Jour : 14 juin 2019

Aurélie Damon, décoratrice et peintre

Limonade Paper fait pétiller vos murs

Alternatif a confié la 4e de couverture de son 4e opus imprimé à Aurélie Damon. La jeune plasticienne, dont l’univers ludique, poétique et coloré est reconnaissable entre mille, vient de se lancer dans une nouvelle aventure, qui allie à merveille art et déco. Ses paysages oniriques ré-enchantent nos villes et nos vies. Aurélie Damon s’est forgé un style bien à elle. Diplômée de l’école des Beaux-arts de Tourcoing, la jeune femme évolue dans le milieu depuis 15 ans. Expos, résidences, ateliers, travaux de commande… l’artiste déroule son univers sur des pans verticaux de toutes les tailles.   Nouveau terrain de création Il y a deux ou trois ans, Aurélie a commencé à réfléchir à une façon alternative de diffuser son travail, en allant vers la décoration. « Il s’agissait pour moi de désapprendre tout ce qu’on m’avait enseigné aux Beaux-arts, à savoir que l’art ne doit surtout pas être décoratif. »La jeune femme constate qu’on lui fait de plus en plus de demandes orientées déco, notamment pour des tissus. Elle observe le marché, voit qu’il est porteur, en particulier la niche des papiers peints qui redeviennent tendance. Elle dessine alors son nouveau projet, qu’elle baptise Limonade Paper. « Parce que c’est pétillant et frais, comme se veut mon travail. Et que dans limonade, il y a Damon, et le Lie d’Aurélie. Ce nom raconte mon histoire. » Je suis toujours étonnée des histoires que s’inventent les personnes qui les décrivent. « Motifothèque » et sur-mesure Les œuvres d’Aurélie Damon ouvrent des fenêtres sur des paysages imaginaires. « Je suis toujours étonnée des histoires que s’inventent les personnes qui les décrivent. »A partir de cet univers singulier et intemporel, qui mêle l’organique, le végétal et l’architecture, l’artiste s’est composé une banque de motifs, véritable alphabet dans lequel elle pioche pour « écrire » ses histoires. Avec Limonade Paper, elle propose de les imprimer sur des lés, à poser sur le mur de votre choix. « Je cible les particuliers, pour les chambres d’enfants par exemple, mais aussi les professionnels, restaurants, crèches, boutiques, EHPAD, ou encore maisons spécialisées dans l’accueil des personnes souffrant d’Alzheimer, où évoquer le réel serait trop anxiogène. » Atout majeur de Limonade Paper : la personnalisation. « J’ai réalisé une création originale pour Plateau Fertile notamment. » Aurélie s’inscrit aussi dans une démarche écologiquement responsable. « Je privilégie les circuits courts, en travaillant avec un imprimeur local, sur des papiers et avec des encres innovantes, sains et respectueux de l’environnement. » Facebook Limonade Paper Limonade Paper © Limonade Paper © Limonade Paper © Limonade Paper © Limonade Paper © Limonade Paper

