Catégorie : Patrimoine & Territoires

La Redoute au musée La Piscine

À partir du 7 mars 2026, une exposition de 700 m2 sera consacrée à l’entreprise nordiste, fleuron de l’industrie textile depuis maintenant près de 189 ans. L’occasion de comprendre à quel point La Redoute a toujours maintenu un temps d’avance sur les envies et besoins des familles. Plus qu’une histoire de mode et de design, c’est un rendez-vous avec des émotions liées à des souvenirs de vie. L’histoire de La Redoute donne raison à sa créativité Comment raconter l’histoire de La Redoute d’un point de vue muséal ? Les trois commissaires de l’exposition, Karine Lacquemant, conservatrice en charge de la programmation et des collections d’arts appliqués au musée La Piscine, Sandrine Tinturier, responsable des archives de la Fondation Azzedine Alaïa et Sylvette Lepers, directrice Partenariats Créateurs & Image La Redoute ont largement exploré cette question. L’idée d’un laboratoire technologique, esthétique et sociétal a tissé le lien fondateur de l’exposition. « La Redoute, un temps d’avance » promet une expérience où l’innovation créative, les produits surprenants et l’émotion seront au rendez-vous. Démonstration par les faits Le célèbre catalogue La Redoute de 1 000 pages envoyé dans de nombreux foyers français jusqu’en 2015, déclenche aujourd’hui encore une avalanche de souvenirs. Et pour cause ! Pouvoir se projeter dans la mode à distance et se faire livrer à domicile a démocratisé le style à des prix accessibles pour tous. Dans les années 60/70, les célébrités yéyé comme Sylvie Vartan, Mireille Mathieu, Sheila, France Gall préfigurent nos « influenceuses » actuelles. Là encore, La Redoute innove et pressent que l’incarnation de ses collections, par ces babydoll, renforcera sa légitimité d’actrice incontournable de la mode. En 1969, la première collaboration avec la jeune créatrice Emmanuelle Khanh fait naître une collection capsule de prêt-à-porter et initie le concept des « collaborations créateurs ». La Redoute invente un concept inédit qu’elle développera en s’appuyant sur des grands noms de la couture française comme Yves Saint Laurent, Sonia Rykiel, Paco Rabanne, Karl Lagerfeld et sur le talent de jeunes designers émergents aux noms d’Isabel Marant, Vanessa Bruno, Joseph, Jacquemus, Philippe Starck, Jean-Michel Villemotte, Terence Conran, Tom Dixon… Illustration en images La mode et le design sont des sujets que les images, photos, vidéos, publicités rendent très vivants. Jane Birkin et Lou Doillon, Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Chiara Mastroianni, Vanessa Paradis, Laetitia  Casta, Kristin Scott Thomas… ont été sublimées par le regard talentueux de photographes de renom comme Kate Barry, Dominique Issermann, Marcel Hartmann, Gilles-Marie Zimmermann. Les publicités télé tournées avec les mannequins en vogue des années 90, Linda Evangelista et Inès de La Fressange, s’inscriront dans ce même courant audacieux et innovant. 189 ans d’une histoire à la française De la filature de laine au catalogue mythique, La Redoute est aujourd’hui un leader du e-commerce en Mode et Décoration Maison. Depuis 1837, l’entreprise roubaisienne, fondée par la famille Pollet, a su se réinventer pour accompagner les femmes et leurs proches dans leur quotidien, leurs moments de vie et leurs changements de mode de vie. Dénicheur de talents À partir du 7 mars 2026, une exposition de 700 m2 sera consacrée à l’entreprise nordiste, fleuron de l’industrie textile depuis maintenant près de 189 ans. L’occasion de comprendre à quel point La Redoute a toujours maintenu un temps d’avance sur les envies et besoins des familles. Plus qu’une histoire de mode et de design, c’est un rendez-vous avec des émotions liées à des souvenirs de vie. Dénicheur de talents Sylvette Lepers, directrice Partenariats Créateurs & Image à La Redoute, exerce cette mission depuis 2010. Elle en a réorienté la trame en se penchant sur la mise en lumière de tout jeune créateur sortant d’école ou de formation. En lien avec la Fédération française du prêt-à-porter et de la haute couture, en participant aux comités de sélection de jeunes talents organisés par le ministère de la Culture, en assistant aux défilés, aux jury des écoles, elle provoque les rencontres. « Je suis autant sensible à l’univers du créateur qu’à sa personnalité, du moment qu’il explore un territoire pas encore proposé à La Redoute. » Un même modus operandi Le trio qui œuvre est toujours composé du créateur, de Marie-Pierre, la modéliste historique La Redoute et de Sylvette Lepers. La collaboration est engagée dans le respect et la transparence. La directrice artistique expose au designer ce qu’elle trouve intéressant dans son univers et qu’elle souhaiterait voir développer dans la mini-collection, tout en précisant que les créations doivent respecter la gamme de prix annoncée. La collaboration est très suivie et accompagnée des conseils experts de Marie-Pierre. Elle s’étend jusqu’au choix des matières, boutons, fermeture éclair – et se conclut avec le shooting du vestiaire. Comme le souligne Sylvette, « une image se construit très lentement mais peut se déconstruire très vite. » Vigie des archives Au service de La Redoute depuis 1980, Sylvette Lepers y a développé une carrière évolutive qui frôle aujourd’hui les 46 années. Autant dire que son implication dans cette exposition rétrospective est à la hauteur de sa connaissance de l’entreprise. Elle l’a impulsée et s’y investit en mettant sa mémoire au service de l’histoire. Le prolongement d’un travail amorcé Quand elle dirigeait le service presse avant 2015, Sylvette a commencé à ouvrir les armoires riches de tous les catalogues La Redoute, dont le premier qui date de 1928. À la même époque elle retrouve des courriers de clientes, des témoignages de femmes qui ont partagé une histoire avec La Redoute. En parallèle, elle plonge dans les vestiaires d’archives afin de retracer les 56 ans de création avec des grandes maisons, des jeunes pousses, des marques émergeantes… « Cette expérience m’a permis de renouer avec des collections étonnantes, des objets singuliers ». Un travail titanesque qui lui a fait prendre conscience de l’importance du rôle sociétal de l’entreprise, de son attachement à demeurer auprès des familles et à investir leur foyer. > La Redoute, un temps d’avanceDu 7 mars au 5 juillet 2026 Musée La Piscine, 23 rue de l’Espérance, Roubaix

