Jour : 29 juillet 2019

Urbi & Arty

La rénovation urbaine comme moteur de la création. C’est le point de départ du travail que mène le collectif d’artistes Groupe A sur le site de l’Union, à cheval sur Tourcoing, Roubaix et Wattrelos. Depuis plusieurs années, à l’Union, les artistes se succèdent en résidence. Cette résidence, mise en place par l’aménageur urbain, SEM ville renouvelée, et le collectif d’artistes Groupe A est un temps d’immersion donné à un artiste sur un territoire pour faire naître de la création artistique. « A l’Union, on se retrouve face à un terrain de jeu immense, explique Pascal Marquilly, artiste, membre de Groupe A . Nos créations viennent accompagner l’aménagement en cours mais aussi le questionner. » Ainsi, l’espace en transition vient se confronter au regard d’un artiste et donne naissance à des œuvres d’art. Par exemple, l’artiste Detlef Runge a une peinture monumentale, 45 morceaux de ciel, posée sur la Ruche d’entreprises de l’Union, Matthieu Hausser a enterré une œuvre dans le sol, etc.. Fin 2018, deux nouveaux artistes, Grégory Grincourt et François Lewyllie, sont venus interroger le territoire chacun à leur manière, avec leur propre sensibilité et leur univers singulier. L’art pour conjuguer le passé au futur Le terrain de jeu de Grégory Grincourt : un territoire à cheval sur Roubaix et Wattrelos, celui de La Lainière. L’artiste a commencé par arpenter les rues de ce grand territoire en friche (pas moins de 33 hectares). Sur les bâtiments délabrés, ils croisent de nombreux graffitis, témoins d’un espace laissé à l’abandon. Il choisit alors de les ré- exploiter. Il les photographie, les décompose sur ordinateur puis en tire des motifs textiles, supports à la création de tapis.  « Je voulais que de ces ruines et de leurs graffitis naissent quelque chose de positif », souligne l’artiste. Grégory Grincourt ne s’arrête pas là et s’inspire de l’histoire brassicole du territoire pour créer un dispositif artistique, sorte de mini-brasserie, où les recettes des bières sont inspirées par les différentes nationalités qui travaillaient à la Lainière. « Avec ces deux projets, pourtant bien différents, je  créer une passerelle entre ancienne et nouvelle génération », conclut-il La méthode du discours Habitué aux performances artistiques décalées, François Lewyllie ne deçoit pas en confrontant son regard  au projet du Quadrilatère des piscines à Tourcoing. « J’ai eu envie « d’inaugurer » toutes ces choses qui vont disparaître et qui vont donner naissance à autre chose, des tas de gravats, de sable, des tuyaux d’écoulement des eaux… » Le but de l’artiste : faire réfléchir sur ce qu’est un discours. « Ce n’est pas seulement une approche moqueuse. Ca permet aussi d’interroger ce qu’est un discours, de regarder la forme, le langage visuel, décrypter les codes… » Avant ses inaugurations fictives, il se documente alors, lit des discours et en regarde nombre d’autres. Il y remarque une similitude déroutante dans les gestes et les postures, « comme si c’était inné », souligne-t-il,  et les croque au crayon.  Au moment de la performance artistique de ces « inaugurations », il reproduit ces mêmes codes gestuels avec un comparse, les prend en photo, puis retranscrit le discours prononcé. C’est aussi, pour lui, une manière de laisser une trace tangible de toutes ces choses amenées à se transformer et à rejoindre l’invisible. www.groupeacoop.org

Quoi de neuf ? Que du vieux !