Jérôme, Matthieu et Mathias, collectif de micro-brasseurs Brewbaix

I love BREWBAIX

Pour le collectif de micro-brasseurs Brewbaix, la bière*, c’est bien plus que de l’eau, du houblon, du malt et des levures… La recette de leurs petites mousses maisons ? De la passion, du plaisir à partager et une créativité joyeuse, typiquement roubaisienne. Comme trois pictos, leurs bobines sont imprimées sur les étiquettes qui habillent les bouteilles sortant de leur brasserie artisanale. Jérôme, Matthieu et Mathias revendiquent fièrement les bières qu’ils prennent plaisir à imaginer et brasser ensemble. Mais comme les trois mousquetaires, ils sont quatre, avec Christophe, le gentil traiteur qui héberge les cuves et tout le matos brassicole. Tombés dans la mousse Avant de se réunir sous la marque commune Brewbaix, chacun a appris à brasser dans l’arrière-cuisine ou le garage, avec un kit pour débutant, aidé d’un livre ou en cherchant des recettes sur internet. « J’aime bricoler, faire à manger, faire des choses par moi-même en général », raconte Matthieu, éducateur de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). Jérôme, négociant en vin dans le civil, ne voit aucun problème à passer de la vigne au houblon. « La bière offre davantage d’occasion d’être moderne et créatif ! », s’enthousiasme-t-il. « Pour le reste, il existe de nombreuses similitudes. Nez, goût, visuel… Pour moi, le visuel est très important. J’apprécie les bières un peu troubles. » © Didier Alkenbrecher © Didier Alkenbrecher © Didier Alkenbrecher © Didier Alkenbrecher Un ancrage roubaisien Pour les trois compères, tous originaires de Dunkerque mais roubaisiens d’adoption et de cœur, Brewbaix sonnait comme une évidence. To brew, brasser en anglais, apporte une touche de modernité. Quant au Baix de Roubaix, il affirme haut et fort son ancrage local. Matthias, graphiste dans la vraie vie, a conçu le logo Brewbaix. Simple, basique. Mais diablement efficace, avec son clin d’œil au street-artiste Roobey. Les étiquettes sont belles, graphiques et colorées. « Pourquoi ne pas demander à des artistes roubaisiens d’en créer ? » La volonté de multiplier les collaborations est bien là. « On est en contact avec un ancien brasseur de la rue du Luxembourg. Nos bières sont présentes à La Bobine, au bar de la Condition Publique, lors d’événements, comme récemment Paris-Roubaix Challenge, ou la Bloc Party des ateliers RemyCo… » A la fin du XIXe siècle, Roubaix comptait pas moins de 20 brasseries. Brewbaix est la première qui fait renaître la tradition brassicole locale. Moins de sucre, plus de goût Comment devenir expert en bières au point d’en créer soi-même ? En en goûtant un maximum pardi ! « C’est important d’élargir sa palette aromatique », justifient nos trois brasseurs, guidés par une curiosité sans limite. Leur best-seller est actuellement la Hystrix, aux feuilles de combava, qui apportent une note fraîche et citronnée, parfaite pour les beaux jours. « Tout peut nous inspirer, rien n’est impossible », expliquent-ils. Pour obtenir la bière qu’ilsapprécient (et non celle qui plaît à tout le monde), les brasseurs sont prêts à tout. S’il faut aller cueillir 40 kilos de mûres sauvages pour un brassin de 200 litres d’une mousse subtilement acidulée, aucun problème… Mo-ti-vés ! « Nous avons à coeur de proposer des bières de qualité, plutôt légères, peu sucrées, pas trop alcoolisées, mais avec du goût, surtout. » Prochain défi : le vieillissement dans un fût de bois qui a contenu du cognac. A découvrir avec délectation. Rien ne se perd, tout se transforme Ceci n’est pas une boulangerie, une boulangerie à Croix, fournit à Brewbaix une partie des pains invendus, qui sont intégrés dans le brassage d’une de ses bières. Dans une logique Zéro Déchet, les résidus de malt des brassages, les drêches, deviennent les ingrédients d’un pain. Un partenariat exemplaire ! Facebook Brewbaix *L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

