son implication dans cette exposition rétrospective est à la hauteur de sa connaissance de l’entreprise. Elle l’a impulsée et s’y investit en mettant sa mémoire au service de l’histoire. Le prolongement d’un travail amorcé Quand elle dirigeait le service presse avant 2015, Sylvette a commencé à ouvrir les armoires riches de tous les catalogues La Redoute, dont le premier qui date de 1928. À la même époque elle retrouve des courriers de clientes, des témoignages de femmes qui ont partagé une histoire avec La Redoute. En parallèle, elle plonge dans les vestiaires d’archives afin de retracer les 56 ans de création avec des grandes maisons, des jeunes pousses, des marques émergeantes… « Cette expérience m’a permis de renouer avec des collections étonnantes, des objets singuliers ». Un travail titanesque qui lui a fait prendre conscience de l’importance du rôle sociétal de l’entreprise, de son attachement à demeurer auprès des familles et à investir leur foyer. > La Redoute, un temps d’avanceDu 7 mars au 5 juillet 2026 Musée La Piscine, 23 rue de l’Espérance, Roubaix

Vebo Vélo

Et si le vélo de demain dormait déjà dans votre cave ? À Roubaix, une petite révolution se prépare avec Vebo, un boîtier ingénieux qui transforme n’importe quel vélo classique en vélo à assistance électrique. Loin du gadget high-tech, Vebo s’inscrit dans une logique low-tech, locale et responsable, fidèle à l’esprit roubaisien. L’aventure commence dans un garage de la ville, où Vincent Habart, ingénieur passionné, imagine un kit d’électrification simple, léger et abordable. « Notre idée, explique-t-il, c’est de faire beaucoup avec peu, de redonner vie à des vélos existants plutôt que d’en produire de nouveaux. » Avec ses trois associés – Rémi Vives, Grégory Delemazure et Hicham Lahmamsi – il conçoit un boîtier amovible de 3 kg, qui se clipse en une seconde sur la fourche avant. Sans câble ni réglage, il offre une assistance automatique jusqu’à 25 km/h et une autonomie de 40 km. Mais l’ingéniosité de Vebo va bien au-delà de la technique. L’entreprise roubaisienne est une entreprise à mission, engagée pour accélérer la transition de la voiture vers le vélo. Les matériaux proviennent en grande partie du réemploi industriel, et la batterie peut être reconditionnée. Un choix cohérent dans une ville où l’économie circulaire n’est pas qu’un slogan : « Roubaix, c’est la ville des débrouillards, de ceux qui savent faire beaucoup avec peu », résume Vincent Habart. Cette ruse, typiquement roubaisienne, se retrouve dans chaque détail du produit : 16 pièces seulement, une grande réparabilité et se démonte avec une simple clé Ikea. Proposé à 580 € TTC, le kit est éligible aux aides publiques, rendant la mobilité électrique accessible au plus grand nombre. Lauréate du Startups & Innovation Day 2024, l’équipe continue de tisser des partenariats avec des collectivités et acteurs locaux. Car Vebo, c’est plus qu’un produit : c’est une philosophie. Celle d’un vélo réinventé, plus solidaire, plus malin, et surtout plus durable. Et si, finalement, la révolution de la mobilité douce venait de Roubaix ? @veboeco Vebo.eco.com

