Paris Fleurs : un cœur qui bat depuis plus de 120 ans

Paris Fleurs : un cœur qui bat depuis plus de 120 ans

Au 11 avenue Jean Lebas se dresse un bel immeuble aux lignes modernes et au décor classique. Érigé vers 1900, il abrite au rez-de-chaussée un commerce du même âge. Mais l’enseigne, Paris Fleurs aujourd’hui, est beaucoup plus qu’un magasin. C’est l’histoire d’une passion au parfum de filiation.

L’avenue Jean-Baptiste Lebas s’appelait encore avenue de la Gare, artère réputée pour ses magasins chics et ses hauts bâtiments, sièges de grandes sociétés, quand en 1904 un certain Achille Cornélis y installe, au numéro 11, une activité de vente de fleurs naturelles. Une épicerie avait précédemment occupé les lieux. Dès lors, des familles de fleuristes vont s’y succéder et l’histoire égrainer leurs noms, de Gontram à partir de 1909 à Laurence Lepercq aujourd’hui.

Le magasin, familial depuis 1956 et transmis par sa mère en 2001, est indissociable de Laurence et ce qu’elle chérit le plus dans son métier ; « j’aime l’ambiance et ses fleurs à foison », dont la palette de couleurs attire le regard dès l’extérieur. Il suffit ensuite de franchir la porte pour s’en convaincre : la passion, héritière d’une longue tradition, s’épanouit ici sur 80 m2 d’une abondante, et devenue rare, variété de fleurs coupées, complétée de plantes, bouquets et compositions variées. Le conseil et l’accompagnement font le reste pour satisfaire une clientèle dont le flot ne se tarit pas.

C’est sans doute la raison pour laquelle Paris Fleurs compte parmi les plus anciens magasins… roubaisiens, comme son nom ne le dit pas ! « Le propriétaire, avant mes parents, était parisien. Il avait appelé le magasin Paris-Roubaix Fleurs. Cette référence trop importante à la course cycliste ne plaisait pas à ma mère. Elle l’a rebaptisé Paris Fleurs. »

La fleur, toujours tendance ?

Classée parmi les produits de luxe ou « dont on peut se passer », nuance Laurence Lepercq, la fleur a pourtant toujours la côte. Si les achats sont souvent affaire de saisons et de tonalités associées, ils n’échappent pas à la mode. « La tendance, aujourd’hui, ce sont les bouquets très voluptueux, déstructurés. Avant, au contraire, c’étaient les bouquets ronds, bien ordonnés, des fleurs par 3 ou en nombre impair…». Les réseaux sociaux jouent eux aussi leur rôle. « Souvent, les jeunes qui entrent dans ma boutique ont vu un bouquet sur Instagram. Ils veulent le même. » Enfin, si le caoutchouc fait son grand retour parmi les favoris, dans le top des classiques, Laurence cite « en 1 » la rose rouge, puis, indifféremment, la pivoine, l’hortensia, l’orchidée et le lys.

De Queen Elizabeth à Gérard Darmon

Quelques personnalités de passage à Roubaix ont franchi le seuil de Paris Fleurs. Laurence Lepercq se souvient, enfant, de Raymond Devos, de Michel Fugain et son Big Bazar, et, beaucoup plus tard, de Gérard Darmon. « Il logeait à l’hôtel en face et y avait oublié ses lunettes de soleil. Pour remercier le personnel de lui avoir mises de côté, il est venu en personne m’acheter un bouquet de fleurs ! » Figurant du petit écran pour la série « HPI » et du grand, avec « Roubaix, une lumière », le film d’Arnaud Desplechin, Paris Fleurs peut aussi se targuer d’avoir composé l’énorme bouquet de roses offert par la mairie à la reine Elizabeth, lors de sa venue à Roubaix en 1957.

Un lieu chargé d’histoire

Dans les années 40, la petite histoire rejoint la grande. Alors propriétaire du magasin depuis 1926 et engagée dans la résistance avec son mari Marius, Marie Berrodier transforme la cave de l’immeuble en cachette pour les aviateurs anglais. Malheureusement, le couple est arrêté par les Allemands en 1943 et mourra en déportation. Une plaque sur la façade de l’immeuble rend hommage à leur héroïsme.

> Paris Fleurs
11 avenue Jean Lebas, Roubaix
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