Portrait d'Arnaud Deplechin

Arnaud Desplechin, Les lumières de sa ville

Rendez-vous est pris entre deux scènes de tournage dans les salons du Grand Hôtel Mercure à Roubaix. Le cinéaste fantasque venu filmer son 12e long-métrage à Roubaix, sa ville natale, apprécie ce moment d’échange. Une respiration tout en chuchotements qui le dégage quelques instants des rouages millimétrés et rythmés de la réalisation. Rencontre avec un homme singulier, ouvert aux fantômes et empli d’une belle lumière. Roubaix, partir pour mieux revenir En plus de 30 ans de carrière, Arnaud Desplechin, amoureux du cinéma d’auteur, a été nommé 56 fois dans des festivals et a obtenu plusieurs prix dont le prix Louis-Delluc en 2004 pour Rois et Reine et l’Etoile d’Or du réalisateur pour Un conte de Noël en 2009 ! Cinq de ses longs métrages ont été tournés à Roubaix, ville où le cinéaste a vécu et étudié jusque l’âge de 17 ans. Ville à laquelle il est toujours très attaché pour l’identité meurtrie qu’elle lui inspire : « Jeune homme, j’ai eu besoin de fuir cette ville, de m’arracher à mes racines. J’ai intégré l’école de cinéma l’IDHEC à Paris et dès mon premier moyen métrage, La vie des morts, j’ai souhaité revenir tourner ici comme pour livrer quelque chose qui vienne de mon passé, de ma vie, de moi. Je reste fasciné par cette ville, par les signes d’un passé industriel très prospère alors qu’aujourd’hui, la réalité n’est plus la même. Il y a comme un devoir, une fierté à résister et à revenir. » Un point de vue intellectuel humain Le long métrage tourné s’intitule Roubaix, une lumière. Il relate un fait divers inspiré par un vrai meurtre commis par deux jeunes femmes, interprétées par les actrices françaises Léa Seydoux et Sara Forestier. Le commissaire Daoud incarné par Roschdy Zem mène l’enquête, sillonne la ville qui l’a vu grandir. Voitures brûlées, altercations… Le film met en scène un monde en crise et se charge d’une mission : rendre leur humanité aux coupables. Au réalisateur de préciser : « Vous faites comment avec la misère ? Je n’ai pas de propos sociologiques ni même politiques. Mes deux héroïnes viennent d’un milieu socialement très dur, elles ont un destin tragique. Et pourtant une lumière scintille en elles. Quelque chose de l’ordre de l’amour qui transcende le poids de la réalité. Des soubresauts magnifiques. » Un cérébral fidèle et romanesque Inspiré par les réalisateurs de la Nouvelle Vague, et surtout par François Truffaut dont il connaît au moins dix films par cœur, Arnaud Desplechin est un cinéaste souvent jugé pour son intellectualisme, pour ses personnages complexes, souvent opaques. Cinéaste fidèle à ses acteurs, Arnaud Desplechin lance et met en lumière Mathieu Amalric dans La Sentinelle en 1992. Lui et son acteur fétiche font partie de ces couples fusionnels au cinéma : depuis 1992, ils ont tourné sept films ensemble. Il en reste une constante et une longue histoire qui se nourrit au fil des années, faisant évoluer les personnages de Paul Dedalus et d’Ismaël Vuillard (incarnés par Amalric) de film en film. Ces héros récurrents contribuent à créer l’ampleur romanesque du cinéaste. La discussion aurait pu continuer encore… Trop rapidement, l’entrevue se termine. Le tournage doit reprendre. Les équipes sont en place devant la patinoire face à l’hôtel de ville. Au moment de l’au revoir, le visage d’Arnaud Desplechin rayonne. La rencontre appuyée sur l’évocation de nombreux souvenirs liés à Roubaix semble avoir galvanisé le cinéaste. Son Roubaix est très attachant et toujours bien vivant. Portrait chinois : Un souvenir d’enfance Je faisais partie d’un club d’escrime et chaque 14 juillet, nous défilions avec nos fleurets dans les rues de Roubaix. La mairie nous donnait 1 franc pour cette représentation. J’en garde un souvenir émerveillé. Un souvenir de cinéaste Catherine Deneuve, au moment du tournage d’Un conte de Noël en 2008. Le Grand Hôtel n’avait pas été refait. Catherine avait investi le premier étage. C’était dingue de la voir descendre le grand escalier le matin. Une espèce d’insolence d’avoir Catherine à Roubaix qu’elle a par ailleurs beaucoup aimé. Une personnalité Germaine Lantoine-Neveux ! Les portraits de cette peintre roubaisienne sont exposés au musée La Piscine. C’est ma grand-tante qui me l’a fait découvrir et apprécier, notamment pour ses séries de portraits qui prenaient pour modèles des ouvrières comme des bourgeoises. Un lieu Le Parc Barbieux ! Nous y étions en tournage hier soir. Mon rêve est de parvenir à y faire un plan cinématographique du tram vu du parc. Je n’y suis toujours pas parvenu !       Un film pour… Avoir la pêche Leto du réalisateur russe Kirill Serebrennikov. Un film enthousiaste autour de la musique rock qui donne une énergie d’enfer. Regarder la société Je vais au cinéma pour échapper à la société. Je préfère regarder le monde. Il n’en reste pas moins que La règle du jeu de Jean Renoir m’a mis à genoux quand je l’ai vu la première fois. Rêver Phantom Thread avec Daniel Day-Lewis. L’histoire d’un couturier dans les années 50 qui rencontre une muse. La nature de leur relation est tellement mystérieuse que l’on pense que c’est un songe. Dans les #coulisses du nouveau film de Desplechin à #Roubaix : il en faut du monde et du matériel pour le tournage ! pic.twitter.com/S3MiOIWqRM — Ville de Roubaix (@roubaix) 26 août 2016 Arnaud Desplechin et Roschdy Zem tournent à la patinoire pour les besoins d’une scène du film « #Roubaix, une lumière » 🎥 Nos plus belles photos sur https://t.co/z6PuGGNCkz pic.twitter.com/uvcLrvdRyM — Ville de Roubaix (@roubaix) 15 décembre 2018       Filmographie express 1991 Prix Jean-Vigo pour son premier moyen métrage La Vie des morts 1992 Réalisation du premier long-métrage La Sentinelle 1996 Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) 2000 Esther Kahn 2003 Léo en jouant « Dans la compagnie des hommes » 2004 prix Louis-Delluc pour Rois et Reines 2007 L’Aimée 2008 Un conte de Noël 2013 La Forêt 2013 Jimmy P. (Psychothérapie d’un Indien des plaines) 2014 Trois souvenirs de ma jeunesse 2016 César du meilleur réalisateur pour Trois souvenirs de ma jeunesse 2017 Les Fantômes d’Ismaël 2019…
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Anti-Fashion en mode responsable