Des formes de caractère

Si vous avez déjà flâné dans une boutique Sessùn, vous avez peut-être croisé l’une des créations de Guylène Galantine. L’artiste roubaisienne façonne la matière avec une poésie brute qui a séduit la marque de vêtements marseillaise. En 2019, Sessùn a ouvert Sessùn Alma, rue Sainte à Marseille :  un lieu hybride, à la fois boutique, galerie et lieu de vie, imaginé comme une ode à l’artisanat, au savoir-faire et au sens du beau. Guylène Galantine fait partie de la dizaine d’artistes-artisans invités à participer à cette aventure singulière. Ses pièces sont exposées et mises en vente dans le concept-store marseillais. D’autres sont intégrées à la décoration des boutiques Sessùn de Lyon à Barcelone, en passant par Londres et Paris. Chaque année, la collaboration se réinvente : nouvelles pièces, nouvelles inspirations, nouvelles émotions. Ce que l’artiste apprécie avant tout, c’est cette liberté totale qui lui est laissée. « Il y a un vrai respect du geste, du temps et de la sensibilité », confie-t-elle. Cette proximité nourrit aussi son inspiration. Guylène Galantine se souvient d’une cliente espagnole tombée sous le charme de ses œuvres : « Elle m’a invitée dans son appartement barcelonais pour imaginer d’autres pièces pour son intérieur. C’est magique de voir son travail prendre vie ailleurs, dans le quotidien des gens. » Avec Sessùn, Guylène Galantine prolonge un dialogue sincère entre la terre et la lumière, tissant un lien délicat entre l’intime et le monde. Rencontre avec Guylène Galantine Par un matin d’automne, Guylène Galantine nous accueille dans son atelier roubaisien, niché à l’arrière de sa maison. Ouvert sur un jardin baigné d’une lumière douce, l’endroit respire la sérénité. C’est ici que l’artiste a trouvé un terrain fertile pour sa créativité. Conversation avec une créatrice qui célèbre la beauté de l’imperfection et l’instinct du geste La céramique, une évidence depuis toujours ? À l’origine, je viens du monde de la mode. J’ai étudié à la Central Saint Martins de Londres, puis travaillé à Paris chez Chloé et A.P.C., avant de me tourner vers le design d’espace et la décoration chez La Redoute. Peu à peu, j’ai ressenti le besoin de retrouver le geste, la matière, une création plus instinctive. C’est aux Ateliers Jouret, à Roubaix, que je me suis initiée à la céramique auprès de Sandrine Hurtrer qui m’a transmis une approche libre et sensible de la terre. J’ai appris à écouter la matière et à trouver ma propre écriture. Londres, Paris… et maintenant Roubaix. Pourquoi ce choix ? C’est presque une histoire d’amour. J’ai rencontré mon compagnon à Paris – il est illustrateur et originaire du Nord. Après plusieurs années dans la capitale, je cherchais une ville avec une âme. Le jour où je suis venue à Roubaix, j’ai eu un coup de cœur. Mon conjoint y a retrouvé quelque chose de Brooklyn, avec la brique et cette lumière unique. Moi, j’aime le côté cosmopolite, ses atmosphères qui changent d’une rue à l’autre. Très vite, je me suis investie dans la vie du quartier. Le contact avec les gens, l’entraide et la solidarité sont incroyables. Vos Variations sur pattes sont devenues emblématiques de votre travail. Que racontent-elles ? Cette collection est née à l’occasion de l’exposition Small is Beautiful, organisée au Non-Lieu, une ancienne usine textile transformée en espace de création contemporaine à Roubaix. Mes Variations sur pattes sont des formes anthropomorphiques, presque vivantes. Comme leur nom l’indique, ce sont des sculptures qui se tiennent debout, sur des pattes. Cette série d’objets peuvent exister seuls mais aussi dialoguer entre eux, un peu comme dans une famille. Je travaille la terre brute, sans émail, laissant la cuisson révéler d’elle-même nuances et textures. J’utilise le modelage au colombin et la plaque, et j’aime le grès chamotté, pour sa rugosité et ses irrégularités qui donnent à chaque pièce son caractère singulier. C’est une manière de célébrer la beauté du hasard et d’accepter ce qui advient, sans chercher à tout maîtriser. Je suis fascinée par Isamu Noguchi, sculpteur et designer américano-japonais. Sa façon de faire dialoguer les formes résonne avec ma propre approche : créer des ponts entre des univers différents. Quel est votre rapport à la céramique ? La céramique m’a avant tout appris la patience. Moi qui suis d’un tempérament rapide, j’ai dû ralentir, accepter le temps long. Cet apprentissage dépasse l’atelier : il se reflète dans ma vie quotidienne et mes rapports aux autres. Aujourd’hui, j’anime des cours de céramique. Beaucoup viennent après avoir traversé des moments difficiles. C’est une forme de thérapie, de lâcher-prise. Le contact avec la terre a quelque chose de primitif et d’apaisant. Si je devais décrire mon atelier, je dirais que c’est un cocon, un lieu de partage et d’authenticité, où la créativité se mêle à la bienveillance. Guylène Galantinewww.guylenegalantine.com