Alors que le vintage s’invite partout dans nos intérieurs, acheter des objets de seconde main répond aussi à une pratique responsable. En les sauvant de la benne, on fait du bien à la planète. Et la bonne nouvelle, c’est que les boutiques de réemploi se multiplient ! Un joyeux mélange Dans la boutique, les objets sont classés par univers : les meubles, le bric-à-brac, les activités sportives, la vaisselle, les livres, cd et vinyles, les jouets, la puériculture, etc. Devant moi, un rayon complet de tasses me tend les bras. Finalement, le plus dur va être de choisir… Sandy, le coordinateur des lieux, s’amuse de la scène. « C’est la folie, la vaisselle de nos grands-mères part comme des petits pains ». Chez ReStore, tout le monde se côtoie : les passionnés de récup et d’upcycling, les étudiants, les personnes aux revenus modestes qui veulent se meubler pas cher, les convaincus du zéro déchet. Tout le monde. Et c’est bien ce qui fait la magie des lieux. Economie sociale et solidaire Derrière la bonne affaire se cache un concept porteur de sens. Les milliers d’objets présentés sont collectés dans les déchetteries de Roubaix, Tourcoing et La Madeleine par des employés en réinsertion professionnelle. « Les gens se débarrassent de leurs meubles et objets dans nos espaces de réemploi. Nos agents valoristes opèrent un tri, nettoient et réparent à minima avant de les acheminer ici. » Neuf emplois ont ainsi été créés. « Notre activité rend service aux populations fragiles, oeuvre pour le respect de l’environnement et offre la possibilité à des personnes éloignées de l’emploi de retrouver le chemin du travail. C’est une vraie fierté » témoigne Sandy, le responsable des lieux. Bonnes affaires Derrière la caisse, le mur de chiffres en dit long sur l’utilité de l’action. 185 tonnes de déchets ont été collectés en un an, 80 000 objets vendus… De quoi m’inciter à craquer ! J’embarque mes six tasses, un beau panier en osier et trois livres de mon auteur préféré. Pour un total de… 8 euros. Sophie va être bluffée. Pratique ReStore : 88/90 rue Emile Moreau à Roubaix, 03 74 09 49 97. www.restoreenligne.com La Ressourcerie de Méca-Trans Impossible de repartir les mains vides. A Roubaix, la ressourcerie de l’association Méca-Trans (qui oeuvre pour l’insertion professionnelle), est un joyeux bric-à-brac. On déambule parmi les objets et meubles de toutes les époques : de la vaisselle, des vieux miroirs, des consoles, des buffets, des livres, des dvd, des éventails, des parapluies, des cannes, des cages à oiseaux, de l’électroménager ou encore des vélos, à des prix défiant toute concurrence ! « Nos produits sont issus de dons ou récupérés dans les maisons que nous débarrassons, sur demande, et remis en état par nos employés en contrat aidé » explique Eric Moerman, président de Méca-trans. On aime y chiner la perle rare, d’autant plus qu’en l’achetant, on contribue au financement de cette belle association. 125 rue de Lannoy à Roubaix, 07 77 70 06 56.

La poésie sur grand écran

Laissez Arnaud Demuynck vous conter la formidable histoire d’une petite boîte de production de films d’animations jeunesse, devenue petit à petit et à force de créativité, une référence : Les Films du Nord. Arnaud Demuynck , quelle est la recette secrète pour créer un bon film d’animation jeunesse ? A mon sens, il faut quatre ingrédients clés : du charme, de l’humour, du sens et de la poésie. J’aime quand les contes classiques sont revisités avec une touche contemporaine. Je suis très influencé par Kirikou et Folles images. Comment avez-vous lancé Les Films en Nord ? J’ai créé avec ma femme Laurence Les Films en Nord en 1995. Nous nous sommes très vite installés à Roubaix. Au début, nous travaillions du court métrage d’animation et du documentaire avant de vraiment nous spécialiser dans le film court d’animation jeunesse. Les Films du Nord reste, à ce jour, l’une des seules sociétés françaises de production à baser son modèle économique sur cette production en particulier. Nous avons 100 créations à notre actif. Comment concevez-vous votre mission ? Je veux permettre aux jeunes réalisateurs de créer et de sortir leur 1er film pour révéler de nouveaux talents. Je pense notamment à Célia Tocco et Célia Tisserant qui ont créé l’année dernière leur 1er film : La Tortue d’or. Nous sommes très attachés à Roubaix, ce n’est pas pour rien qu’une grande majorité de nos réalisateurs sort de l’ESAAT (une grande école des métiers d’arts et du design, NDLR) à Roubaix. Les Films du Nord, dans 10 ans, cela ressemblera à quoi ? Nous resterons sur le format court métrage, mais nous ne nous interdisons pas de réaliser deux ou trois longs métrages. Notre volonté restera toujours la même : continuer à toujours faire découvrir de nouveaux talents. Dans un futur un peu plus proche, nous sommes déjà lancés dans deux projets : La Grenouille à grande bouche et, en 2022, Yuku et la fleur d’Himalaya. www.lesfilmsdunord.com