Étiquette : aménagement urbain

Urbi & Arty

La rénovation urbaine comme moteur de la création. C’est le point de départ du travail que mène le collectif d’artistes Groupe A sur le site de l’Union, à cheval sur Tourcoing, Roubaix et Wattrelos. Depuis plusieurs années, à l’Union, les artistes se succèdent en résidence. Cette résidence, mise en place par l’aménageur urbain, SEM ville renouvelée, et le collectif d’artistes Groupe A est un temps d’immersion donné à un artiste sur un territoire pour faire naître de la création artistique. « A l’Union, on se retrouve face à un terrain de jeu immense, explique Pascal Marquilly, artiste, membre de Groupe A . Nos créations viennent accompagner l’aménagement en cours mais aussi le questionner. » Ainsi, l’espace en transition vient se confronter au regard d’un artiste et donne naissance à des œuvres d’art. Par exemple, l’artiste Detlef Runge a une peinture monumentale, 45 morceaux de ciel, posée sur la Ruche d’entreprises de l’Union, Matthieu Hausser a enterré une œuvre dans le sol, etc.. Fin 2018, deux nouveaux artistes, Grégory Grincourt et François Lewyllie, sont venus interroger le territoire chacun à leur manière, avec leur propre sensibilité et leur univers singulier. L’art pour conjuguer le passé au futur Le terrain de jeu de Grégory Grincourt : un territoire à cheval sur Roubaix et Wattrelos, celui de La Lainière. L’artiste a commencé par arpenter les rues de ce grand territoire en friche (pas moins de 33 hectares). Sur les bâtiments délabrés, ils croisent de nombreux graffitis, témoins d’un espace laissé à l’abandon. Il choisit alors de les ré- exploiter. Il les photographie, les décompose sur ordinateur puis en tire des motifs textiles, supports à la création de tapis.  « Je voulais que de ces ruines et de leurs graffitis naissent quelque chose de positif », souligne l’artiste. Grégory Grincourt ne s’arrête pas là et s’inspire de l’histoire brassicole du territoire pour créer un dispositif artistique, sorte de mini-brasserie, où les recettes des bières sont inspirées par les différentes nationalités qui travaillaient à la Lainière. « Avec ces deux projets, pourtant bien différents, je  créer une passerelle entre ancienne et nouvelle génération », conclut-il La méthode du discours Habitué aux performances artistiques décalées, François Lewyllie ne deçoit pas en confrontant son regard  au projet du Quadrilatère des piscines à Tourcoing. « J’ai eu envie « d’inaugurer » toutes ces choses qui vont disparaître et qui vont donner naissance à autre chose, des tas de gravats, de sable, des tuyaux d’écoulement des eaux… » Le but de l’artiste : faire réfléchir sur ce qu’est un discours. « Ce n’est pas seulement une approche moqueuse. Ca permet aussi d’interroger ce qu’est un discours, de regarder la forme, le langage visuel, décrypter les codes… » Avant ses inaugurations fictives, il se documente alors, lit des discours et en regarde nombre d’autres. Il y remarque une similitude déroutante dans les gestes et les postures, « comme si c’était inné », souligne-t-il,  et les croque au crayon.  Au moment de la performance artistique de ces « inaugurations », il reproduit ces mêmes codes gestuels avec un comparse, les prend en photo, puis retranscrit le discours prononcé. C’est aussi, pour lui, une manière de laisser une trace tangible de toutes ces choses amenées à se transformer et à rejoindre l’invisible. www.groupeacoop.org

Zerm et les chevaliers du re-use

Le petit bureau de la rue de Babylone, au cœur des bâtiments hébergeant l’association Parkour, est plein de bouquins, de maquettes, de pièces de carton, d’essais de matières, de tuiles et de briques rouges. Au milieu, le collectif d’archi Zerm s’active de bon matin. Lola Bazin, Romain Brière, Louis Delepaut, Théophile Flécheux, Simon Givelet et Etienne Lechevallier. Six jeunes architectes roubaisiens pour un collectif et une conviction commune, celle de pouvoir changer la façon d’utiliser les matériaux usagés, en pensant réutilisation plutôt que recyclage. Aujourd’hui, les démolisseurs deviennent des déconstructeurs, poussés par la loi 2015 sur la transition écologique, nous explique Lola. Ainsi, sur les chantiers de démolition/déconstruction, le tri des matières est fait, mais dans un but de recyclage, avec une finalité industrielle de valorisation et non pour un réemploi simple des matières et composants. Chez Zerm, nous sommes persuadés que cette réutilisation est possible. Pour prouver cela, nous avons lancé un laboratoire test au cœur de l’Atelier Jouret, rue de l’Hospice. L’objectif était d’y mettre en place un premier magasin, de trouver ses forces et faiblesses. C’était un premier pas afin de se rendre compte des contraintes, des possibilités. Le modèle existe donc. A nous de le développer, avec des partenaires, des soutiens. » Des envies et des idéaux Se posant en militants de la cause « re-use » (prononcer « ri-iouze ») les six amis adaptent l’architecture, le bâtiment, les travaux publics et la construction immobilière à la réutilisation des matières. « Tel un achat dans une friperie pour des vêtements ou dans une ressourcerie pour l’équipement de la maison, nous sommes certains que la réutilisation des matériaux déconstruits est possible. Actuellement, le marché de la construction ne fonctionne qu’avec du neuf exclusivement », commente Lola. Constamment en phase de tests Zerm, ce n’est pas que la mise en place des réemplois de matériaux. On imagine vu d’ici la bulle créative créé par le groupe d’amis. On retrouve ainsi de petits projets d’archi, de recherches, d’installations. Zerm a été par exemple l’une des chevilles ouvrières du festival roubaisien Pile au rendez-vous, organisé en juillet 2018, pour lequel il a réalisé des installations diverses. Entre autres, une table de ping-pong en terrazzo, matériau composite à base de fragments de pierre et de marbre, compressés et polis. Récemment étaient inaugurés à la Free’che de nouveaux modules pour l’association Parkour 59, conçus et réalisés par Zerm, en collaboration avec Saddo et La Condition Publique. Construits en blocs de béton cellulaire… Réemployés, évidemment. Free’che, association Parkour « Shopper » en ligne des matériaux de seconde main Forte de son étal créé à l’Atelier Jouret, l’équipe a ouvert sur son site internet un espace dédié, nommé Le Parpaing. Comme sur une boutique en ligne classique, le client peut ainsi choisir ses matériaux en seconde vie, ses éléments réutilisés qu’il utilisera dans sa construction. Bloc de béton cellulaire, porte coulissante, évier inox, plancher technique ou encore panneau d’aggloméré ou plaque de marbre vert… Dans une logique Zéro Déchet, chaque produit a déjà servi, mais se révèle tout à fait en forme pour une nouvelle vie, sans passer par la case recyclage. L’objectif de l’association est maintenant de supprimer les freins du passage aux matériaux d’occasion, avec les politiques, les architectes, les décideurs, les clients. Un choix qui a son lot de questions, d’ordres juridiques, esthétiques, techniques. Un matériau réutilisé peut-il être assuré comme un matériau neuf ? Un client acceptera-t-il un matériau avec des variations de couleurs ? Le sujet est là. www.zerm.org