Quand l’école a le goût du réel

Au lycée professionnel Lavoisier, à deux pas du centre de Roubaix, les élèves apprennent les métiers de la restauration comme on entre en brigade. En cuisine et en salle, la rigueur se mêle à la passion. Et chaque service devient une leçon grandeur nature. 9h30 – La cuisine pédagogique s’éveille C’est dans une ambiance studieuse mais joyeuse que la journée commence. Ici pas de craie, ni de tableau noir. Seulement le crépitement des plaques, les couteaux qui glissent sur les planches et les consignes des chefs Vins et Losfeld. Aujourd’hui, au menu du restaurant d’application L’Alchimiste, c’est croquettes de crevettes, waterzoï de poissons et tarte au sucre. Trois classiques du Nord à concocter avec précision et enthousiasme. Tabliers noués, les jeunes s’affairent autour des plans de travail. Ensemble, ils émincent, goûtent, rectifient. Les casseroles frémissent, les odeurs se mêlent – fumet de poisson, zeste de citron, caramel blond. Les professeurs, véritables chefs d’orchestre, sont partout. Un regard posé sur une découpe, une main qui rectifie la posture d’un élève, une voix qui guide. Ils observent, conseillent, encouragent. Dans cette chorégraphie bien réglée, chacun trouve sa place et les gestes se répètent et s’ajustent. 12h00 – Le coup de feu Sous le regard bienveillant des professeurs, les élèves du service accueillent les convives avec le sourire. Professionnels, ils les accompagnent jusqu’aux tables de L’Alchimiste, dressées avec finesse et élégance. En cuisine, la tension monte doucement, les portes battantes s’animent. Les consignes fusent, les voix se répondent et la cadence s’accélère. Les assiettes se parent d’une touche finale et sont envoyées en salle. Le service est fluide et plein de petites attentions, les échanges avec les jeunes serveurs sont naturellement chaleureux. Les plats arrivent, impeccables et font le bonheur des papilles des personnes venues déjeuner ce jour-là. 13h30 – Fin du service Le restaurant se vide, le calme revient. On nettoie, on range, on échange sur le travail accompli et les améliorations à apporter. On rit aussi. Dans les regards, la même fierté : celle d’avoir assuré ensemble un service digne d’une grande table. À Lavoisier, derrière chaque plat servi à L’Alchimiste, il y a une histoire de partage. Une aventure humaine où chacun apprend autant à cuisiner et à servir qu’à grandir, se faire confiance et trouver sa place au sein du collectif. Pour savourer les réussites ensemble. Restaurant L’Alchimistewww.restaurantlyceelavoisier.fr31 rue Lavoisier, Roubaix

