Une école pour être bien dans ses baskets
Stéphanie Calvino est directrice de l’École de la Réparation, une école qui ne ressemble à aucune autre. Dans cette école, on apprend à réparer des baskets, mais pas seulement.
Le plateau de 500 m², dont les briques sont peintes en blanc et haut de plafond, est très lumineux. Comme Stéphanie Calvino, qui parle vite, toujours un œil sur ses élèves, ce matin-là en atelier de réparation et de rénovation de baskets. « Cela fait dix ans que je fais de l’accompagnement social avec Anti Fashion Project et Résilience ensuite, et ici avec l’École de la Réparation, on part du même principe. », explique-t-elle.
L’idée est venue d’un travail en étroite collaboration avec la marque de baskets Veja, dont le co-fondateur Sébastien Kopp avait assisté aux premières rencontres d’Anti Fashion à Marseille en 2015. Son constat : « Les meilleurs Instagrameurs sont au coin de la rue et ne sortent pas des écoles. »
En 2020, Veja ouvre sa première cordonnerie dans la boutique de Bordeaux à Darwin. Depuis, la marque a ouvert dix autres cordonneries dans le monde.
« À chaque boutique sa cordonnerie, parce que la meilleure paire de baskets, c’est celle qu’on a déjà aux pieds ! »
L’École de la Réparation forme à réparer des chaussures, des baskets et des vêtements. Sur 24 milliards de paires de chaussures vendues dans le monde, 70% sont des baskets. « Leur vente s’est répandue depuis les 20 dernières années, et aujourd’hui, tout le monde en porte ! Leur réparation ne demande pas le même travail qu’une paire de chaussures classique. », explique Stéphanie. Selon elle, le contenu pédagogique des formations de type CAP cordonnerie n’est plus adapté car elles forment essentiellement à la réparation de chaussures classiques. Ce constat l’a convaincue de créer un nouveau format d’école, pour former des cordonniers spécialisés dans la réparation de baskets.
Au sein de l’école, deux jours par semaine sont consacrés à l’apprentissage de la réparation et à la rénovation de baskets. C’est Jérôme Paduano, ancien formateur en cordonnerie-botterie et podo- orthèse chez Les Compagnons du Devoir et du Tour de France durant cinq ans, qui leur transmet son savoir et les techniques particulières du métier. D’autres ateliers sont animés par des intervenants extérieurs et des collaborateurs de marques partenaires et mécènes du projet, comme Veja, Topy, Decathlon, LVMH, Paraboot, Homecore, …
Le modèle de l’école, exclusivement financée par du mécénat, est unique. Ici, avant un cours de dessin, les élèves pratiquent le yoga, il n’y a pas de cours de mathématiques classiques mais « on fait quand même des maths pour calculer les mesures d’un patron ou d’un gabarit. » Dans le programme, un module « culture professionnelle » propose notamment des ateliers d’éloquence. C’est important pour les élèves d’apprendre à bien s’exprimer et à poser leur voix pour se présenter ou convaincre un jury. « Je voudrais aussi leur proposer des ateliers autour de la nourriture et de l’alimentation, car ça participe aussi à leur bien-être. »
Stéphanie ne manque pas d’idées et encore moins de solutions pour les mettre en œuvre. Il est possible qu’elle réserve d’autres surprises à ses élèves d’ici la fin de leur parcours…
L’école qui répare et qui responsabilise
La première promotion de l’école compte dix filles et dix garçons, sélectionnés parmi 80 profils. Les élèves signent un contrat à durée déterminée de 11 mois de septembre à juillet, et perçoivent le SMIC. Ils bénéficient de tickets resto et d’une mutuelle. « Cela leur permet de se concentrer sur la formation sans se poser la question de comment payer son loyer ou remplir son frigo et ça les stabilise », explique Stéphanie. Sur le grand plateau clair qu’ils occupent à Tissel, un espace est dédié au partage des repas avec un coin cuisine. L’entretien de cet espace est planifié : chaque jour, deux élèves se relaient pour le nettoyer.
« On a vu les élèves changer depuis le début de la formation. Sur la manière de se présenter par exemple, ils s’ouvrent plus et gagnent en confiance en eux. »

