Et si on cultivait ensemble ?
À Roubaix, la solidarité pousse dans les jardins. Familiaux ou partagés, sur d’anciennes friches ou dans des interstices urbains, ces espaces sont bien plus que des potagers : ce sont des lieux de rencontre, de transmission et de convivialité. Avec près de 340 parcelles réparties sur 9 hectares, mises à disposition des Roubaisiens gratuitement par la Ville et gérées par une dizaine d’associations, chacun peut y trouver son coin de nature. Ces parcelles reposent toutes sur le même principe : travailler la terre ensemble, partager savoirs et astuces et prendre soin du sol.
La Maison du Jardin, un pilier du réseau roubaisien
La Maison du Jardin existe depuis plus de vingt-cinq ans et gère, aujourd’hui, un quart des parcelles roubaisiennes, ce qui correspond à 80 parcelles sur huit sites. Christian Lamendin, son président, est arrivé il y a six ans après une longue parenthèse dans la forêt guyanaise. « J’ai toujours aimé jardiner. Quand la présidence s’est libérée, je me suis dit : à la retraite, j’ai du temps, de l’énergie et l’envie de partager. » Depuis plusieurs mois, barrières et clôtures disparaissent des jardins familiaux, semis et fleurs se partagent, les allées s’animent. « On plante des œillets d’Inde, des capucines, de la sauge… Les pollinisateurs adorent, et c’est beau ! », sourit Christian, qui se souvient avoir régalé les visiteurs de la fête de la soupe avec ses beignets de sauge.
Chaque site dispose ou disposera d’un référent bénévole, pour favoriser l’entraide et guider les jardiniers. Frédérique Trompette, unique salariée de l’association, coordonne les ateliers d’éducation populaire et la gestion du compost collectif.
Sarah et Lauren prolongent cette philosophie au Jardin de Rome. Arrivées à Roubaix il y a quatre ans, elles sont devenues référentes après un an de pratique et s’investissent même au sein du Conseil d’administration de l’association. Dès leur première année, elles récoltent près de 50 kg de tomates anciennes. Leur objectif : un jardin nourricier et accessible, cultivé selon les principes de la permaculture. Paillage, compost, rotations de culture… chaque geste protège le sol et favorise la biodiversité. « On imite la forêt, l’écosystème le plus riche », expliquent-elles, inspirées par la ferme du Bec-Hellouin située en Normandie.
Pour elles, la permaculture dépasse la technique : c’est un mode de vie, un partage de savoirs et un lien social. Les surplus de récoltes se redistribuent, on échange graines, conseils et recettes. « C’est aussi une façon de reprendre le pouvoir sur l’alimentation et de la rendre saine et accessible à tous », ajoutent-elles.
« Certains viennent ici pour rompre l’isolement, d’autres pour faire un peu d’exercice ou simplement respirer », confie Christian, qui passe en moyenne deux heures par jour au jardin. Pour trois fois rien – cotisation annuelle de 20 euros – chacun trouve ici une richesse humaine inestimable.
Pour beaucoup, le jardinage est devenu une thérapie douce : travailler la terre et voir pousser ce qu’on a semé… « On vient de la terre », rappelle Christian.
« On imite la forêt, l’écosystème le plus riche. »
Sarah et Lauren, jardinières au Jardin de Rome