Edie Grim et Maison Florin : le fil d’hier tissé au futur

À Roubaix, certaines histoires se trament avec élégance et persévérance. Celle de Maison Florin et d’Edie Grim en fait partie. Entre tradition textile et création contemporaine, cette saga familiale illustre à merveille l’art roubaisien de relier le passé au présent. Tout commence au début du XXᵉ siècle avec Peucelle et Florin, entreprise emblématique du Roubaix industriel. Spécialisée dans les draps de laine, la maison prospère dans ses superbes bâtiments de la rue de l’Espérance, où les métiers à tisser résonnent jusqu’aux années 1950. Aujourd’hui, si la production s’effectue en Italie, c’est toujours à Roubaix que bat le cœur de Maison Florin. Les descendants de la famille y supervisent la création et la fabrication de tissus de laine haut de gamme à destination des marques et des créateurs, perpétuant un savoir-faire centenaire avec passion. Quand la mode éthique s’invite dans la tradition Avec l’arrivée d’Héloïse Grimonprez, 5ᵉ génération au sein de l’entreprise familiale, la maison se réinvente. En rejoignant son père, elle apporte un souffle d’audace et fonde Edie Grim, une marque de mode éthique née d’une idée simple : redonner vie aux somptueux tissus des entrepôts familiaux. « J’ai grandi entre les rouleaux de tissus », confie-t-elle. « Un jour, j’ai réalisé que les stocks dormants méritaient une seconde vie. » De cette intuition naît un concept aussi génial qu’innovant : le bar à manteaux. Chacun peut ainsi créer son manteau, en choisissant coupe, tissu et doublure. Mais Héloïse ne s’arrête pas là. Elle développe la marque Edie Grim autour d’un vestiaire complet – blouses, vestes, pantalons… – et met en place des collaborations avec des créateurs locaux comme Maison Essentielle et Julie Meuriss. En découle une mode éthique, responsable et durable, enracinée à Roubaix ! Un lieu ouvert et vivant Parce que la vente de tissus fait partie de son ADN, la maison ouvre régulièrement ses portes. Une fois par mois, l’entrepôt de la rue de l’Espérance accueille des ventes exceptionnelles aux particuliers. Les dates sont annoncées sur les réseaux d’Edie Grim, et les passionnés de couture s’y pressent pour dénicher des pépites. @maisonflorin@ediegrim ediegrim.commaisonflorin.fr15 rue de l’Espérance, Roubaix

Une école pour être bien dans ses baskets

Stéphanie Calvino est directrice de l’École de la Réparation, une école qui ne ressemble à aucune autre. Dans cette école, on apprend à réparer des baskets, mais pas seulement. Le plateau de 500 m², dont les briques sont peintes en blanc et haut de plafond, est très lumineux. Comme Stéphanie Calvino, qui parle vite, toujours un œil sur ses élèves, ce matin-là en atelier de réparation et de rénovation de baskets. « Cela fait dix ans que je fais de l’accompagnement social avec Anti Fashion Project et Résilience ensuite, et ici avec l’École de la Réparation, on part du même principe. », explique-t-elle. L’idée est venue d’un travail en étroite collaboration avec la marque de baskets Veja, dont le co-fondateur Sébastien Kopp avait assisté aux premières rencontres d’Anti Fashion à Marseille en 2015. Son constat : « Les meilleurs Instagrameurs sont au coin de la rue et ne sortent pas des écoles. » En 2020, Veja ouvre sa première cordonnerie dans la boutique de Bordeaux à Darwin. Depuis, la marque a ouvert dix autres cordonneries dans le monde.  « À chaque boutique sa cordonnerie, parce que la meilleure paire de baskets, c’est celle qu’on a déjà aux pieds ! » L’École de la Réparation forme à réparer des chaussures, des baskets et des vêtements. Sur 24 milliards de paires de chaussures vendues dans le monde, 70% sont des baskets. « Leur vente s’est répandue depuis les 20 dernières années, et aujourd’hui, tout le monde en porte ! Leur réparation ne demande pas le même travail qu’une paire de chaussures classique. », explique Stéphanie. Selon elle, le contenu pédagogique des formations de type CAP cordonnerie n’est plus adapté car elles forment essentiellement à la réparation de chaussures classiques. Ce constat l’a convaincue de créer un nouveau format d’école, pour former des cordonniers spécialisés dans la réparation de baskets. Au sein de l’école, deux jours par semaine sont consacrés à l’apprentissage de la réparation et à la rénovation de baskets. C’est Jérôme Paduano, ancien formateur en cordonnerie-botterie et podo- orthèse chez Les Compagnons du Devoir et du Tour de France durant cinq ans, qui leur transmet son savoir et les techniques particulières du métier. D’autres ateliers sont animés par des intervenants extérieurs et des collaborateurs de marques partenaires et mécènes du projet, comme Veja, Topy, Decathlon, LVMH, Paraboot, Homecore, … Le modèle de l’école, exclusivement financée par du mécénat, est unique.  Ici, avant un cours de dessin, les élèves pratiquent le yoga, il n’y a pas de cours de mathématiques classiques mais « on fait quand même des maths pour calculer les mesures d’un patron ou d’un gabarit. » Dans le programme, un module « culture professionnelle » propose notamment des ateliers d’éloquence. C’est important pour les élèves d’apprendre à bien s’exprimer et à poser leur voix pour se présenter ou convaincre un jury. « Je voudrais aussi leur proposer des ateliers autour de la nourriture et de l’alimentation, car ça participe aussi à leur bien-être. » Stéphanie ne manque pas d’idées et encore moins de solutions pour les mettre en œuvre. Il est possible qu’elle réserve d’autres surprises à ses élèves d’ici la fin de leur parcours… L’école qui répare et qui responsabilise La première promotion de l’école compte dix filles et dix garçons, sélectionnés parmi 80 profils. Les élèves signent un contrat à durée déterminée de 11 mois de septembre à juillet, et perçoivent le SMIC. Ils bénéficient de tickets resto et d’une mutuelle. « Cela leur permet de se concentrer sur la formation sans se poser la question de comment payer son loyer ou remplir son frigo et ça les stabilise », explique Stéphanie. Sur le grand plateau clair qu’ils occupent à Tissel, un espace est dédié au partage des repas avec un coin cuisine. L’entretien de cet espace est planifié : chaque jour, deux élèves se relaient pour le nettoyer. « On a vu les élèves changer depuis le début de la formation. Sur la manière de se présenter par exemple, ils s’ouvrent plus et gagnent en confiance en eux. » L’École de la Réparation21 rue du Nouveau Monde, Roubaixwww.lecoledelareparation.fr