Paris Fleurs : un cœur qui bat depuis plus de 120 ans

Au 11 avenue Jean Lebas se dresse un bel immeuble aux lignes modernes et au décor classique. Érigé vers 1900, il abrite au rez-de-chaussée un commerce du même âge. Mais l’enseigne, Paris Fleurs aujourd’hui, est beaucoup plus qu’un magasin. C’est l’histoire d’une passion au parfum de filiation. L’avenue Jean-Baptiste Lebas s’appelait encore avenue de la Gare, artère réputée pour ses magasins chics et ses hauts bâtiments, sièges de grandes sociétés, quand en 1904 un certain Achille Cornélis y installe, au numéro 11, une activité de vente de fleurs naturelles. Une épicerie avait précédemment occupé les lieux. Dès lors, des familles de fleuristes vont s’y succéder et l’histoire égrainer leurs noms, de Gontram à partir de 1909 à Laurence Lepercq aujourd’hui. Le magasin, familial depuis 1956 et transmis par sa mère en 2001, est indissociable de Laurence et ce qu’elle chérit le plus dans son métier ; « j’aime l’ambiance et ses fleurs à foison », dont la palette de couleurs attire le regard dès l’extérieur. Il suffit ensuite de franchir la porte pour s’en convaincre : la passion, héritière d’une longue tradition, s’épanouit ici sur 80 m2 d’une abondante, et devenue rare, variété de fleurs coupées, complétée de plantes, bouquets et compositions variées. Le conseil et l’accompagnement font le reste pour satisfaire une clientèle dont le flot ne se tarit pas. C’est sans doute la raison pour laquelle Paris Fleurs compte parmi les plus anciens magasins… roubaisiens, comme son nom ne le dit pas ! « Le propriétaire, avant mes parents, était parisien. Il avait appelé le magasin Paris-Roubaix Fleurs. Cette référence trop importante à la course cycliste ne plaisait pas à ma mère. Elle l’a rebaptisé Paris Fleurs. » La fleur, toujours tendance ? Classée parmi les produits de luxe ou « dont on peut se passer », nuance Laurence Lepercq, la fleur a pourtant toujours la côte. Si les achats sont souvent affaire de saisons et de tonalités associées, ils n’échappent pas à la mode. « La tendance, aujourd’hui, ce sont les bouquets très voluptueux, déstructurés. Avant, au contraire, c’étaient les bouquets ronds, bien ordonnés, des fleurs par 3 ou en nombre impair…». Les réseaux sociaux jouent eux aussi leur rôle. « Souvent, les jeunes qui entrent dans ma boutique ont vu un bouquet sur Instagram. Ils veulent le même. » Enfin, si le caoutchouc fait son grand retour parmi les favoris, dans le top des classiques, Laurence cite « en 1 » la rose rouge, puis, indifféremment, la pivoine, l’hortensia, l’orchidée et le lys. De Queen Elizabeth à Gérard Darmon Quelques personnalités de passage à Roubaix ont franchi le seuil de Paris Fleurs. Laurence Lepercq se souvient, enfant, de Raymond Devos, de Michel Fugain et son Big Bazar, et, beaucoup plus tard, de Gérard Darmon. « Il logeait à l’hôtel en face et y avait oublié ses lunettes de soleil. Pour remercier le personnel de lui avoir mises de côté, il est venu en personne m’acheter un bouquet de fleurs ! » Figurant du petit écran pour la série « HPI » et du grand, avec « Roubaix, une lumière », le film d’Arnaud Desplechin, Paris Fleurs peut aussi se targuer d’avoir composé l’énorme bouquet de roses offert par la mairie à la reine Elizabeth, lors de sa venue à Roubaix en 1957. Un lieu chargé d’histoire Dans les années 40, la petite histoire rejoint la grande. Alors propriétaire du magasin depuis 1926 et engagée dans la résistance avec son mari Marius, Marie Berrodier transforme la cave de l’immeuble en cachette pour les aviateurs anglais. Malheureusement, le couple est arrêté par les Allemands en 1943 et mourra en déportation. Une plaque sur la façade de l’immeuble rend hommage à leur héroïsme. > Paris Fleurs 11 avenue Jean Lebas, RoubaixFacebook : Paris Fleurs Roubaix  