De Marseille à Roubaix, Stéphanie Calvino n’a pas hésité : son Anti-Fashion Project s’impose désormais comme un trait d’union entre les deux villes, associant un grand nom de la mode comme La Redoute mais aussi la très renommée école de mode Esmod. Objectif : aider les jeunes des quartiers populaires à réinventer une mode plus durable. Le 3 septembre 2018, Arnice Troïka a vécu sa première rentrée à Esmod Roubaix. La jeune fille de 22 ans était plutôt intimidée d’assister à ses premiers cours au sein de la prestigieuse École supérieure des arts et techniques de la mode de Roubaix. « Moi qui n’étais plus scolarisée, je me retrouve dans une haute école de mode… C’est fabuleux, c’est incroyable, je n’arrive à réaliser ce que Anti-Fashion Project m’a apporté », résume-t-elle. Il faut dire qu’Arnice, originaire de Guyane, s’est battue pour en arriver là. Si cette première année de cursus lui a été offerte (ce qui représente quand même près de 10 000 euros), c’est parce qu’elle a décroché le Prix Esmod Roubaix en partenariat avec La Redoute. Le jury a salué unanimement « son implication et sa persévérance » et l’originalité de la tenue présentée. « J’ai concocté une tenue qui raconte un passé assez personnel », résume la jeune fille. Derrière sa voix frêle, on devine un parcours de vie compliqué. Elle a entièrement fabriqué un jogging-combi style guerrière un haut avec des manches extra larges et des épaulettes extravagantes, en utilisant du vinyle orné de fleurs au niveau des seins et pour le short, le tout complété par des jambières. Comme une protection mais aussi une renaissance. © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson © Jean-Christophe Husson Dénoncer les dérives de la 2e industrie la plus polluante du monde « J’avais d’abord voulu d’abord devenir esthéticienne mais je ne trouvais pas de stage. » C’est la mission locale de Roubaix qui lui a conseillé de s’adresser à Anti-Fashion Project. « J’ai alors rencontré beaucoup de personnes fabuleuses et extraordinaires », sourit la jeune fille. Comme Li Edelkoort, à l’origine du Manifeste Anti-Fashion : cette véritable pythie de la mode travaille beaucoup avec les végétaux pour dénoncer les dérives de la 2e industrie la plus polluante au monde. Ou encore Sylvette Boutin Lepers, responsable des partenariats Créateur & Image de La Redoute, qui lui a ouvert les coulisses d’une grande enseigne de mode. Arnice est à l’image des autres réussites de ce projet, « rencontrer ces jeunes en difficulté et qui se cherchent, qui sont intéressés par la mode, éveiller leurs sens autour de la matière textile, pour les accompagner le plus possible selon leurs envies », résume Stéphanie Calvino, à l’origine de ce travail. « On ne fait pas de la réinsertion, on ouvre la porte vers tous les possibles. » J’ai alors rencontré beaucoup de personnes fabuleuses et extraordinaires, ARNICE anti-fashion-project.com