Sésame, ouvre-toi

Gourmandes, raffinées et délicieusement originales : les douceurs de Goma Café font mouche, à Roubaix, depuis son ouverture début juin 2025. Un spot cosy où l’on vient autant pour se poser que pour s’étonner. Derrière le comptoir, il y a Soumeya et Pierre. Elle, Roubaisienne, ancienne animatrice reconvertie en pâtissière autodidacte et diplômée d’un CAP, passionnée de textures et d’associations qui claquent. Lui, Villeneuvois, pro du service et pilier du lieu, toujours là pour conseiller la bonne boisson avec le bon gâteau. En couple à la vie comme au travail, ils ont imaginé ce café comme une extension de leur duo : éthique, soigné et résolument ouvert. Leur signature ? Le GOMA – « sésame » en japonais. Déclinée en noir, blond ou doré, cette pâte de sésame maison se retrouve dans une variété de créations : des entremets élégants, des cookies vegan ultra-moelleux, ou un latte onctueux au lait d’avoine. Elle peut être twistée selon la saison avec un cœur framboise ou yuzu. C’est doux, réconfortant, surprenant. Et les clients osent. Mieux : ils valident et reviennent. Et si le sésame n’est pas ton dada, il y a plein d’autres douceurs à croquer : madeleine cœur fraise, moelleux mûre-citron, flankie… Côté café, on ne plaisante pas : ici, on parle café de spécialité. Sélection rigoureuse, torréfaction soignée, extraction précise. Exit l’amertume brûlée, place à des arômes subtils, nuancés – parfois floraux, parfois chocolatés. Le Goma s’approvisionne auprès de torréfacteurs locaux, gage de qualité et de proximité. Mais Goma Café, ce n’est pas que du sucré. Le midi, on peut déguster un snack salé fait maison, avec toujours une option vegan, parfois sans gluten, et des produits bien sourcés (pain de boulangerie artisanale, charcuterie halal haut de gamme…). Le tout servi dans un ambiance japandi : bois clair, lignes épurées, ambiance zen – une invitation à prendre son temps. Soumeya et Pierre veulent offrir à leurs clients une double expérience : celle d’un vrai coffee shop où l’on savoure d’excellents cafés, et celle d’un salon de thé où l’on déguste des douceurs raffinées. Goma Café, c’est un lieu qui ne cherche pas à en faire trop, mais qui fait tout bien. Avec soin, sincérité, et exigence. Un café qui a du caractère, un duo qui a du cœur, et une petite graine devenue leur signature. À goûter d’urgence. À adopter sans hésiter. Goma café60 avenue Jean Lebas, RoubaixInstagram : @goma_cakesandcoffee