Ce qui se passe à l’intérieur…

Rien ne laisse présager ce qui s’est développé derrière le porche bleu situé au 12 rue du Bois à Roubaix. Un regroupement d’architectes a transformé cet espace inoccupé jusqu’en 2005, en un lieu surprenant qui garde les stigmates du passé tout en lui amenant une transformation épurée contemporaine Deux parties indépendantes cohabitent depuis 20 ans, séparées par une grande cour intérieure. D’un côté, Bertrand et Nicole Wibaux ont transformé leur ex-cabinet d’architecture en habitation privée. En arrière bâtiment, Guillaume Da Silva et Théo Vynckier, architectes d’intérieur partagent un immense plateau décloisonné très inspirant. Guillaume Da Silva, affirmer une certaine différence Ici, on ne forme pas seulement des techniciens. On forme des artistes. Des esprits critiques. Des passionnés du détail qui savent que tout part de l’observation. Théâtre, peinture, architecture, photographie… Tout est bon pour aiguiser le regard, pour comprendre comment une lumière caresse un visage ou comment un mouvement trahit une émotion. « Je leur dis souvent : il faut que vous ayez un cerveau de 40 ans, alors que vous en avez 20. », lance Carlos de Carvalho, directeur de la filière animation 2D / 3D. Son rôle ? Pas celui d’un prof qui dicte, mais d’un accompagnateur qui pousse ses étudiants à faire mieux. À aller plus loin. À fouiller dans leurs souvenirs, leurs douleurs, leurs joies, leurs combats. À se demander : pourquoi ce sujet ? Pourquoi maintenant ? Et comment le raconter différemment ? Car ici, tout se fabrique de A à Z. De la musique au montage, du décor à l’émotion. Et tout doit faire sens. Théo Vynckier, prolonger l’histoire avec une vision rock Fils de Jean-Marc Vynckier, copropriétaire du lieu avec Guillaume Da Silva depuis 2005, Théo s’inscrit dans la continuité et la relève. Pas la même génération, ni la même sensibilité et encore moins le même caractère que son prédécesseur. Théo est un novateur qui entend bien marquer cet espace de son empreinte. Il y a travaillé aux côtés de son père pendant 4 ans avant de se mettre à son compte. « Je connais cette ville depuis toujours. J’ai habité boulevard du Général de Gaulle pendant des années puis j’ai rejoint mon père rue d’Isly. Tous les matins, je prends mon petit déjeuner chez Paul au niveau du parc Barbieux avec des habitués roubaisiens. » Musicien et batteur rock métal du groupe belge MINGAWASH, Théo amène une nouvelle énergie doublée d’une vision artistique.  aproposdelieu.com Bertrand et Nicole Wibaux, garder un pied dans la dynamique arty En 2018, année où le couple cesse une longue activité de cabinet d’architecture, la question du devenir des locaux professionnels se pose. « On adorait ce lieu acquis en 2005. Et comme on a une brique dans le ventre, l’idée de transformer les bureaux en habitat nous ouvrait la possibilité de nous lancer un défi et de nous faire plaisir. » Actifs dans la vie roubaisienne depuis leur première installation boulevard du Général de Gaulle en 1995, ils s’intègrent au tourbillon culturel de l’époque. « Si tu avais l’envie de monter un projet, tu trouvais toujours l’association qui en serait porteuse. » Nicole rejoint Art-Action dont l’objectif était de faire du bruit pour faire parler du patrimoine remarquable de la ville. Puis intègre Le Fil Rouge, galerie d’art roubaisienne spécialisée dans la céramique contemporaine. Bertrand et Nicole s’amusent par ailleurs toujours avec autant de plaisir à embarquer des amis d’ailleurs dans La Nuit des Arts pour leur faire vivre Roubaix de façon décalée.