Des formes de caractère
Si vous avez déjà flâné dans une boutique Sessùn, vous avez peut-être croisé l’une des créations de Guylène Galantine. L’artiste roubaisienne façonne la matière avec une poésie brute qui a séduit la marque de vêtements marseillaise.
En 2019, Sessùn a ouvert Sessùn Alma, rue Sainte à Marseille : un lieu hybride, à la fois boutique, galerie et lieu de vie, imaginé comme une ode à l’artisanat, au savoir-faire et au sens du beau.
Guylène Galantine fait partie de la dizaine d’artistes-artisans invités à participer à cette aventure singulière. Ses pièces sont exposées et mises en vente dans le concept-store marseillais. D’autres sont intégrées à la décoration des boutiques Sessùn de Lyon à Barcelone, en passant par Londres et Paris.
Chaque année, la collaboration se réinvente : nouvelles pièces, nouvelles inspirations, nouvelles émotions. Ce que l’artiste apprécie avant tout, c’est cette liberté totale qui lui est laissée.
« Il y a un vrai respect du geste, du temps et de la sensibilité », confie-t-elle.
Cette proximité nourrit aussi son inspiration. Guylène Galantine se souvient d’une cliente espagnole tombée sous le charme de ses œuvres :
« Elle m’a invitée dans son appartement barcelonais pour imaginer d’autres pièces pour son intérieur. C’est magique de voir son travail prendre vie ailleurs, dans le quotidien des gens. »
Avec Sessùn, Guylène Galantine prolonge un dialogue sincère entre la terre et la lumière, tissant un lien délicat entre l’intime et le monde.
Rencontre avec Guylène Galantine
Par un matin d’automne, Guylène Galantine nous accueille dans son atelier roubaisien, niché à l’arrière de sa maison. Ouvert sur un jardin baigné d’une lumière douce, l’endroit respire la sérénité. C’est ici que l’artiste a trouvé un terrain fertile pour sa créativité. Conversation avec une créatrice qui célèbre la beauté de l’imperfection et l’instinct du geste
La céramique, une évidence depuis toujours ?
À l’origine, je viens du monde de la mode. J’ai étudié à la Central Saint Martins de Londres, puis travaillé à Paris chez Chloé et A.P.C., avant de me tourner vers le design d’espace et la décoration chez La Redoute. Peu à peu, j’ai ressenti le besoin de retrouver le geste, la matière, une création plus instinctive. C’est aux Ateliers Jouret, à Roubaix, que je me suis initiée à la céramique auprès de Sandrine Hurtrer qui m’a transmis une approche libre et sensible de la terre. J’ai appris à écouter la matière et à trouver ma propre écriture.
Londres, Paris… et maintenant Roubaix. Pourquoi ce choix ?
C’est presque une histoire d’amour. J’ai rencontré mon compagnon à Paris – il est illustrateur et originaire du Nord. Après plusieurs années dans la capitale, je cherchais une ville avec une âme. Le jour où je suis venue à Roubaix, j’ai eu un coup de cœur. Mon conjoint y a retrouvé quelque chose de Brooklyn, avec la brique et cette lumière unique. Moi, j’aime le côté cosmopolite, ses atmosphères qui changent d’une rue à l’autre. Très vite, je me suis investie dans la vie du quartier. Le contact avec les gens, l’entraide et la solidarité sont incroyables.
Vos Variations sur pattes sont devenues emblématiques de votre travail. Que racontent-elles ?
Cette collection est née à l’occasion de l’exposition Small is Beautiful, organisée au Non-Lieu, une ancienne usine textile transformée en espace de création contemporaine à Roubaix. Mes Variations sur pattes sont des formes anthropomorphiques, presque vivantes. Comme leur nom l’indique, ce sont des sculptures qui se tiennent debout, sur des pattes. Cette série d’objets peuvent exister seuls mais aussi dialoguer entre eux, un peu comme dans une famille.
Je travaille la terre brute, sans émail, laissant la cuisson révéler d’elle-même nuances et textures. J’utilise le modelage au colombin et la plaque, et j’aime le grès chamotté, pour sa rugosité et ses irrégularités qui donnent à chaque pièce son caractère singulier. C’est une manière de célébrer la beauté du hasard et d’accepter ce qui advient, sans chercher à tout maîtriser.
Je suis fascinée par Isamu Noguchi, sculpteur et designer américano-japonais. Sa façon de faire dialoguer les formes résonne avec ma propre approche : créer des ponts entre des univers différents.
Quel est votre rapport à la céramique ?
La céramique m’a avant tout appris la patience. Moi qui suis d’un tempérament rapide, j’ai dû ralentir, accepter le temps long. Cet apprentissage dépasse l’atelier : il se reflète dans ma vie quotidienne et mes rapports aux autres. Aujourd’hui, j’anime des cours de céramique. Beaucoup viennent après avoir traversé des moments difficiles. C’est une forme de thérapie, de lâcher-prise. Le contact avec la terre a quelque chose de primitif et d’apaisant. Si je devais décrire mon atelier, je dirais que c’est un cocon, un lieu de partage et d’authenticité, où la créativité se mêle à la bienveillance.