Les bons filons du bâtiment 

Après Tissel Nouveau Monde, c’est sur un ancien site logistique, propriété de La Poste Immo, qu’une nouvelle histoire s’écrit. Son nom : Tissel Carihem. À Roubaix, les friches ne sont jamais tout à fait endormies. Elles attendent la prochaine idée, la prochaine énergie, la prochaine communauté capable de leur redonner souffle et usage. Lancé en 2025, Tissel Carihem est un hub dédié à l’économie circulaire du bâtiment. Un lieu vaste et modulable, pensé pour faire collaborer les acteurs du réemploi, et pas que. Le site de 13 000 m², dont 4 000 m² de bâti, est un outil rare : une dizaine de quais de déchargement, une logistique poids-lourds opérationnelle, des racks de stockage et ce grand espace surnommé le « frigo », véritable réserve de matériaux. « Pour construire autrement, explique Anthony Ponthieux, directeur opérationnel de PResRV, il faut arrêter de considérer que tout commence par une commande de matériaux neufs. On regarde ce qu’on a, ce qu’on peut réemployer, et on compose. Comme en cuisine. » Le réemploi ne se limite plus à l’écologie : il devient structurel. La réglementation RE2020 intègre le calcul du poids carbone contenu dans les matériaux de construction. Dans ce cadre, le réemploi est quasi « zéro carbone ». La filière tend à changer : elle n’est plus marginale ou militante, mais tend à se structurer et à s’industrialiser, générant un emploi non délocalisable et conservant la valeur sur le territoire. Derrière cette aventure, il y a PResRV, entreprise locomotive de ce lieu, spécialisée dans la dépose, le reconditionnement et la valorisation de matériaux issus de la déconstruction. « Nous sommes des mineurs urbains », explique Anthony Ponthieux. « On vient extraire la ressource déjà présente dans la ville, pour la transformer et la remettre en circulation. Réemployer, c’est agir directement contre le carbone. » Le bâtiment représente un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre : le réemploi devient une arme climatique concrète. Dans les ateliers, les équipes reconditionnent sanitaires, chemins de câbles, panneaux solaires, bouches d’aération, poutres… Une ligne technique permet, par exemple, de remettre à neuf 8 WC en trente minutes. « Nous utilisons une recette de grand-mère, ni plus ni moins », plaisante Anthony Ponthieux. Le process combine acide citrique (du jus de citron) porté à 60 °C et ultrasons créant de micro-fractures, et facilitant le détartrage. Une machine industrielle permet de nettoyer une brique toutes les trois secondes, visant un rythme de 400 000 briques réemployées par an. De quoi alimenter les chantiers locaux de réhabilitation, notamment ceux menés par les bailleurs sociaux, aujourd’hui moteurs de la transition. Autour de PResRV, trois autres habitants participent aujourd’hui à l’identité collaborative du site : Toerana, collectif d’artisans travaillant sur des approches bioclimatiques ; Rewood, entreprise spécialisée dans la requalification du bois ; Çavaoù, qui développe une application d’aide au tri et des systèmes de détection pour éviter la pollution des bennes de chantier. Tous partagent une logique de mutualisation des espaces, des flux et des compétences, et surtout une conviction commune : certaines réponses aux défis environnementaux se trouvent localement, dans les réseaux d’acteurs et dans le geste concret. Tissel Carihem se veut aussi pédagogique. Le site souhaite accueillir prochainement un volet formation, avec une entreprise de chantiers d’insertion, pour initier aux nouveaux métiers de l’économie circulaire : dépose sélective, nettoyage industriel, valorisation matière… Déjà, le lieu reçoit learning expeditions, rencontres inter-filières et séminaires. Un showroom ouvert à toutes et tous valorise les matériaux, mais aussi les idées. Tissel Carihem n’est pas qu’un entrepôt : c’est un lieu d’expérimentation, d’inspiration, de transmission. Un endroit où l’on apprend à voir la ville comme une mine. « Maintenant que nous avons la recette d’un Tissel après Nouveau Monde et Carihem, explique Anthony Ponthieux, nous pouvons imaginer un Tissel 3, un Tissel 4, un Tissel 5… Chaque territoire a ses ressources, ses besoins, sa manière de faire filière. L’enjeu n’est pas seulement d’être exemplaire ici : c’est également de démontrer que le modèle est réplicable. » Tissel Carihem1 rue Marcel Arnaud, Roubaix

De BAO à BI BAO, un enthousiasme décuplé

Née de l’initiative de Corentin Mazella, ébéniste, l’entreprise d’agencement BAO se fait connaître de bouche-à-oreille – d’où son nom tout trouvé. Rejoint par Mélissa Pellizzari, directrice artistique, le duo devient BI-BAO. Ensemble, ils lancent une première ligne d’objets de décoration en bois massif, rapidement identifiée sous leur nom éponyme. Le choix local En quête d’un lieu d’expression, ils s’installent dans une ancienne teinturerie à Roubaix. Cet espace post-industriel, partagé avec un collectif d’artistes, nourrit leur créativité et favorise les collaborations. De ces échanges, découle notamment une table en chêne massif et céramique, imaginée avec une artiste roubaisienne. De bouche-à-oreille Le réseau se tisse. La ligne de meubles conçue avec Gary Berche de l’agence KNGB, met en valeur les produits du Groupe Casamance (à Paris, Londres et bientôt aux Pays-Bas). À la bonne échelle Le bois est coupé, poncé, rainuré, teinté et assemblé consciencieusement dans leur atelier à taille humaine. Il en ressort, en petites séries, les étagères Nina et Ava, la planche à découper Lise, le plateau à bijoux Iris et d’autres créations comme Luna, Loïs ou Milo… à découvrir sur leur boutique en ligne. Un engagement naturel Fidèles à leurs valeurs, Corentin et Mélissa privilégient le bois issu de forêts du Nord labellisées PEFC et les emballages en carton et papier recyclés. Une démarche écoresponsable innée, fondée sur des matériaux régionaux et durablement renouvelés. De la 2D à la 3D Ils associent leur savoir-faire ; Mélissa dessine, Corentin façonne. Pour les particuliers, ils écoutent les besoins et proposent des meubles créés à leurs justes mesures : bars, bibliothèques, étagères, cuisines… Côté professionnel, ils réalisent l’agencement de boutiques et restaurants ; depuis les plans jusqu’à l’élaboration de tables, banquettes, comptoirs (Le Shii Foo Mii à Saint-André, Le Yataï à Lille et bientôt Le Saigon Café). Leur signature : des détails soignés, un ADN global de l’espace. Une autre dimension Nouveaux plans, l’atelier s’agrandit et s’installe sur 230 m² : de quoi stocker le bois, installer le nouvel espace nécessaire à l’activité de Corentin, le bureau de Mélissa et préparer les objets de petite décoration pour les commandes ! Cloisonner / décloisonner Comme des pièces en bois qui s’imbriquent les unes aux autres, Corentin et Mélissa souhaitent renouveler l’effervescence du collectif. Ils proposeront prochainement de partager cet espace avec des artistes qui voudront organiser ponctuellement des ateliers créatifs. @bi_bao.fr bi-bao.fr49 rue de croix, Roubaix